Bruxelles, 07/10/2014 (Agence Europe) - Auditionnée par les députés de la commission des affaires étrangères, lundi 6 octobre, Federica Mogherini, candidate au poste de Haute Représentante de l'UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune, a mis l'accent sur une véritable politique commune de l'UE. « Nous devons façonner ensemble notre vision, mettre en place une véritable politique commune, c'est la priorité pour les 5 ans à venir. (…) Il est impossible de faire face à la situation si, tous ensemble, nous n'assumons pas notre responsabilité », a-t-elle expliqué. « Il n'y a pas une décision qui peut être prise par un État membre seul. Nous devons utiliser notre potentiel commun (…) Il faut mettre l'accent sur un sentiment d'appartenance », a-t-elle ajouté. L'Italienne a précisé avoir l'intention, le premier mois de son mandat, de visiter les 28 capitales afin d'avancer sur cette position commune, en rencontrant les gouvernements, mais aussi les Parlements et les ONG. Elle a précisé qu'il fallait en finir avec la dichotomie entre les intérêts des États membres et ceux de l'UE.
Mme Mogherini a souligné « le rôle crucial » de la diplomatie parlementaire européenne. « La diplomatie parlementaire peut jouer un rôle supplémentaire », a-t-elle expliqué. Tout en précisant qu'elle pourrait faciliter l'envoi d'une mission du Parlement européen à l'étranger, elle a prévenu attendre des députés qu'ils se coordonnent avec le Service européen pour l'action extérieure avant et après leur mission « sans ingérence » de sa part.
Et alors que Catherine Ashton a semblé bouder le Parlement européen, Mme Mogherini s'est engagée à collaborer avec les députés européens. « Je serai beaucoup plus présente, j'envisage un partenariat spécial avec le PE, c'est mon devoir, mon intérêt d'être présente ici le plus possible », a-t-elle expliqué. « Aussi curieux que cela puisse paraître, je souhaite être présente autant que possible », a-t-elle insisté, espérant des réunions avant et après les Conseil Affaires étrangères, car cela permettrait « d'adopter une vision commune ».
Une vraie Mme PSDC
L'audition a aussi montré une volonté de se démarquer de la Haute Représentante actuelle sur les questions liées à la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Mme Mogherini a affirmé: « une autre chose que je vais probablement faire d'une manière différente que cela n'a été fait par le passé, c'est de pleinement jouer mon rôle en matière de défense, parce que je pense qu'il est temps que nous développions également cette partie du travail ». « Pleinement jouer » ce rôle, c'est tout d'abord assister assidûment aux réunions informelles des ministres de la Défense, ce qui était une pratique presque inexistante chez Catherine Ashton. Réaliser une tournée de l'ensemble des missions civiles et des opérations militaires de l'UE de par le monde est la seconde de ses idées pour ajuster son agenda de voyages et souligner que sa casquette de Haute Représentante comprend la politique de sécurité au même titre que les affaires étrangères.
Quant à son agenda de travail, c'est sur ses expériences passées - lesquelles, bien qu'elles soient « maigres, existent », comme elle l'a souligné elle-même - qu'elle compte s'appuyer pour développer « la coopération en matière de sécurité et de défense, comme l'établit l'une des quatre priorités de l'agenda stratégique adopté par le Conseil européen de juin 2014 ». Dans ce contexte, elle souhaite « assumer pleinement » sa responsabilité en tant que chef de l'Agence européenne de défense (AED), qui a « un potentiel énorme », notamment en matière de mutualisation et de partage des capacités, a-t-elle affirmé. Cela est autant nécessaire d'un point de vue budgétaire que stratégique, a-t-elle ajouté.
Si le traité de Lisbonne offre de nombreux instruments afin de renforcer la PSDC, ceux-ci n'ont pas encore été pleinement exploités. Ce constat est maintes fois souligné et Mme Mogherini n'y a pas manqué non plus. Mais, elle souhaite aujourd'hui changer cette donne, du moins si on lui en offre l'opportunité. « Je vais voir dans ces cinq prochaines années s'il y a les conditions politiques de l'exploiter (Ndlr, le traité de Lisbonne) enfin », a-t-elle dit.
