Bruxelles, 17/04/2015 (Agence Europe) - Les pays fournisseurs de sucre du groupe ACP (Afrique/Caraïbes/Pacifique), vivement préoccupés par la forte baisse des prix du sucre survenue beaucoup plus tôt que prévu, ont tiré la sonnette d'alarme, la semaine dernière à Bruxelles. Ils y voient la conséquence directe de l'abolition imminente - en 2017 - des quotas de sucre à laquelle ils s'étaient vigoureusement opposés et attirent l'attention des Européens sur le fait que cette situation, préjudiciable aux intérêts de petites économies vulnérables, est contraire à la fois aux dispositions de l'Accord de Cotonou qui les lie à l'Union européenne et aux accords de partenariat économique (APE) qu'ils ont, pour la plupart, signés. Le groupe sucre ACP constate avec préoccupation que plusieurs facteurs étroitement liés pourraient sensiblement compromettre les perspectives d'avenir des fournisseurs ACP de sucre à l'UE.
Les pays ACP avaient demandé la prolongation jusqu'à 2020 du régime actuel afin de permettre l'achèvement des plans d'action définis avec l'UE pour mener à bien la modernisation, la diversification et le renforcement de l'efficacité des fragiles industries sucrières ACP.
En signant des APE, la majorité des États ACP fournisseurs de sucre s'étaient fondés sur les perspectives à long terme en matière d'accès et de maintien de prix stables et rémunérateurs pour le sucre sur un marché communautaire réglementé. « La décision de l'UE de démanteler prématurément les quotas semble donc aller à l'encontre des objectifs visés dans les APE et de la notion de cohérence des politiques européennes pour le développement à laquelle elle est fermement attachée et qui constitue un aspect fondamental de l'Accord de partenariat de Cotonou », soulignent les ACP.
Le groupe sucre ACP réaffirme que la valeur des préférences prévues dans les APE repose sur l'accès garanti, combiné à la stabilité des prix sur le marché communautaire, et qu'elle a longtemps été vitale pour préserver les recettes d'exportations de sucre ACP. « Celles-ci permettent, à leur tour, de renforcer la capacité de bon nombre de petites économies vulnérables à importer d'autres produits qui contribuent à assurer leur sécurité alimentaire. Plus important encore, des milliers de petits producteurs ACP restent tributaires des recettes tirées des exportations de sucre. L'importance que revêt ce produit essentiel pour les États signataires des APE et les pays les moins avancés n'a pas été prise en considération dans la plus récente réforme du régime sucrier de l'UE en 2013 », fait-il observer. Le groupe sucre ACP s'inquiète aussi du fait que les prix européens seront bientôt alignés plus étroitement sur les cours mondiaux et, selon les propres prévisions de l'UE, s'établiront à des niveaux ôtant quasiment toute valeur aux préférences accordées dans le cadre des APE. « Les décisions de planification et d'investissement dans le secteur de la canne à sucre exigent d'avoir une vue des conditions de marché allant bien au-delà de 2017 », estiment les ACP.
Le groupe sucre ACP souligne en outre que, « contrairement à ce qui a été généralement affirmé, le programme innovant d'appui aux mesures d'accompagnement en faveur des anciens États signataires du protocole Sucre, que l'UE a financé, est loin d'assurer un 'atterrissage en douceur' », car la gestion et la lenteur des décaissements continuent de poser des difficultés majeures. (Aminata Niang)