Bruxelles, 10/03/2015 (Agence Europe) - Le Roi Abdullah II de Jordanie a appelé, mardi 10 mars à Strasbourg, l'Union européenne à lutter contre l'islamophobie, dans un discours au Parlement européen.
Soulignant l'importance du respect mutuel, le Roi a souligné que « l'Europe était un partenaire important » dans l'effort de sensibilisation interreligieuse, « en particulier pour aider à enrayer la montée mondiale de l'islamophobie ». « Ce poison est fondé sur de fausses idées et joue le jeu des extrémistes », a-t-il estimé.
Rappelant que la religion musulmane exigeait le respect et l'altruisme, le souverain jordanien a souligné que les terroristes n'avaient pas pour motif la foi, mais le pouvoir. « Nous et d'autres pays arabes et musulmans défendons non seulement notre peuple, mais notre foi. C'est un combat qui doit être mené par les nations musulmanes d'abord et avant tout. Un combat au sein de l'Islam », a-t-il expliqué. « Dans le même temps, le danger de l'extrémisme doit être considéré pour ce qu'il est: mondial », a-t-il prévenu. Le Roi a expliqué que la victoire contre les terroristes dépendait de l'unité. « Le rôle de l'Europe est indispensable. C'est seulement par la coopération que nos régions peuvent fermer les sources de soutien au terrorisme et vaincre leurs intentions », a-t-il ajouté.
Abdullah II de Jordanie est aussi revenu sur le conflit israélo-palestinien, se demandant pourquoi le monde ne défendait pas les droits des Palestiniens. Selon lui, ce conflit donne aux extrémistes « un cri de ralliement puissant ». « Ils exploitent les injustices et le conflit persistant, pour construire la légitimité et recruter des combattants étrangers à travers l'Europe et le monde », a-t-il estimé. Pour le souverain, l'échec du processus « envoie un message dangereux. Il érode la confiance dans le droit international et communautaire. Il menace un pilier de la paix dans le monde: le conflit doit être résolu par des moyens politiques - non par la force, non par la violence. Comment pouvons-nous lutter contre la bataille idéologique, si nous ne traçons pas le chemin vers la paix israélo-palestinienne? Nos pays, unis, doivent fournir l'élan et tracer la voie à suivre vers un règlement global final », a-t-il ajouté.
Le Roi a aussi rappelé que la radicalisation se nourrissait de l'insécurité économique et de l'exclusion. Pour Amman, le développement est une priorité. « La Jordanie valorise notre solide partenariat avec l'UE et ses États membres et nous nous sommes engagés, avec votre soutien, à travailler ensemble vers des niveaux plus avancés de partenariat », a-t-il expliqué aux députés. Il a aussi rappelé que la Jordanie accueillait 1,4 million de réfugiés syriens, ce qui représente 20% de la population du pays.
« L'histoire, la géographie et l'avenir nous lient. Ne laissons personne nous séparer. Ensemble, nous pouvons créer des piliers de respect mutuel qui soutiendront le bien commun pour les générations à venir », a conclu Abdullah II de Jordanie. (Camille-Cerise Gessant et Emmanuel Hagry)