Strasbourg, 12/03/2015 (Agence Europe) - Dans un rapport qu'elle publiera et présentera au Parlement européen en avril, l'ONG Nuclear Transparency Watch estime que l'Europe n'a pas pris en compte les leçons à tirer de la catastrophe nucléaire à la centrale de Fukushima Daichi au Japon en mars 2011.
« Les institutions responsables n'ont pas réussi à anticiper les risques réels des réacteurs, à assurer la mise en oeuvre de normes appropriées de sûreté nucléaire et, surtout, à protéger la population », déplore l'ONG, dans un communiqué du 11 mars.
Nuclear Transparency Watch observe, à l'échelle de l'UE, de nombreuses insuffisances dans les plans d'urgence des autorités régionales et locales qui, selon elle, ne permettent pas de faire face à un accident de niveau 7 (le niveau des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima). L'ONG pointe aussi du doigt une protection insuffisante des populations, par des exercices de simulation ou des plans d'évacuation réalistes. « Dans certains cas, il semblerait que ces plans aient été élaborés il y a bien longtemps, sans prise en compte des évolutions de l'urbanisme (nouveaux centres commerciaux, écoles, densité de population) ou des nouvelles technologies », commente l'ONG.
En outre, le rapport met en exergue un disfonctionnement ou un retard « inexcusable », lors de certains exercices, de la communication entre les administrations et à destination du public. L'ONG note aussi que la dimension transfrontière augmente l'inefficacité potentielle des plans de secours: l'hétérogénéité des mesures prévues entre différents pays peut être une source de chaos et de perte de crédibilité et, surtout, peut aboutir à un échec éventuel dans la protection de la population, prévient-elle.
Présidente de Nuclear Transparency Watch, l'écologiste française et députée européenne Michèle Rivasi (Verts/ALE) dénonce à cet égard que des normes de contamination supérieures à deux fois celles de Fukushima soient prévues dans l'élaboration en cours de la directive sur la contamination radioactive des aliments et du bétail après un accident. « Alors que les organismes de sécurité reconnaissent qu'un accident similaire à Fukushima peut arriver en Europe, cela n'est simplement pas acceptable d'un point de vue de santé publique », insiste-t-elle.
En conclusion, Nuclear Transparency Watch demande au Parlement européen, à la Commission, aux États membres, aux pouvoirs régionaux et locaux et aux exploitants nucléaires de donner accès aux informations pertinentes et de soutenir la participation des citoyens intéressés, les initiatives citoyennes et les organisations de la société civile dans la préparation des plans d'urgences nucléaires. (Emmanuel Hagry)