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Bulletin Quotidien Europe N° 11212
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Europe mal comprise, pourtant elle progresse

Mise en garde à l'Ukraine. Étonnante, à première vue, la manière dont en début de semaine a été lancée à Kiev une initiative dont j'ignorais même l'existence: la Mission de conseil de l'UE sur la réforme du secteur de la sécurité civile en Ukraine (EUAM Ukraine). Devenue opérationnelle lundi dernier, 1er décembre, cette mission avait invité sur place quelques médias, dont notre agence qui en a rendu largement compte (EUROPE 11208, avec une correction dans le bulletin suivant). La presse a été invitée à constater comment cette mission, créée dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune de l'UE (PSDC), a été installée sur place. Le chef de la mission, M. Mizsei, réclame un changement radical du siège (un casino !) et surtout de la structure des services installés: il faut se débarrasser de l'héritage soviétique où le militaire, le politique et le judiciaire forment un ensemble, sans aucun contrôle démocratique. M. Mizsei a aussi affirmé ouvertement qu'en Ukraine la corruption est une structure parallèle de l'État qui peut tout détruire.

S'y ajoute la prise de position du commissaire européen Johannes Hahn, qui a confirmé être favorable à une conférence des donateurs en faveur de l'Ukraine, mais ne s'est pas s'engagé sur un calendrier: Il faut établir la confiance et, si elle existe, on pourra se mettre d'accord sur une date, car l'UE n'est pas seulement un donateur: l'Ukraine devra passer de l'idée d'être une bénéficiaire de l'aide à l'idée d'être une opportunité d'investissement pour l'UE (EUROPE 11208).

Au-delà des apparences. Il existe évidemment un lien entre la mise en garde à l'Ukraine et l'effort de l'UE pour rétablir son équilibre budgétaire et financier, impliquant des sacrifices et des disciplines rigoureuses. L'UE a rarement connu, dans son histoire désormais longue, une période aussi dense de décisions et d'initiatives importantes pour son avenir. Mais, en même temps, elle est submergée par une avalanche de scepticisme et de mécontentement, aussi bien parmi ses citoyens qu'à l'extérieur: tous déçus et tous critiques, le Pape aussi ! Pourtant la construction européenne traverse un moment d'innovations radicales, dans des domaines complexes qui, par le passé, n'avaient pas été suffisamment approfondis: je me réfère aux disciplines du monde de la finance, si difficiles et compliquées, et forcement progressives. L'époque des abus est largement dépassée ; les nouvelles règles sont en élaboration: France, Italie et surtout Allemagne ont lancé une initiative pour une stratégie plus large, qui tient compte des limites nouvelles de la concurrence fiscale admise.

Manière étrange. L'idée d'une UE en grave crise et connaissant peu de remèdes est évidemment fausse ; les populations qui l'entourent et qui cherchent toutes les voies pour y entrer le savent bien. Je ne me réfère pas à ceux qui risquent leur vie pour traverser la Méditerranée, mais aux astuces les plus bizarres, comme celle de recourir à l'homosexualité (vraie ou inventée) pour faire valoir qu'on est persécuté dans son pays d'origine. La Cour de justice de l'UE a été interrogée et son verdict est, en substance, favorable au droit d'asile pour les homosexuels, lorsqu'en tant que tels ils sont persécutés chez eux.

Moscou paraît plus faible, mais… Dans les querelles permanentes entre Europe et Russie, Moscou apparaît plus faible actuellement, à cause surtout de la chute des prix du gaz et du pétrole. Mais les intérêts sont tellement imbriqués qu'il a suffi que Vladimir Poutine annonce la suppression par Moscou du projet « South Stream » (via lequel le gaz russe serait arrivé jusqu'en Italie, après être passé la Mer Noire), pour que la préoccupation, voire la panique, augmente dans l'UE aussi. La Commission européenne avait érigé (par excès de juridisme à mon avis) des obstacles face à South Stream et maintenant les grandes compagnies énergétiques européennes sont dans l'angoisse et refusent de croire que le projet (qui transporterait plus de 10% de la demande européenne en gaz) soit vraiment supprimé. Moscou a laissé entendre qu'elle serait disposée à négocier et Jean-Claude Juncker a déclaré: « J'espère que demain la Russie sera à nouveau un partenaire stratégique ; tout ce que la Commission européenne pourra faire à cet égard sera fait. »

Heureusement un entretien entre M. Poutine et Mme Mogherini semble fixé pour les prochains jours. Il faut espérer qu'il soit le début d'un dialogue permanent. (FR)

 

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