Bruxelles, 28/11/2014 (Agence Europe) - Le dernier discours du Premier ministre britannique, David Cameron, sur le thème de l'immigration intra-européenne, prononcé vendredi 28 novembre, a été diversement accueilli par les responsables européens. Il a plaidé pour une limitation des prestations sociales destinées aux travailleurs issus de l'UE, abandonnant toutefois l'idée d'instaurer des quotas d'entrée.
Du « chantage à l'UE » pour les uns, du bon sens pour les autres. L'ancienne commissaire européenne à la Justice et aux Droits fondamentaux, Viviane Reding, a accusé le Premier ministre d'exercer un « chantage » à l'encontre de l'UE, ce qui n'est pas une façon « de négocier ». Le groupe des Tories au Parlement européen a quant à lui estimé que David Cameron s'était attaqué aux vrais problèmes. Pour Timothy Kirkhope (CRE, britannique), le Premier ministre britannique a raison de mettre l'accent sur le principe de base selon lequel « vous avez à payer pour le système avant d'en obtenir quelque chose en retour. Il a également raison de se concentrer sur les incitations économiques qui font du Royaume-Uni un endroit attrayant et de s'attaquer à ces facteurs d'attraction ».
Dans un discours très attendu, le Premier ministre a structuré ses demandes sur l'immigration en provenance des États membres de l'Union européenne et a notamment plaidé pour un délai de quatre ans avant que les immigrés européens puissent bénéficier de certains avantages, comme le crédit d'impôt ou le logement social. « On discutera au sein de l'Europe sur les points de législation, les pans de traité qu'il faudra changer, mais il ne fait aucun doute que globalement, il faudra une modification du traité et j'ai bon espoir que nous puissions le négocier», a-t-il dit vendredi. Les migrants européens devraient aussi être amenés à quitter le pays s'ils n'ont pas un emploi dans les six mois suivant leur arrivée. « Les Britanniques ne veulent ni une immigration débridée, ni une immigration zéro, ils veulent une immigration contrôlée et ils ont raison », a-t-il souligné, brièvement interrompu par le déclenchement d'une alarme. Celle qui sonne « à la Commission européenne », a-t-il plaisanté.
Échange téléphonique avec M. Juncker
La Commission européenne a réagi à ce discours et demandé que ces discussions se déroulent dans le calme et sans « dramatisation » excessive. « Ce sont des opinions britanniques, il faut évaluer ces opinions, voir comment on peut aborder ces questions », a dit Margaritis Schinas, un porte-parole de Jean-Claude Juncker. La Commission entend « voir ce que l'on peut faire sans claquer la porte », a-t-il ajouté. Il a aussi répété que la libre circulation des citoyens européens restait un droit fondamental et qu'il revient « aux législateurs nationaux de lutter contre les abus et la législation européenne le permet ». La Cour de justice de l'UE l'a d'ailleurs très récemment démontré dans son arrêt 'Dano' (EUROPE 11195). Le Premier ministre Cameron et le président Juncker se sont entretenus, jeudi 27 novembre au soir, sur cette question, a également précisé M. Schinas, sans évoquer le contenu de cet appel. Pendant sa campagne, M. Juncker avait rejeté l'idée d'un changement de traité pour répondre aux préoccupations de M. Cameron, mais s'est toujours dit partisan de trouver un « fair deal » avec le Royaume-Uni.
L'offensive de M. Cameron sur une renégociation des traités et vis-à-vis des migrants européens a commencé en 2012, le Premier ministre visant essentiellement les migrants issus des pays de l'Est et notamment polonais. M. Cameron veut s'assurer, par exemple, que ces migrants n'envoient pas les allocations familiales versées par le Royaume-Uni à leurs enfants restés au pays. Son action a beaucoup à voir avec la hausse de popularité du parti UKIP de Nigel Farage, europhobe et surfant sur les abus dont se rendraient coupables les migrants européens.
Jeudi 27 novembre, de nouveaux chiffres ont été publiés par l'Office national statistique du Royaume-Uni montrant une envolée de 39% du solde positif migratoire entre juin 2013 et juin 2014, avec l'arrivée de 260 000 personnes, soit 78 000 personnes de plus qu'en juin 2013. Or, le gouvernement avait souhaité limiter ces arrivées à 100 000, rapporte l'AFP. David Cameron a en tout cas prévenu que ces projets de réduire l'accès aux prestations étaient « une nécessité absolue», si le Royaume-Uni veut rester dans l'Union européenne. Si ces exigences tombent dans «l'oreille d'un sourd», a-t-il averti, il a affirmé ne « rien exclure ». En cas de victoire aux élections générales de mai prochain, David Cameron a promis de renégocier les termes de l'appartenance de la Grande-Bretagne à l'Union européenne puis d'organiser un référendum sur le sujet en 2017. (SP)