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Bulletin Quotidien Europe N° 11156
INSTITUTIONNEL / (ae) commission

Quatre commissaires désignés dans le viseur du PE

Bruxelles, 16/09/2014 (Agence Europe) - Quatre commissaires désignés connaîtront des moments difficiles face au Parlement européen lorsque celui-ci tiendra ses auditions du 29 septembre au 7 octobre.

Parmi eux, le Hongrois Tibor Navracics et l'Espagnol Miguel Arias Cañete devraient être particulièrement visés. C'est ce qu'ont indiqué, mardi 16 septembre à Strasbourg, plusieurs groupes politiques du PE, à commencer par les sociaux-démocrates et les Verts/ALE. Ceux-ci auront également dans le collimateur la Slovène Alenka Bratusek dont les conditions de désignation dans son pays font débat et le Britannique Jonathan Hill, désigné par Jean-Claude Juncker à la Stabilité et aux Services financiers. Celui-ci sera d'ailleurs auditionné le 1er octobre à 15h devant la commission compétente.

« Il y a des cas particulièrement inquiétants », a déclaré l'Italien Gianni Pittella, leader du groupe S&D. « Le candidat hongrois nous préoccupe le plus car il est proche de Viktor Orbán et de tout ce qu'il a dit sur l'État libéral ». Fin juillet, M. Orbán avait expliqué lors d'un déplacement en Roumanie vouloir construire un État liberticide reposant sur des fondations nationales, érigeant la Russie et la Chine en exemples à suivre. Ces déclarations ont soulevé une vague de réactions négatives même si la Commission avait indiqué que ce discours n'avait rien d'illégal au regard des Traités. Le Premier ministre hongrois est également accusé de s'attaquer aux ONG du pays.

« Nous avons aussi des réserves sur le candidat espagnol et nous nous sommes exprimés sur Lord Hill », a ajouté M. Pittella (voir nouvelle spécifique). Selon lui, le portefeuille 'Climat et Énergie' attribué à M. Cañete n'est « pas son domaine de compétence et il y a un éventuel conflit d'intérêt ». Mardi, le groupe PPE, dont est issu l'Espagnol, a toutefois annoncé que l'intéressé avait, dès sa désignation, entamé une démarche visant à revendre, d'ici au 18 septembre, les actions qu'il détient dans des compagnies pétrolières.

Cela sera-t-il suffisant pour convaincre les parlementaires ? « C'est seulement à la fin des auditions que nous dirons si nous sommes d'accord ou pas », a indiqué le leader italien. L'évaluation des commissaires par le S&D sera « rigoureuse, très serrée sur les compétences, l'éthique et la cohérence des programmes », a encore souligné M. Pittella. Les sociaux-démocrates aimeraient, par ailleurs, que soient précisés les rôles des vice-présidents qui ne doivent pas « être des tuteurs de commissaires ni opposer de vetos ».

Ce point inquiète particulièrement les socialistes français dont le champion, l'ancien ministre des Finances Pierre Moscovici, a décroché le portefeuille des Affaires économiques et financières auquel ont été greffés la fiscalité et les douanes. Les élus français s'inquiètent notamment de l'éventuel pouvoir de blocage du Finlandais Jyrki Katainen ou du Letton Valdis Dombrovskis, assignés tous deux à des missions de coordination du travail sur la croissance, l'euro, l'investissement ou l'emploi et que l'on dit tenants d'une ligne plus axée sur la rigueur budgétaire. « Il y a un noeud politique à régler: la politique économique, une question à régler pendant les auditions », a confirmé M. Pittella, pour qui il faut « souligner à quel point les programmes d'assainissement doivent aller de pair avec davantage d'attention portée à la croissance et l'emploi ». Les pays en faible croissance ou en récession doivent pouvoir « avoir plus de temps pour atteindre les objectifs prévus par le Pacte », a ajouté M. Pittella, soucieux que tous les vice-présidents ne soient sur cette ligne.

Mais, pour Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge), le choix de M. Moscovici, qui sera auditionné le 2 octobre, est une erreur de casting. « Moscovici était responsable des promesses de François Hollande sur la finance et la séparation des activités bancaires ». M. Moscovici « devait les mettre en oeuvredonc il n'y aura rien contre les grandes banques, sur la taxe sur les transactions financières ou sur les risques systémiques », a jugé M. Lamberts.

Lord Hill aux Services financiers: inouï pour les Verts

Pour le groupe Verts/ALE, les choix de M. Juncker relèvent « parfois de la plaisanterie ou de la provocation », a estimé son co-président M. Lamberts, jugeant « inouï » le fait d'attribuer à M. Hill le portefeuille des Services financiers et de l'Union bancaire. D'après lui, « Hill est plus du côté des lobbies que de la régulation ». En outre, le Royaume-Uni n'est pas partie prenante à l'Union bancaire. Et M. Lamberts de promettre que son groupe s'opposera à la Commission 'Juncker' « si l'on estime qu'elle ne fait pas le 'job' ».

L'ADLE se trouve dans une situation délicate. En dépit d'élections mitigées, elle a été récompensée par M. Juncker avec deux vice-présidences et des portefeuilles d'importance comme le Commerce, une situation que ne manquent pas de relever certains socialistes. La famille libérale sait que l'une de ses 'championnes', la Slovène Alenka Bratusek, est contestée. Pour son chef de file, le Belge Guy Verhofstadt, il est toutefois trop « tôt pour dénoncer l'un ou l'autre ; sinon ça sert à rien d'avoir des auditions ».

Le PPE, quant à lui, a un objectif très clair: que la Commission 'Juncker' prenne ses fonctions au 1er novembre. « S'ils sont bien préparés et compétents pour gérer leurs portefeuilles, ça devrait aller », a indiqué le président du groupe, l'Allemand Manfred Weber. (SP et CG)

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