Bruxelles, 14/09/2015 (Agence Europe) - Dans la foulée de l'accord nucléaire ficelé cet été avec l'Iran, la Commission européenne entame des manoeuvres pour encourager l'achat, une fois que les sanctions contre Téhéran seront levées, de gaz iranien par les compagnies européennes et faire de l'Iran un fournisseur de l'UE important, relate le quotidien américain Wall Street Journal dans son édition du lundi 14 septembre.
L'institution européenne estime que, une fois l'embargo international levé, l'UE pourrait importer entre 25 et 35 milliards de m3 de gaz iranien à l'horizon 2030, selon des sources communautaire et de l'industrie mentionnées par le Wall Street Journal. Cela mettrait les futurs approvisionnements en gaz iranien au même niveau que les importations actuelles en provenance d'Afrique du Nord et contribuerait à réduire la dépendance de l'UE à l'égard de la Russie, qui expédie 130 milliards de m3 par an vers le marché européen.
Le commissaire à l'Énergie et au Climat, Miguel Arias Cañete, a abordé la question des perspectives du commerce énergétique avec l'Iran lors d'un déjeuner de travail, le 4 septembre, avec les représentants des grands groupes énergétiques européens - incluant RWE, E.ON, BP, Royal Dutch Shell, Repsol, Total, Engie et Statoil. Comme les gouvernements de l'UE, les énergéticiens européens commencent à se positionner en vue d'exploiter les riches réserves iraniennes en hydrocarbures lorsque les sanctions seront levées. « Nous voulons que nos entreprises investissent le plus possible avant les Américains et les Chinois », assure une source communautaire citée par le quotidien américain. Une source d'un groupe énergétique représenté confirme, de son côté, que la réunion du 4 septembre était destinée à encourager les entreprises européennes à poursuivre activement leurs liens avec l'Iran.
Téhéran doit maintenant mettre en oeuvre l'accord nucléaire conclu en juillet, ce qui ne devrait pas se produire avant le début 2016. D'ici là, les sanctions qui empêchaient les entreprises énergétiques européennes de faire des affaires en Iran resteront en place et limiteront leur capacité à renforcer les liens.
Si elle confirme que les perspectives européennes pour le commerce énergétique avec l'Iran étaient l'un des sujets abordés lors de la réunion du 4 septembre, la Commission précise qu'elle ne se précipite pas dans des arrangements formels et qu'elle examinera la possibilité d'un dialogue énergétique de haut niveau avec l'Iran « quand les conditions seront réunies ».
En coulisses, le travail s'accélère. Selon une première évaluation faite par la Commission, la plus grande partie des 35 milliards de m3 qui serait expédiée vers l'Europe le serait sous la forme de gaz naturel liquéfié (GNL) via l'Espagne, qui dispose de la plus grande capacité d'importation de GNL. Ce volume devrait être inclus dans la stratégie GNL de la Commission, qui doit être publiée début 2016. Cela signifie que l'UE ne chercherait pas, à court terme, à lier l'Iran au projet de corridor gazier sud, qui vise à acheminer, d'ici 2020, le gaz d'Azerbaïdjan et d'Asie centrale vers le marché européen.
La direction du gazier iranien National Iranian Gas Export avait laissé entendre au printemps que l'Iran pourrait vendre près de 30 milliards de m3 dans un objectif de cinq ans et non de 15 ans, comme l'espère la Commission. Pour leur part, les entreprises européennes attendent de voir les changements auxquels l'Iran va procéder pour assouplir les conditions restrictives offertes aux compagnies étrangères avant les sanctions. L'Iran a annoncé qu'il dévoilerait de nouveaux contrats pour stimuler la production et encourager les joint ventures lors d'une conférence des investisseurs en décembre à Londres, précise le Wall Street Journal.
Au plan diplomatique, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a dit qu'elle souhaitait ouvrir une mission de l'UE à Téhéran une fois que l'accord sur le nucléaire sera pleinement mis en oeuvre l'an prochain. (Emmanuel Hagry)