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Bulletin Quotidien Europe N° 11171
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CONSEIL DE L'EUROPE / (ae) ocde

A. Gurria à l'APCE, « Oubliez les prochaines élections, voyez plus loin »

Strasbourg, 07/10/2014 (Agence Europe) - « Le tableau n'est pas rose », a annoncé d'emblée le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Mexicain Angel Gurria, lors de la présentation du rapport 2013-2014 de l'organisation à l'Assemblé parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), le 1er octobre dernier. « Y compris de mai à septembre derniers, nous n'avons que des chiffres négatifs. Nous avons revu à la baisse nos prévisions de croissance pour toutes les grandes économies du monde, sauf l'Inde, qui s'en sort un peu mieux que les autres, et la Chine, dont la situation reste à peu près stable ».

La crise est évidemment en cause. Elle a ralenti la croissance et entraîné un « chômage extrêmement élevé » sur lequel Angel Gurria a particulièrement attiré l'attention de l'APCE. « Les pays de l'OCDE comptent aujourd'hui 45 millions de chômeurs », a-t-il précisé. « C'est 12 millions de plus qu'avant la crise. Et à l'échelle mondiale le chiffre est de 202 millions, en sachant que l'on ne peut pas tous les dénombrer ». Évoquant les niveaux alarmants atteints dans des pays comme la Grèce et l'Espagne, l'orateur s'est inquiété du « risque très réel d'une génération perdue ».

Quant aux inégalités, elles se creusent de manière tout aussi alarmante, « elles n'ont même jamais été aussi marquées qu'aujourd'hui », constate le secrétaire général de l'OCDE chiffres à l'appui: « Dans les pays de l'OCDE, le revenu moyen des 10% les plus riches est 9,5 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres, alors que le multiplicateur était de 6 à la génération précédente. Qui plus est, la situation empire très rapidement ».

Corollaire et/ou conséquence de ces nouvelles donnes économiques, « la confiance dans les institutions bâties au cours des siècles s'effondre, qu'il s'agisse du Parlement, des partis politiques, des exécutifs, des organisations internationales, des systèmes bancaires, des entreprises etc. On chiffre à 40% le pourcentage de citoyens qui y croient encore, mais ce chiffre ne cesse de baisser ».

Ce sombre bilan s'inscrit en outre sur fond de changement climatique et Angel Gurria s'est montré très ferme sur le sujet. « Nous suivons une trajectoire qui ne peut que nous mener à une collision avec la nature - a-t-il dit - et nous prenons prétexte de la crise pour ne rien faire, alors que nous devons absolument traiter ce problème ». La problématique environnementale appartient bel et bien à la sphère du développement économique, selon l'orateur, qui a également insisté sur la dimension sociale. « Nous ne lui avons pas accordé suffisamment d'importance, il faut lui donner toute sa place, car, si nous ne le faisons pas, cela se retournera contre nous ». « Mais il faut également assumer la consolidation budgétaire et la diminution des déficits - a-t-il ajouté - et c'est dans la mesure où nous devons prendre en compte des injonctions parfois contradictoires que la situation actuelle est si difficile ».

Que faire alors ? Tabler sur une lente amélioration que le secrétaire général de l'OCDE entrevoit pour fin 2015 et parier sur l'option structurelle, « la seule qui nous reste, puisque nous n'avons plus aucune marge de manœuvre ni en matière monétaire - les taux d'intérêt sont à zéro -, ni en matière fiscale ». En clair, dit-il, cela implique de tabler sur l'éducation - « nous créons des millions de jeunes diplômés dont les diplômes ne leur servent à rien » -, l'innovation, la concurrence, la flexibilité du marché du travail, du marché des produits, la recherche et développement etc. « Voilà ce qui nous sortira de l'ornière », a conclu Angel Gurria, mais seulement à moyen et long termes. Ce sera aux politiques de combler le fossé entre le court terme et les résultats à venir, en expliquant à la population - qui peut le comprendre - ce qu'ils sont en train de faire. « Oubliez les prochaines élections, voyez plus loin », a-t-il lancé à l'hémicycle, « c'est ainsi que nous réussirons ». C'est en somme une révolution de l'esprit et des pratiques politiques que l'OCDE appelle de ses vœux. Et elle est devenue vitale, si l'on en croit l'état des lieux 2013 d'une organisation qui, chaque année, vient rendre compte devant l'APCE, « afin de prendre le pouls de la société » et confronter ses conclusions avec des parlementaires issus des 47 États membres du Conseil de l'Europe, auxquels se sont joints, cette année, des représentants du Japon, du Mexique, du Chili et de la République de Corée, également membres de l'OCDE. (VL)

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