Bruxelles, 07/10/2014 (Agence Europe) - Le Finlandais Jyrki Katainen est-il le bon visage pour porter le grand plan d'investissement de 300 milliards d'euros promis par Jean-Claude Juncker, qui présidera la prochaine Commission européenne normalement à partir de novembre ?
À la suite de son audition, mardi 7 octobre, seule sa famille politique en était persuadée de manière unanime. Aux yeux du PPE, il était clair que M. Katainen est « la bonne personne pour le poste ». À l'heure où nous mettions sous presse, le S&D était toujours en train de débattre sur la prestation du Finlandais, se refusant à tout commentaire officieux. Les coordinateurs des groupes politiques devaient se retrouver en début de soirée pour discuter d'abord du cas précis de M. Katainen, puis de tous les candidats dont le sort est de son ressort.
Le groupe S&D et, dans une certaine mesure le PPE, préfèrerait opter pour un 'paquet' de décisions sur le sort notamment de M. Katainen mais également celui du Français Pierre Moscovici, désigné aux Affaires économiques et financières, dont les réponses écrites supplémentaires étaient attendues vers 18h, et Lord Hill, apparu devant eux pour une seconde audition dans l'après-midi (voir autre nouvelle). « Ils vont tout mettre dans un grand panier et secouer », ironisait en début d'après-midi une source du S&D.
Au sein de l'ADLE, le niveau de satisfaction variait en fonction des députés. L'Espagnol Ramon Tremosa I Balcells semblait satisfait de la réponse donnée par le Finlandais à sa question. Dans l'entourage d'un autre député libéral, on jugeait en revanche la prestation de M. Katainen « pas transcendante », reconnaissant toutefois que cela incombait largement aux consignes données par M. Juncker. L'ADLE se retrouvera, ce mercredi, pour discuter des auditions et des candidats en particulier. Le fait que le socialiste Pierre Moscovici se retrouve face à trois conservateurs pourrait également poser problème à certains groupes.
Le coordinateur du groupe des Verts/ALE pour la commission économique du Parlement, Sven Giegold, a expliqué à EUROPE qu'il avait trouvé M. Katainen « bien plus faible que ce que j'attendais ». Ses réponses étaient vides, selon l'écologiste allemand, et n'ont témoigné aucun enthousiasme envers la tâche qui lui serait confiée. M. Giegold a toutefois précisé qu'il ne pensait pas que son groupe demanderait un vote sur M. Katainen. Le groupe GUE/NGL, par contre, aurait l'intention d'en réclamer un.
Un plan d'investissement de 300 milliards aux contours encore flous
M. Katainen avait annoncé d'entrée de jeu qu'il ne pourrait probablement pas répondre à toutes les questions des députés sur le paquet d'investissement de 300 milliards d'euros promis par M. Juncker. Corseté dans des considérations plutôt générales parce que la future Commission européenne n'est pas encore en place, M. Katainen a expliqué que l'investissement public ne devait pas « évincer l'investissement privé » et que les deniers publics devraient être utilisés comme catalyseur pour les investissements privés. Autre principe clé: pas question de créer de nouvelles dettes ou déficits, via une approche coordonnée des États membres.
D'où viendra l'argent ?, ont demandé plusieurs députés. M. Katainen a cité une meilleure utilisation de la BEI, ainsi que l'augmentation de sa capacité de crédit et une meilleure utilisation du budget de l'UE. Il a invité les pays en excédent à « investir davantage dans le futur » et ceux en déficit à diriger leurs dépenses publiques vers la recherche et le développement. « Certains disent qu'il s'agit de recycler l'argent existant ; ce n'est pas le cas ; si on change les priorités, on peut obtenir davantage », a expliqué l'ancien Premier ministre. Et M. Katainen de paraphraser Pierre Moscovici: « Nous avons besoin d'autant d'investissement public que nécessaire et d'autant d'investissement privé que possible ».
M. Katainen n'a également pas été en mesure de détailler le plan de M. Juncker en raison de sa sensibilité pour les marchés. Interrogé plus tard par la presse sur l'opportunité de demander à la BEI de prendre plus de risques, il a dit ne pas vouloir spéculer. Un document franco-allemand présenté lors du dernier Conseil Ecofin allait dans ce sens. Le Président de la BEI, Werner Hoyer, a toutefois promis que la banque basée à Luxembourg ne compromettrait pas sa notation AAA qui a un impact direct sur sa capacité à prêter (EUROPE 11158). Il avait toutefois évoqué la possibilité d'utiliser les fonds structurels de l'UE comme garantie pour créer un effet de levier et avoir un impact plus élevé que lorsque ceux-ci sont utilisés comme subventions.
Pour le Finlandais, la qualité des montants consacrés à l'investissement est aussi importante que la quantité qui y est consacrée. M. Tremosa I Balcells l'a interrogé sur la manière de garantir que les projets auront un intérêt européen. M. Katainen a évoqué le besoin d'une étude d'impact minutieuse ainsi que d'une analyse coûts/bénéfices. « Les projets doivent être bien préparés dès le début », a-t-il considéré. Et pourquoi pas inclure l'efficacité des ressources dans le processus budgétaire du 'Semestre européen' et créer des outils pour l'évaluer ?, s'est-il demandé.
Critiques sur des prises de position passées
M. Katainen a été invité à s'expliquer sur certaines prises de position dans le passé. Elisa Ferreira (S&D, portugaise) lui a reproché un manque de constance entre son discours devant la commission ECON en juillet et lors de cette audition. « Vous avez dit en juillet que l'investissement et la croissance proviendraient automatiquement de l'austérité, la seule source de confiance des investisseurs, et que c'était juste une question de temps et de persistance », a-t-elle déclaré. « Nous devons réduire notre dette pour créer de la croissance et produire de la croissance pour diminuer la dette », a répondu M. Katainen, estimant que la politique budgétaire et la croissance se soutenaient l'une l'autre. « La confiance est une pré-condition pour attirer l'investissement privé et créer des emplois », a-t-il poursuivi. Et de conclure: « Nous avons maintenant retrouvé la croissance, nous devons désormais nous attaquer au futur ».
Un autre député l'a questionné sur le refus de la Finlande de participer à la coopération renforcée sur la taxe sur les transactions financières (TTF). « Comme la Suède n'y rentrera pas, il est très difficile pour la Finlande de nous lancer », a déclaré le Finlandais, rappelant que la taxe sur la stabilité imposée au secteur bancaire lancée à son initiative avait provoqué la fuite des banques vers la Suède.
Enfin, sur les garanties demandées par la Finlande sur les prêts à la Grèce, M. Katainen a expliqué qu'il avait soutenu les plans d'aide malgré leur impopularité dans le pays et que lesdites garanties étaient réclamées par le parti socialiste finlandais et posées comme pré-condition à un accord de coalition (EUROPE 11169). Il s'est par ailleurs dit surpris par la manière dont il était parfois dépeint. Sur la scène internationale, il est en effet décrit comme un 'faucon budgétaire'. Et de rappeler qu'il ne serait pas en charge des politiques budgétaires dans la prochaine Commission, un dossier qui n'est d'ailleurs pas sa « tasse de thé ». (EL)