Bruxelles, 12/06/2015 (Agence Europe) - Les experts nationaux préparant les réunions de l'Eurogroupe ('euro working group') ont reconnu, jeudi 11 juin à Bratislava, qu'il serait peut-être temps d'envisager un possible recours à un 'plan B' si aucun accord n'intervenait entre la Grèce et ses créanciers institutionnels sur une liste de réformes à mettre en oeuvre pour débloquer les tranches d'aide restantes du programme et lui éviter un défaut de paiement.
La nature de ce 'plan B' n'aurait pas du tout été évoquée, mais l'on sait déjà que toutes les parties travaillent dans l'optique de maintenir la Grèce dans la zone euro. La question d'un contrôle du mouvement des capitaux semblerait par contre plus vraisemblable. Pour le représentant grec au sein du groupe d'experts, la réunion n'a pas dû être des plus agréables, puisque le ton se serait un peu durci.
La Commission européenne a, pour sa part, insisté vendredi sur le fait que le FMI n'avait en aucun cas claqué la porte. L'institution de Washington a annoncé le retour de ses équipes sur le sol américain, jeudi (EUROPE 11333). « Je ne crois pas que la démarche du FMI puisse être interprétée comme le FMI se retirant des négociations », a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Il parlera très certainement avec la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui assistera à la prochaine réunion de l'Eurogroupe, jeudi 18 juin à Luxembourg. Le porte-parole du FMI, Gerry Rice, avait dit que l'institution ne quittait jamais la table des négociations.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a appelé les parties, vendredi, à « continuer de se parler ».
La balle est dans le camp grec. Les créanciers de la Grèce estiment qu'un mouvement politique d'Athènes est nécessaire. Soit la Grèce fait une contre-proposition acceptable soit elle accepte la proposition sur la table. La Commission a toutefois démenti la tenue d'une réunion qui se tiendrait samedi entre les bailleurs de fonds et les autorités grecques à Athènes.
Selon le quotidien grec Kathimerini, les pays de l'Eurozone auraient, jeudi, donné 24h à Athènes - soit jusque vendredi soir - pour revenir avec des contre-propositions. Celles-ci doivent être « sérieuses », a expliqué le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem.
« La balle est dans le camp grec », a déclaré Jean-Claude Juncker, sur une radio française, vendredi matin. Il a notamment évoqué de manière générale la question du coût de l'électricité et des médicaments, difficile pour les Grecs. « On leur a dit de les remplacer par des mesures équivalentes », a-t-il indiqué.
Parmi les questions les plus difficiles, figure la réforme du système des retraites, que le FMI juge « insoutenable », alors que la Commission semble plus flexible.
Un accord uniquement sur les réformes ne suffira pas à débloquer des tranches d'aide. Ce qu'il faudrait, c'est que la Grèce légifère. Un scénario très optimiste - auquel personne ne semble croire - serait le suivant: un accord surviendrait ce week-end, y compris sur une liste d'actions préalables ('prior actions') à entreprendre ; la Grèce légiférerait dans la foulée d'ici à l'Eurogroupe du 18 juin ; les parlements nationaux pourraient alors donner leur feu vert et ; l'argent serait décaissé avant le 30 juin, jour où la Grèce doit rembourser environ 1,6 milliard d'euros au FMI.
Le ministre d'État grec, Alekos Flambouraris, a espéré qu'un accord intervienne pour le 18 juin.
Quelle extension du plan d'aide ? Il est quasi certain que l'Eurogroupe devra se prononcer sur une extension du plan d'aide, faute de quoi, les fonds restant dans l'enveloppe attribuée par l'eurozone perdront leur validité. Certains médias évoquent une prolongation de neuf mois du plan, mais d'autres rapportent qu'il ne reste pas suffisamment d'argent dans le plan d'aide actuel pour tenir jusque là. Si la Grèce applique à la lettre son programme d'ajustement et que le FMI est en mesure de décaisser toutes les tranches qu'il reste, il devrait y avoir suffisamment de fonds jusque mars 2016, estime toutefois une source.
Outre ce que le FMI n'a pas versé en 2014 (3,5 milliards d'euros liés à la 5ème mission de suivi et qui sont inclus dans la tranche globale de 7,2 milliards dont dépend un accord sur la liste de réformes), le calendrier des décaissements pour la Grèce prévoit 8,6 milliards d'euros du FMI en 2015 et 3,1 milliards en 2016. Le Fonds FESF dispose encore d'une enveloppe de 10,9 milliards d'euros pour les banques, somme qui pourrait couvrir d'autres besoins si l'Eurogroupe l'approuve à l'unanimité.
Quant à la question de la dette, certains pays de l'Eurozone ont tenté de calmer les ardeurs de la Grèce. Vendredi sur une radio belge, le ministre belge des Finances, Johan van Overtveldt, a déclaré qu'avec le plan de remboursement de la dette grecque qui va « prendre des dizaines d'années », la Belgique aurait « un manque au fur et à mesure des années » qui « va certainement coûter au contribuable belge ». Néanmoins, le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a dit que, si une restructuration de la dette n'avait aucune implication pour le budget de son pays, il était prêt à se montrer coopératif. (Elodie Lamer)