Strasbourg, 12/03/2015 (Agence Europe) - Épinglée par une association de consommateurs, la Fédération de l'industrie allemande BDI s'est vue contrainte de corriger, mercredi 11 mars, son estimation des gains à attendre de l'accord de libre-échange UE/États-Unis (TTIP), qu'elle avait surévalués presque dix fois.
Le chiffre véritable, tel que calculé par une étude du Centre for Economic Policy Research (CEPR) commanditée par la Commission européenne, est un gain de PIB de 0,5% pour l'ensemble de l'UE dix ans après l'entrée en vigueur de l'accord, soit près de 119 milliards d'euros à l'horizon 2027, et non pas un gain de près de 100 milliards d'euros par an comme le laissait entendre le BDI sur son site internet.
Foodwatch, l'une des nombreuses ONG allemandes mobilisées contre le TTIP, avait dénoncé une « désinformation patente ». Le BDI est l'un des plus fervents défenseurs du TTIP en Allemagne, où l'hostilité de la société civile à l'égard de l'accord est une des plus fortes, a reconnu la commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, lors de sa tournée de promotion du TTIP à Berlin, fin février.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a toutefois affirmé son souhait, le 4 mars, de conclure un accord d'ici fin 2015, comme l'a demandé le Conseil européen dans ses conclusions du 18 décembre, et elle a garanti le soutien de l'Allemagne à la Commission à cet égard.
Sur la question - très controversée en Allemagne - de la protection des investissements et du mécanisme de règlement des différends investisseur/État (ISDS), Mme Merkel s'était montrée confiante qu'une solution équilibrée sera trouvée, se félicitant sur ce point de l'approche « très transparente » de Mme Malmström. « Nous demandons suffisamment de clarté car cette question n'est pas un point qui sera relégué à la périphérie de la négociation, c'est un point politique prioritaire », avait conclu Mme Merkel.
Mercredi, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a prévenu qu'il demanderait aux chefs d'État et de gouvernement de l'UE, lors du Conseil européen de printemps (19-20 mars) « un éclaircissement sur leurs intentions de courte et de longue durées » concernant les négociations TTIP.
Malgré l'engagement des Vingt-huit à conclure un accord d'ici fin 2015, les questions épineuses du règlement des différends investisseur/État (ISDS), du rapprochement transatlantique des normes ou encore de la libéralisation des services et donc des risques pour les services publics alimentent les craintes de certaines capitales, qui ont parfois des messages ambigus à l'égard du TTIP.
Le huitième round de négociations au plan technique s'est tenu début février à Bruxelles (EUROPE 11248) et le prochain round se tiendra en avril aux États-Unis. (Emmanuel Hagry)