Bruxelles, 01/09/2015 (Agence Europe) - La question des conséquences de la crise migratoire sur l'espace de libre circulation Schengen s'est à nouveau posée lundi 31 août, après que Mme Merkel a directement jugé que, sans accord sur un partage équitable des demandeurs d'asile entre les pays de l'UE, « la question de [l'avenir de la zone de libre circulation] Schengen se posera pour beaucoup ».
« Nous ne voulons pas ça », a affirmé la chancelière allemande, à l'occasion d'une université d'été, indiquant qu'elle ne comptait pas remettre ces accords en cause, rapporte Reuters.
Un peu plus tôt dans la journée, le Premier ministre français, Manuel Valls, en déplacement à Calais, avait aussi noté que l'espace Schengen ne reposait pas que sur l'abolition des contrôles aux frontières intérieures, mais avait comme corollaire des contrôles renforcés aux frontières extérieures de l'UE.
Doutes sur l'avenir de Schengen
L'idée de rétablir des contrôles aux frontières intérieures des États membres de Schengen (26 pays actuellement) n'a été évoquée en tant que telle par aucun dirigeant politique à ce jour, mais plusieurs prises de position sont venues questionner le fonctionnement de ces règles, notamment dans le cadre des attaques terroristes de la fin août dans un train Thalys. Le Premier ministre belge, Charles Michel, avait ainsi émis le souhait de voir les règles de libre circulation adaptées à ces nouvelles menaces (EUROPE 11373).
Dans le cadre de la crise migratoire, qui affecte la Grèce, la Hongrie, mais aussi l'Autriche ainsi que les pays voisins des Balkans occidentaux, les doutes quant à l'avenir de Schengen ont été véhiculés notamment par le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maizière, ou le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, sans que soient lancés des appels à une nouvelle réforme de Schengen (EUROPE 11372).
Ces doutes sont notamment alimentés par le sentiment qu'ont certains pays, comme l'Allemagne ou la France, que leurs partenaires n'appliquent pas correctement les règles de Dublin et notamment l'obligation de prendre les empreintes digitales des demandeurs d'asile. Une façon pour eux de laisser partir plus facilement vers d'autres pays européens les demandeurs d'asile présents sur leur sol, comme cela a été le cas ces dernières heures en Hongrie, où des centaines de migrants, dont des demandeurs d'asile, ont pu rallier en train l'Autriche et l'Allemagne.
Interrogée mardi 1er septembre, la porte-parole de la Commission européenne sur les Affaires intérieures, Natasha Bertaud, a reconnu que, « pour que Schengen fonctionne bien, toutes les règles doivent être appliquées ». La Commission « ne veut pas poursuivre les États membres, mais on veut absolument que les règles soient appliquées », a ajouté Mme Bertaud, répétant que l'institution a ouvert 32 procédures en infraction sur les 5 textes du 'paquet Asile' et que de nouvelles lettres administratives ont été envoyées ces derniers jours.
La Commission européenne a pourtant l'intention d'ouvrir une réflexion sur le système de Dublin, conduisant éventuellement à sa révision. Consciente que le système ne fonctionne pas de manière optimale, elle a prévu une consultation sur Dublin en 2016. Mais ce travail pourrait être anticipé dans le contexte des propositions que fera Jean-Claude Juncker le 9 septembre à Strasbourg et de la présentation éventuelle des travaux sur un mécanisme permanent de relocalisation des réfugiés, mécanisme considéré comme une « dérogation structurelle » au système dit de Dublin.
Sur Schengen et son fonctionnement, une réforme en 2013 a en tout cas donné la possibilité aux États membres d'instaurer de manière limitée dans le temps (une première période de 30 jours maximum) des contrôles à leurs frontières internes en cas de fortes pressions migratoires. C'est ce qu'est en train de faire l'Autriche qui contrôle, par exemple, les véhicules à sa frontière avec la Hongrie. Mais la Commission n'a pas exclu de nouvelles adaptations de Schengen. « On ne peut jamais exclure que des changements futurs soient nécessaires, mais le principe (de l'espace sans frontières) reste le même », a encore dit Natasha Bertaud.
Bloc des pays de l'est de l'UE contre la redistribution
Sur le mécanisme de relocalisation de 40 000 personnes et la solidarité, qui avaient été mis en échec avant l'été, l'Espagne a, pour sa part, assuré Berlin mardi 1er septembre de son « attitude constructive ». Lors d'une rencontre avec Mme Merkel, le Premier ministre, Mariano Rajoy, a indiqué à Berlin que « la position espagnole sera constructive (lors de la prochaine réunion des ministres européens de l'Intérieur et de la Justice). L'Europe a besoin d'accords, de solidarité », a affirmé M. Rajoy, alors que son pays avait accepté le 20 juillet d'accueillir une proportion de demandeurs d'asile bien inférieure à celle qu'avait imaginé la Commission pour l'Espagne, fin mai, dans son Agenda sur les migrations.
Lors d'un Conseil extraordinaire convoqué par la Présidence luxembourgeoise de l'UE, Madrid avait en effet consenti à n'accueillir que 1 300 personnes contre les 4 288 prévues par la Commission. Les commentaires de Mme Merkel sur Schengen semblent toutefois être davantage « destinés à ses voisins de l'est dans l'objectif de leur faire accepter ce mécanisme de répartition », observe une source européenne.
Viktor Orban jeudi à Bruxelles
Car la plus forte opposition devrait en effet provenir à nouveau de ces pays de l'est de l'UE et notamment des pays dits du 'groupe Visegrad' qui réunit la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. Les dirigeants de ces pays devraient tenir un 'Sommet' d'ici au 14 septembre, date de la réunion extraordinaire convoquée à Bruxelles (EUROPE 11378), pour réaffirmer leur refus de tout partage des demandeurs d'asile entre les pays de l'UE.
Jeudi 3 septembre, c'est d'ailleurs le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui viendra en personne s'exprimer sur ce sujet de l'immigration devant Jean-Claude Juncker. La rencontre entre les deux dirigeants s'est décidée ces derniers jours. Toutes les options sont ouvertes, M. Orban pouvant venir demander de l'assistance, financière ou sous forme d'un 'hotspot' (centre pour gérer les arrivées de migrants et distinguer les potentiels réfugiés des migrants économiques), ou bien défendre sa ligne dure sur les fameux 'quotas' de répartition des demandeurs d'asile et demander des aménagements du système Dublin pour ne pas avoir à respecter les règles en vigueur.
Selon de nouvelles estimations de Frontex, mardi 1er septembre, près de 23 000 personnes sont arrivées en Grèce sur la seule semaine dernière. Et 9 400 migrants ont été comptabilisés cette semaine au niveau de la frontière entre la Hongrie et la Serbie. Au total, selon l'OIM, 350 000 personnes auraient franchi la Méditerranée depuis janvier 2015. (Solenn Paulic)