Toutefois, l'une de ses tâches prioritaires sera de répondre à un des souhaits exprimés par le Conseil européen lors de sa réunion en décembre 2013. C'est en effet déjà pour le mois de juin 2015 que Mme Mogherini doit proposer une évaluation des « conséquences des changements intervenus sur la scène internationale ». Quelle forme prendra cette évaluation ? « Je ne suis pas venue vers vous en ce moment avec une idée claire [pour savoir] si cela doit être un document, une stratégie de sécurité » ou un Livre blanc, a-t-elle répondu aux députés. « Je n'ai pas le format », mais les besoins sont, selon elle, clairs: « Nous avons besoin d'une vision à long terme pour la prévention des crises et pour la gestion post-crises ». Ce qui la guidera finalement dans toutes ses démarches c'est de « préserver la paix, prévenir les conflits et renforcer la coopération internationale » et, pour y parvenir, elle compte, entre autres, travailler en collaboration « aussi étroitement que possible » avec l'OTAN, dont le nouveau secrétaire général, le Norvégien Jens Stoltenberg, est son « très bon ami ».
Mme Mogherini est aussi revenue au gré des questions des députés sur les crises actuelles. Ainsi, si la Russie n'est plus un « partenaire », elle reste néanmoins « un pays stratégique et un voisin », selon la Haute Représentante désignée. Interrogée par Richard Howitt (S&D britannique) sur la tactique à adopter à l'égard de « l'ours russe », la ministre italienne des Affaires étrangères a répondu, non sans humour, qu'elle n'avait « pas beaucoup d'expérience concernant les ours ». « Mais nous avons besoin d'un mélange de fermeté et de diplomatie, l'équilibre dépendant aussi de la réaction de l'ours », a-t-elle expliqué. « Il est important de réfléchir sur nos relations », a-t-elle souligné. Concernant le risque que la Russie tente de créer un couloir en Ukraine entre son territoire et la Crimée, elle a insisté sur la nécessité de faire « front commun » et de prévenir plutôt que d'être dans la réaction. « Il faut de plus en plus apporter un soutien politique aux efforts des dirigeants ukrainiens. C'est difficile, mais si on ne les aide pas, l'hiver sera sûrement un cauchemar d'un point de vue économique et énergétique », a-t-elle prévenu. « Si on n'est pas à leurs côtés, alors qui le sera ? », s'est-elle interrogée.
Et pas question non plus de laisser de côté le voisinage sud de l'UE. « Accorder une attention à l'est et au sud n'est pas contradictoire. Nous devons agir sur tous les fronts parallèlement », a-t-elle expliqué. Mme Mogherini a mis en avant la nécessité de « stopper l'État islamique, qui n'est pas un État, pas l'Islam, mais une menace globale majeure ». « Il n'est pas possible d'avoir une riposte militaire, si, en même temps, il n'y a pas de réponse politique, si l'on n'agit pas sur la base du développement des extrémismes (pauvreté, absence de sécurité sociale et économique …). C'est le devoir de l'UE d'essayer d'inverser la tendance », a-t-elle souligné.
La future Haute Représentante a expliqué que l'Union devrait avoir un rôle plus important au Proche-Orient. « Pour la première fois, il a été demandé à l'UE d'être présente par les Israéliens, les Palestiniens, les Égyptiens… Pour une fois, nous serons appelés à jouer un rôle essentiel », a-t-elle souligné. Selon elle, l'UE doit passer du rôle de « payeur efficace » à celui de « joueur efficace ». « Il serait utile que l'UE comprenne que nous sommes un acteur de la région, pas seulement les États membres, mais que l'UE est un acteur de la Méditerranée et du Moyen-Orient », a-t-elle aussi expliqué. Sur les migrants qui traversent la Méditerranée, l'Italienne a considéré que l'UE a « un devoir moral et humanitaire avant même d'avoir un devoir politique et institutionnel ».
À l'heure où nous mettions sous presse, la décision concernant Mme Mogherini n'avait toujours pas été rendue publique. À l'issue de l'audition, lors de laquelle l'Italienne a été applaudie, le président de la commission des affaires étrangères, Elmar Brok, avait souligné avoir ressenti une « atmosphère positive » et qu'il était « assez confiant » quant au résultat. Selon une source européenne, « l'évaluation (de l'audition) sur la plupart des questions est positive ». (CG et JK)