Luxembourg, 10/07/2015(Agence Europe) - Les ministres de l'Intérieur de l'UE, réunis jeudi 9 juillet à Luxembourg pour une rencontre informelle, ont apporté de bonnes nouvelles à la Commission européenne en indiquant qu'ils étaient prêts à accueillir davantage de réfugiés de guerre actuellement abrités dans les pays tiers que le seuil de 20 000 proposé par l'institution européenne.
Ils n'ont en revanche pas encore été en mesure de finaliser la répartition entre eux de 40 000 migrants en besoin de protection internationale, dont 24 000 depuis l'Italie et 16 000 de Grèce, et une nouvelle réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur se tiendra le 20 juillet prochain à Bruxelles pour finaliser cette « distribution », a indiqué le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, à l'issue du Conseil à Luxembourg.
« Le sujet est difficile et sensible » et « nous n'y sommes pas tout à fait », a reconnu le Luxembourgeois. « Pour la réinstallation, nous sommes bien au-dessus des 20 000 mais pour la relocalisation, il faut un deuxième élan », a-t-il concédé, précisant que ce chiffre était « dépassé d'environ 2 000 à ce stade », a précisé ultérieurement le ministre.
Un peu plus tôt dans la journée, les ministres de l'Intérieur allemand et français, Thomas de Maizière et Bernard Cazeneuve, avaient eux aussi expliqué que l'accord n'était pas encore trouvé sur la répartition de ces 40 000 personnes mais qu'ils restaient confiants que cet objectif sera atteint. Berlin et Paris avaient déjà annoncé officiellement leur contribution chiffrée (EUROPE 11355).
De fait, certains pays ont refusé jeudi d'avancer des chiffres, notamment l'Espagne et l'Autriche. La ministre autrichienne, Johanna Mikl-Leitner, s'est consultée avec certains de ses collègues en bilatérale dans la soirée. Le ministre espagnol, Jorge Fernandez Diaz, avait expliqué dans la journée que le système d'accueil espagnol devait encore être évalué avant qu'il ne s'engage. « D'autres pays veulent aussi suivre des procédures parlementaires avant de donner leurs chiffres », a expliqué une source européenne. Selon une source, la Hongrie aurait en tout cas refusé de contribuer aux deux dispositifs, le pays venant d'ailleurs de confirmer la création d'une clôture à la frontière avec la Serbie.
Des pays associés à l'UE ont eux en revanche annoncé leur participation aux deux dispositifs, a expliqué Jean Asselborn, notamment la Suisse, la Norvège mais aussi le Liechstentein. Mais le ministre luxembourgeois a également pointé les difficultés de certains États membres à s'engager sur cette répartition.
« Il y a des pays qui sont plus frappés que d'autres comme la Grèce, l'Italie mais nous avons aussi la Hongrie, il faut le dire, et l'Autriche, où il y a aussi un problème spontané de migrants qui se présentent aux frontières et il faut remarquer que Dublin 2 ne fonctionne pas partout comme il devrait ». Le ministre a aussi rappelé l'engagement à organiser une conférence internationale sur les Balkans et les pressions migratoires en Hongrie ou en Serbie.
Les 'hotspots' commencent en Sicile
Faisant état de discussions « très constructives », même si l'ensemble des objectifs n'ont pas été atteints, le commissaire européen Dimitris Avramopoulos a rappelé que la politique européenne de l'immigration était en train de se mettre en place. Pour la Commission, « il est essentiel de parvenir à l'objectif général fixé » de 40 000, a-t-il dit, en répétant ensuite que 240 millions d'euros supplémentaires seraient à disposition des États membres sur 2 ans pour la relocalisation, permettant d'offrir aux pays participants 6 000 euros par réfugié relocalisé.
Les agences européennes sont aussi mobilisées pour mettre en oeuvre les 'hotspots' en Italie et en Grèce, ces centres de réception des migrants de première ligne, destinés à sélectionner les migrants qui seront relocalisés et ceux qui seront renvoyés hors de l'UE. Sur ce point, « de vrais progrès ont été faits », a dit le commissaire. Les premiers centres ont en effet commencé à être opérationnels en Sicile avec des experts des agences européennes comme l'EASO ou Frontex.
Les deux responsables ont d'ailleurs à ce sujet réagi aux avertissements du Haut-commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres. Celui-ci s'est ému, jeudi, du fait que la Grèce accueille plus de réfugiés de guerre que l'Italie, celle-ci devant surtout faire face à un afflux de migrants dits économiques. La Grèce pourrait de ce fait avoir plus besoin d'assistance que l'Italie. Les deux hommes ont reconnu que la Grèce recevait davantage de personnes fuyant les conflits mais l'Italie, via la route du Niger et la Libye, accueille aussi des personnes en situation « de grande misère ». Et les arrivées de migrants peuvent aussi rapidement déborder l'île de Lampedusa.
Le commissaire Avramopoulos a refusé de confirmer qu'un déséquilibre existait dans les propositions de la Commission portant sur la relocalisation de 24 000 personnes au profit de l'Italie et 16 000 au profit de la Grèce. « Je ne suis pas un grand ami des chiffres », a expliqué le commissaire, pour qui l'essentiel est de lancer cette phase expérimentale des 'hotspots', quitte à augmenter les chiffres plus tard. « Mais il est très important que la première phase réussisse », a souligné M. Avramopoulos.
Selon une autre source, il était également plus facile de faire démarrer ces centres en Italie, compte tenu des infrastructures en place mais aussi de la situation actuelle de la Grèce. (Solenn Paulic)