Bruxelles, 20/07/2015 (Agence Europe) - Réunis à Bruxelles pour un Conseil extraordinaire consacré à la relocalisation dans l'UE de 40 000 personnes en demande de protection internationale, les ministres européens de l'Intérieur ne sont parvenus, lundi 20 juillet, qu'à s'accorder sur la répartition de 32 256 migrants.
Le Conseil 'JAI' a toutefois convenu de se donner jusqu'à décembre prochain pour atteindre ce seuil de 40 000 personnes et de réévaluer la situation à ce moment précis.
Point positif de la réunion: sur la réinstallation de 20 000 réfugiés actuellement abrités dans des camps hors de l'UE, les ministres ont fait mieux en offrant 22 504 places.
Pour rappel, les chefs d'État et de gouvernement européens s'étaient engagés le 25 juin dernier à accueillir sur deux ans 60 000 personnes en besoin de protection internationale, dont 20 000 au titre des programmes de réinstallation (système qui concerne des réfugiés actuellement abrités dans les pays tiers) et 40 000 au titre de la relocalisation. Ils avaient aussi demandé à leurs ministres de finaliser les détails de cette répartition avant la fin juillet.
Mais les leaders européens avaient également acté du caractère volontaire de la relocalisation, si bien que certains pays membres ont été libres lundi 20 juillet d'indiquer à leurs partenaires qu'ils ne prendraient aucun migrant. C'est le cas de l'Autriche notamment. Le Royaume-Uni et le Danemark ont d'ailleurs confirmé lundi qu'ils ne souhaitaient pas prendre part au dispositif, les deux pays jouissant de dérogations. Le gouvernement danois précédent avait montré une certaine ouverture, mais le gouvernement actuel a fait savoir qu'il maintenait son opt-out.
« Il ne faut pas présenter les choses comme étant en retrait par rapport aux conclusions du Sommet européen », a commenté une source diplomatique de haut-niveau, jugeant que l'essentiel était que « le dispositif commence à se mettre en place ». Une fois l'avis simple du Parlement européen adopté (début septembre en théorie), les pays volontaires pourront en effet commencer à relocaliser et réinstaller ces milliers de personnes dans l'UE, ce qui devrait être le cas à l'automne. Estimant que cette réunion « n'est pas un échec », une autre source avait précisé un peu plus tôt que l'objectif de relocalisation de 40 000 personnes s'inscrivait d'ailleurs dans un processus étalé sur deux ans.
Des bons…et des moins bons élèves
Concrètement, les pays participant le plus demeurent l'Allemagne et la France avec respectivement 10 500 et 6 752 places de relocalisation offertes, suivis par les Pays-Bas qui prendront 2 047 personnes. La Roumanie les suit et s'est engagée à accueillir 1 705 personnes.
Mais d'autres États membres ont fait des propositions bien plus basses qu'attendues, comme l'Espagne et le Portugal. L'Espagne, qui était fortement opposée aux propositions initiales de la Commission proposant une répartition obligatoire sur la base de critères, ne s'est en effet engagée que sur un nombre réduit de personnes. La Commission avait calculé fin mai, en vertu de 4 critères, que Madrid aurait à relocaliser 4 288 personnes. Mais le ministre de l'Intérieur espagnol, Jorge Fernandez Diaz, n'a proposé que 1 300 places pour la relocalisation (et 1 449 pour la réinstallation).
D'autres ministres de l'Intérieur avaient donné le ton en arrivant à Bruxelles à l'image de la ministre autrichienne, Joahanna Mikl-Leitner. Si la ministre a indiqué que l'Autriche accueillerait 400 personnes supplémentaires au titre de la réinstallation, elle a subordonné la participation de son pays au programme de 40 000 personnes à deux conditions, notamment le respect par la Grèce et de l'Italie de leurs obligations en matière d'enregistrement et de prise d'empreintes des migrants.
L'Autrichienne a par ailleurs souhaité n'aider que des pays qui subiraient plus de pression migratoire que l'Autriche, la ministre ayant d'ailleurs souligné qu'avec 70 000 demandes d'asile déposées dans le pays depuis début 2015, l'Autriche avait deux fois plus de demandes d'asile que l'Italie et la Grèce réunies. Ainsi, au final, l'Autriche a-t-elle pu se permettre de ne proposer aucune place de relocalisation. Certains de ses partenaires n'ont pas forcément apprécié le geste, se demandant si le pays ne finirait pas par annoncer des places de relocalisation avec «le remord »…
La Hongrie, comme elle l'avait déjà signifié le 9 juillet à Luxembourg, a confirmé le 20 juillet qu'elle ne prendrait part à aucun des deux dispositifs en n'offrant aucune place. La Commission européenne avait proposé fin mai que le pays accueille 827 personnes. Le Portugal a aussi été parmi les pays en deça des attentes avec 1 309 places de relocalisation contre les 1701 qu'avait suggérées la Commission européenne.
« J'ai très fortement appelé les États membres durant la réunion à réussir à atteindre ce seuil de 40 000 personnes », a relaté le commissaire européen en charge de la Migration, Dimitris Avramopoulos. Un peu déçu, le responsable a toutefois voulu voir des signes positifs dans le cheminement de ces propositions, certains États membres n'ayant, par exemple, jamais fait de réinstallation dans le passé et s'étant, malgré tout, engagés dans ce dispositif.
Le responsable européen s'est dit confiant que ce seuil de 40 000 personnes serait atteint d'ici à décembre. Tout comme le ministre luxembourgeois en charge de l'Asile et de l'immigration, Jean Asselborn, qui s'était déjà dit confiant à la mi-juin que la répartition des 40 000 demandeurs d'asile serait bouclée à la fin juillet. « Nous sommes dans une période d'inertie » et « une fois passées les élections », il sera plus facile de trouver des solutions, a jugé le Luxembourgeois, faisant allusion à l'Espagne et à la Pologne. La Pologne n'a en effet proposé que 1 100 places de relocalisation quand la Commission envisageait pour elle 2 659 places.
« Il y a des pays qui ont un problème, comme la Hongrie », ou l'Autriche, a expliqué le ministre « On peut comprendre qu'un pays ait un problème, mais il faut bien voir l'image que ça peut donner à l'extérieur », a aussi nuancé Jean Asselborn, qui, a-t-il concédé, a dû réaliser durant la réunion que cet objectif de 40 000 n'était pas atteignable « avec la force ».
Le Conseil a adopté parallèlement, lundi, des conclusions sur la désignation de certains pays tiers, notamment les pays des Balkans, comme « pays d'origine sûre » au sens de la directive sur les procédures d'asile. (Solenn Paulic)