Bruxelles, 12/03/2015 (Agence Europe) - L'Algérie affiche son intention de nouer une coopération renforcée avec l'UE dans l'énergie du gaz et de l'électricité solaire.
Le chef du gouvernement algérien, Abdelmalek Sellal, a proposé à l'UE, à la faveur de la visite à Alger, le 10 mars, du Premier ministre portugais, de relancer plusieurs projets énergétiques dans le gaz (projet de gazoduc Galsi via la Sardaigne) et dans le solaire (DESERTEC). L'annonce coïncide avec la volonté des pays euro-méditerranéens de mettre en place un « dialogue structuré » de coopération énergétique. Une réunion d'experts a eu lieu le 5 mars à Bruxelles pour préparer d'ici mai la structuration d'une « plate-forme sur le gaz ». Récemment, en début d'année, les régulateurs gestionnaires des réseaux de distribution de l'électricité (MEDREG) ont fait le point sur les interconnexions existantes et à renforcer. Et la France et l'Espagne se sont engagées à « boucler la boucle » en réalisant les interconnexions électriques nécessaires entre la péninsule ibérique et le reste de l'Europe.
L'élément marquant réside dans la relance du projet Galsi datant de 2003 mais mis en veilleuse depuis plus de deux ans (EUROPE 11246). Il est conçu pour être en prolongement du « mégaprojet » africain, le 'TSGP', entre le Nigéria à l'Algérie et viser, à son aboutissement, le marché européen. Galsi, implique des partenaires italiens en plus de la société algérienne Sonatrach (Edison, Enel Groupe Hera et la Région de Sardaigne). Il doit relier l'Algérie à la Toscane via la Sardaigne sur une distance de près de 900 kms, dont environ 600 en mer. Il serait, selon ses concepteurs, le plus profond jamais réalisé (2885 mètres) et représenterait « un grand défi technologique et d'ingénierie ». Mais des dépassements de coûts (de 2,3 milliards d'euros initialement à 4 milliards de dollars actuellement) avaient ajourné sa réalisation, selon les médias spécialisés algériens. Sa mise en service était prévue pour le courant 2014. Des entretiens à haut niveau, en février dernier entre l'Algérie et l'Italie avaient toutefois permis d'enregistrer une demande de relance du projet formulée par le ministre italien des affaires étrangères, Paolo Gentiloni. « Nous sommes intéressés par le projet Galsi et nous soutenons l'idée d'une diversification des sources », avait-il affirmé à Alger.
La relance est souhaitée dans un contexte énergétique crispé autour de la « dépendance au gaz russe », comme l'a rappelé le Premier ministre portugais à Alger. « L'instabilité politique et les conflits régionaux entre la Russie et l'Ukraine » ont parfois « entrainé des ruptures d'approvisionnement et a mis en doute la sécurité énergétique de l'UE », confirme-t-on à Bruxelles. Le message, ouvertement adressé aux partenaires euro-méditerranéens le 5 mars à Bruxelles, met en avant aussi une « faiblesse structurelle » dont la solution repose sur une réalité parue évidente. « Dans tous les scénarios, la part du gaz dans le mix énergétique de l'UE demeurera important tandis que la dépendance aux approvisionnements étrangers est en augmentation». Et la réalité est aussi qu'il s'avère, dit-on à Bruxelles en rappel de la récente stratégie énergétique de l'UE, que la Méditerranée a dans cette perspective un rôle « stratégique ». L'Afrique du Nord est, pour l'heure, le 3ème plus grand fournisseur de gaz de l'UE. En 2013, l'Algérie représentait 13% des achats européens, la Libye et l'Egypte 2% et 1% respectivement. Un fort potentiel d'exportation existe, même si, selon les estimations, la demande énergétique dans les pays de la rive sud et « va croître de plus de 40% » et « la demande de gaz devrait augmenter de 30% d'ici 2030 ». Des projets significatifs existent en Méditerranée orientale en off shore (au large de Chypre, Israël et le Liban). Ils feraient de la Méditerranée dans son ensemble un « exportateur net », selon de sources spécialisées communautaires.
D'où l'idée d'une « plate-forme 'gaz' » euro-méditerranéenne et la mise en place d'un « Hub méditerranéen du gaz » qui garantirait les échanges entre les deux rives et les rendrait plus efficaces. Ces échanges se font déjà par une infrastructure existante pour le transport de gaz naturel sous différentes formes (gazoducs et liquéfaction/GNL). Avec l'Algérie, trois gazoducs existent, deux via l'Espagne et le Maroc (MEG et Medgaz) et un via l'Italie et la Tunisie (Transmed). Avec le gazoduc Greenstream reliant la Libye directement à la Sicile, une capacité de transport de 68 milliards de m3 par an existe déjà.
Relance du solaire. M. Sellal a également préconisé la relance du projet de production de l'électricité à partir des ressources solaires. Il est « possible de produire une énergie solaire en Algérie et de la commercialiser en Europe », a-t-il estimé. Le projet soutenu à l'origine par l'Allemagne s'est heurté à des réticences et une perte de foi de la part de ses concepteurs. Le consortium industriel devant accompagner son développement (Dii) s'est écarté de Desertec et, au sein même de ce consortium, Siemens, partie prenante au départ, s'est retirée. Selon les médias algériens, Desertec pourrait être repensé en liaison avec d'autres partenaires. (Fathi B'Chir)