Progrès limités. L'exigence d'apaiser les relations entre l'UE et la Russie (voir cette rubrique dans EUROPE 11156) non seulement se confirme, mais elle commence en partie à se concrétiser, notamment à l'égard des problèmes de l'Ukraine. Certes, ce n'est pas encore grand-chose face aux mesures négatives qui subsistent ; mais le dialogue a partiellement repris. Quelques formes de coopération avaient été d'ailleurs maintenues dans le domaine industriel (avec l'Allemagne) et dans le domaine énergétique. Par ailleurs, la Russie est nécessairement impliquée dans certains aspects significatifs de la mise en œuvre du nouvel accord d'association UE/Ukraine.
Plusieurs aspects des relations euro-russes continuent toutefois à être régis par le régime désastreux des représailles réciproques, ruineux pour l'une comme pour l'autre partie.
Le désastre agricole. Le cas le plus spectaculaire est actuellement celui des produits agricoles. Le Parlement européen s'en est occupé à plusieurs reprises, encore cette semaine d'ailleurs (EUROPE 11156). Les députés ont constaté qu'un tiers des exportations agricoles et alimentaires de l'UE avait « disparu du jour au lendemain », du fait que la Russie, deuxième importateur mondial, avait suspendu ses achats, dans le cadre de la surenchère des rétorsions. Mais le débat du PE n'a pas étudié la possibilité que les échanges agricoles soient repris ; il s'est limité à réclamer des aides supplémentaires aux producteurs européens. Tous les aspects des soutiens actuels doivent être élargis, réclament les parlementaires, grâce à un soutien spécial du budget communautaire. Opération malaisée, car le prochain budget annuel de l'UE s'annoncé particulièrement rigoureux…
Certes, les répercussions des décisions de Moscou sont parfois très lourdes. Ce jeudi, le quotidien belge Le Soir a consacré une page entière à la chute dans l'UE des cours des pommes et des poires, au grand désespoir des producteurs. Les acheteurs européens bénéficient à première vue des prix en baisse, mais « on ne pourra jamais consommer chez nous les quantités énormes qui étaient exportées vers la Russie ». En fait, la récolte va être abandonnée et des milliers de tonnes vont pourrir sur les arbres. Bagatelles pour le monde politique, désastre pour les paysans.
Symptômes positifs ? Quelques symptômes indiquent toutefois qu'une normalisation progressive des relations euro-russes est possible, dans le respect des normes internationales. L'UE a demandé à l'Organisation mondiale du commerce (OMC, dont la Russie fait partie) d'interdire les droits antidumping que Moscou a introduit sur les véhicules utilitaires légers en provenance d'Allemagne et d'Italie (EUROPE 11156). L'UE exige que la Russie respecte les règles de l'OMC, si Moscou prétend que son commerce soit protégé contre les restrictions d'autrui. Plusieurs industriels européens prouvent sur le terrain qu'ils ont confiance dans l'application de ces règles ; par exemple, le président de Renault-Russie vient d'annoncer le lancement de nouveaux modèles fabriqués sur place. Et Le Soir a consacré ce vendredi une page entière au secteur automobile en Russie, sous le titre « Un marché prometteur ».
Mais les divergences militaires subsistent. L'apaisement progressif dans plusieurs domaines ne doit pas toutefois négliger la méfiance et les obstacles qui existent dans le domaine militaire. Des évolutions sont d'ailleurs en cours en Ukraine et autour, où des divergences dramatiques ont provoqué la guerre. Et les récents compromis entre Kiev et Moscou sont loin d'être clairs. Pour le premier ministre ukrainien M. Iatseniouk, l'accord d'association qu'il a souscrit avec l'UE représente le premier pas de son pays vers l'adhésion, évolution qui en réalité ne correspond pas aux projets de Bruxelles. En outre, et surtout, les orientations de l'UE dans le domaine militaire sont largement incertaines. L'OTAN fait son métier en mettant l'accent sur l'exigence pour l'UE de sauvegarder et améliorer son efficacité militaire, mais, en même temps, les institutions communautaires (avec Parlement européen et Conseil en tête) se préoccupent surtout de la relance économique et du difficile équilibre budgétaire à rétablir. Mais les autorités responsables des questions militaires réclament des renforcements.
Notre action d'information couvre tous les aspects, grâce à ce bulletin quotidien et à la publication Europe Diplomatie & Défense, qui informe sur l'activité de l'OTAN et la commente. Il apparaît indispensable, et d'ailleurs prévu, que les institutions de l'UE organisent avant la fin de l'année des réunions conjointes afin que les autorités politiquement responsables des différents domaines évaluent ensemble la situation globale. Des orientations fondamentales pour l'avenir de l'Europe doivent être définies à tous les niveaux.
Sans oublier que pour les citoyens, la priorité de l'unité européenne a été et restera la fin des guerres pour toujours.
(FR)