Milan, 17/10/2014 (Agence Europe) - Les dirigeants européens se sont montrés prudemment optimistes à l'issue de la réunion entre le président russe, Vladimir Poutine, et le président ukrainien, Petro Porochenko, à laquelle ils ont assisté en marge du 10ème sommet de l'ASEM vendredi 17 octobre à Milan.
Les chefs de l'État russe et ukrainien ne s'étaient pas revus depuis leur entrevue de Minsk, le 25 août, soit une semaine avant l'accord dégagé à Minsk le 5 septembre sur un cessez-le-feu dans le conflit dans l'est de l'Ukraine. L'idée de cette réunion, qui a volé la vedette au sommet de l'ASEM, était de favoriser des progrès vers un cessez-le-feu durable sur le terrain, où de multiples violations perdurent.
À l'issue de la réunion dont il était l'hôte, et à laquelle ont aussi assisté les dirigeants de l'UE - les présidents sortants du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la Commission, José Manuel Barroso - ainsi que la chancelière allemande, Angela Merkel, le président français, François Hollande, et le Premier ministre britannique, David Cameron, le Premier ministre italien, Matteo Renzi, s'est dit « vraiment positif », admettant toutefois la persistance de « nombreuses divergences » entre les trois parties.
« Nous nous sommes entendus sur la nécessité de ramener la paix et la stabilité dans l'est de l'Ukraine. À cet effet, il est essentiel que nous assurions la mise en oeuvre des accords de Minsk, en particulier en ce qui concerne le cessez-le-feu, le contrôle des frontières et la tenue d'élections. Le mot clé était 'mise en oeuvre', 'mise en oeuvre', 'mise en oeuvre' », a résumé le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, lors de la conférence de presse finale clôturant le sommet de l'ASEM. « Le président Poutine a clairement indiqué que la Russie ne veut pas créer une autre Transnistrie et que le Donbass reste une partie intégrante de l'Ukraine », a aussi commenté M. Van Rompuy, en réponse aux questions des médias. « Je crois que la réunion a été constructive et maintenant la clé est une mise en oeuvre sérieuse de sorte que la confiance puisse être créée et consolidée », a commenté le président de la Commission, José Manuel Barroso.
« Les choses avancent, mais elles ne sont pas réglées », avait auparavant commenté le président français, F. Hollande, à l'issue de la réunion. David Cameron a jugé la réunion « positive ». « Vladimir Poutine a avoué sans ambages qu'il ne voulait pas de conflit gelé ni que l'Ukraine soit divisée. Si c'est bien le cas, la Russie doit agir immédiatement pour accomplir cet accord. Sinon, les pays de l'UE sont tenus de sauvegarder les sanctions et de faire pression pour éviter les conflits de ce genre sur notre continent », a ajouté le Premier ministre britannique. La chancelière allemande, Angela Merkel, qui a eu un tête-à-tête avec le président Poutine jeudi soir, a concédé vendredi midi « [ne voir] encore aucune avancée notable ». « Nous allons continuer à discuter. Il y a eu des progrès sur certains détails, mais le principal problème est la violation continue de l'intégrité territoriale de l'Ukraine », a-t-elle ajouté.
La réunion de vendredi matin a en particulier achoppé sur la question des élections locales dans l'est de l'Ukraine et sur celle de l'utilisation de drones sans pilote pour la surveillance des frontières entre la Russie et l'Ukraine, la Russie pressant pour avoir ses drones aux côtés de ceux de la France et de l'Allemagne.
Vendredi après-midi, une seconde réunion entre les présidents Poutine et Porochenko, à laquelle ont participé M. Hollande et Mme Merkel, s'est achevée sur une bonne note concernant le différend gazier russo-ukrainien. « Nous avons fait quelques progrès sur ce dossier, nous nous sommes mis d'accord sur de nouveaux critères pour les contrats (de livraison de gaz) et maintenant nous devons nous mettre d'accord sur les sources de financement, sur l'argent qui servira à financer ce contrat », a déclaré le président Porochenko, après cette réunion. En marge du sommet de l'ASEM, des experts russes, ukrainiens et européens ont été rassemblés pour préparer la prochaine réunion ministérielle tripartite, le 21 octobre à Berlin, destinée à finaliser l'accord intérimaire visant à régler le différend gazier entre la Russie et l'Ukraine et à rétablir les livraisons de gaz russe à l'Ukraine, avait indiqué M. Barroso, vendredi matin.
Vladimir Poutine a aussi été sommé de bouger sur le dossier du crash de l'avion de la Malaysia Airlines, abattu en vol au-dessus de l'est de l'Ukraine, en juillet dernier. Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a pressé le président russe, lors d'une rencontre bilatérale jeudi soir, d'assurer une « coopération maximale » de la Russie dans le cadre de l'enquête sur le crash du vol MH17. Les Pays-Bas, qui ont perdu 153 ressortissants dans la catastrophe, dirigent l'enquête internationale sur les circonstances du drame. M. Rutte a indiqué au Premier ministre malaisien, Najib Razak, présent à Milan, qu'il se rendrait en Malaisie puis en Australie le mois prochain pour accentuer l'urgence de la question aux yeux de la communauté internationale. En marge du sommet, la ministre australienne des Affaires étrangères, Julie Bishop, a dit à son homologue russe, Serguei Lavrov, la frustration de Canberra face au peu de collaboration des autorités russes dans l'enquête sur cette tragédie, dont 38 des 298 victimes étaient australiennes. (EH)