Bruxelles, 05/11/2014 (Agence Europe) - Christos Stylianides, commissaire européen à l'Aide humanitaire et la Gestion des crises, nouvellement coordonnateur de la réponse de l'UE à la lutte mondiale contre l'épidémie d'Ebola, et Vytenis Andriukaitis, commissaire à la Santé, se rendront en Afrique de l'Ouest du 12 au 16 novembre pour témoigner de la solidarité de l'UE et favoriser une meilleure adéquation de la réponse européenne aux besoins sur le terrain pour endiguer l'épidémie à la source, en isolant le virus, pas les pays les plus touchés (EUROPE 11185).
La nouvelle a été annoncée mercredi 5 novembre par Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, à l'issue de la première réunion du nouveau collège qui a consacré un échange de vues à tous les aspects - humanitaires, sanitaires, protection civile, logistique, développement, sécurité - d'une épidémie meurtrière et dévastatrice du tissu économique et social de pays très pauvres, et dont il faut éviter à tout prix qu'elle ne devienne une pandémie. Cela, en utilisant au mieux le milliard d'euros d'aide engagé par l'UE et ses États membres et tous les instruments à leur disposition.
« Nous avons discuté de tous les aspects de la douloureuse question Ebola en Afrique. Christos Stylianides lui-même et le commissaire à la Santé se rendront en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia entre le 12 et le 16 novembre pour qu'ils se renseignent et agissent sur place », a déclaré Monsieur Juncker à la mi-journée. Et de rappeler à cette occasion que c'est lui qui avait proposé au Conseil européen de nommer Christos Stylianides (EUROPE 11184), « car je voulais que la Commission coordonne », a-t-il indiqué. Signe de l'urgence, une réunion de coordination devait avoir lieu mercredi après-midi sous la présidence de Federica Mogherini, Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité.
Un vaste défi à court terme. C'est en luttant contre la propagation de l'épidémie à la source qu'on évitera le risque de propagation mondiale, rappelait le même jour Zsuzsanna Jakab, directrice régionale pour l'Europe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), devant les députés de la commission de l'environnement et de la santé du Parlement que préside Giovanni La Via (PPE, italien). Avec cette fièvre hémorragique qui a causé à ce jour 13 703 cas d'infection dont 4 951 décès, selon le bilan de l'OMS arrêté au 31 octobre, « la communauté internationale est confrontée à un vaste défi, si nous voulons juguler l'épidémie à court terme. Et même s'il y a des éléments positifs, comme la baisse progressive de l'épidémie au Libéria, ces signaux sont à interpréter avec prudence. L'épidémie est toujours en cours et a pris la communauté internationale de court », a souligné Mme Jakab, en indiquant que certains spécialistes pronostiquent que la maladie sera contrôlée dans les six à huit mois seulement. Le Nigeria et le Sénégal, déclarés exempts d'Ebola depuis le 27 octobre, sont la preuve qu'on peut interrompre la propagation. L'OMS ne recommande pas l'interdiction de voyages et de commerce, mais le renforcement de la préparation et le dépistage ; elle poursuivra ses recommandations, a-t-elle rappelé.
Besoins non couverts. La réponse internationale à ce jour à la première mission d'urgence des Nations unies avec un plan de 90 jours (date butoir fin septembre), qui devait permettre d'isoler 70% des malades et enterrer 70% des morts, ne couvre pas les besoins. « Il faut plus de personnel soignant (sur les 750 membres requis par l'OMS, seuls 155 sont en place), davantage de centres de traitement (15 unités sont en place, soit moins d'un tiers de ce qui était prévu, 20 sont en construction et permettront d'ajouter 5 000 lits) et 1 milliard de dollars est nécessaire pour financer la feuille de route Ebola ONU/OMS, dont la moitié seulement est fournie », a insisté Mme Jakab en remerciant l'UE d'avoir mobilisé 580 millions d'euros. Elle a chiffré à 260 millions les besoins de l'OMS en ressources financières souples pour des centre de traitement, des lits d'hôpitaux, des équipes médicales. Assurer des funérailles dignes et sûres est aussi un gros problème nécessitant l'appui des populations et plus d'aide internationale.
La recherche et développement (R&D) est en cours pour mettre au point des vaccins. La phase préliminaire aux essais cliniques s'achève pour 2 vaccins potentiels dont il conviendra d'évaluer l'efficacité avec le consentement éclairé des personnes infectées prêtes à les tester. Si tout se passe au mieux, des vaccins seraient disponibles dès janvier 2015. « Je demande du soutien pour toutes les maladies négligées liées à la pauvreté, il faut qu'on trouve un mécanisme qui permette de développer la R&D ». Les députés ont été nombreux à juger que 2015, voire 2016, serait déjà trop tard et qu'il convenait surtout d'aider l'Afrique à développer ses capacités à court terme.
Dans l'UE, le risque de propagation du virus est « toujours très faible », a assuré Mme Jakab mais il convient de « tirer les leçons de l'expérience espagnole » et de mieux informer les citoyens. Tous en sont convenus. En réponse aux députés qui déploraient le manque de moyens humains déployés par l'UE, Mme Jakab a jugé au contraire que « l'UE a eu un rôle très constructif pour la protection des citoyens européens mais aussi pour ce qui est des efforts en Afrique de l'Ouest ». Selon elle, « le comité de sécurité sanitaire, le travail de l'ECDC (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies), la Présidence italienne, qui a organisé le débat au Conseil sur les contrôles à l'entrée dans l'UE, et la Commission européenne ont joué un rôle très utile ». Elle a toutefois reconnu, comme le suggéraient certains députés, que « ce serait mieux si le personnel médical bénévole infecté pouvait être traité sur place. Ce sera possible à terme si les capacités en Afrique sont renforcées. Alors l'importance de l'évacuation médicale sera moins grande », a-t-elle dit. (AN)