Excès injustifiés. Jusqu'à quand l'Europe et la Russie vont-elles continuer à se nuire réciproquement au lieu de relancer des éléments de coopération ? Certes, des divergences subsisteront et chacun doit faire valoir ses intérêts; mais la surenchère des représailles a atteint un niveau qui entraîne des conséquences négatives de plus en plus lourdes, au détriment des deux parties. C'est une situation absurde par rapport au point de départ, c'est-à-dire l'existence en Ukraine de deux populations différentes, l'une européenne et l'autre russe. Ces répercussions ont dépassé l'enjeu, jusqu'au point de compromettre, voire démolir, différents aspects essentiels des relations qui existaient entre l'UE et la Russie, au détriment des économies respectives et de leur fonctionnement, donc au préjudice des populations des deux parties.
La parole aux populations. Revenons au point de départ: le problème de l'Ukraine. Face aux doutes, l'UE ne devrait jamais oublier ses principes de base. Quel est le comportement civil et démocratique à respecter en cas de divergences entre les populations d'un même pays ? Laisser la parole aux citoyens eux-mêmes, dans le respect des lois en vigueur. Qui décide si l'Ecosse devient un pays autonome ou s'il fait partie de la Grande-Bretagne ? Les Ecossais eux-mêmes. Qui décidera le moment venu si la Belgique restera un pays uni ou s'il se transformera un jour en deux États, Flandre et Wallonie ? Les citoyens. Quel sera le régime futur de la Catalogne ? Les Espagnols en discutent. Les situations ne sont pas uniformes, les procédures non plus, et les résultats seront différents ; mais l'hypothèse d'un conflit armé n'existe pas.
Si l'Ukraine est habitée par deux populations tellement différentes, pourquoi n'auraient-elles pas la possibilité, et le droit, d'indiquer leur appartenance et d'en négocier les modalités pour la concrétiser ?
Coopération réelle et l'affaire des Mistral. Le respect des principes indiqués éviterait les guerres et les conséquences absurdes et ruineuses provoquées par les divergences qui se sont multipliées entre la Russie et l'Europe, alors que chaque analyse prouve l'ampleur et la variété de leur coopération effective précédente.
Quelques aspects sont devenus célèbres, comme l'affaire des navires Mistral fabriqués en France sur commande de Moscou. Le premier exemplaire est prêt. Si la France ne le livre pas, elle devra rembourser les milliards déjà obtenus et payer une lourde pénalité. Pourquoi y revenir ? Parce que 22 parlementaires européens ont inventé la formule, à leur avis astucieuse, qui permettrait à Paris de ne pas honorer la commande. Comment ? Les États membres de l'UE prendraient à leur compte ces Mistral. Ils deviendraient le noyau d'une force de réaction rapide maritime de l'UE qui agirait pour s'occuper du flux d'immigrants illégaux en Méditerranée. La question des Mistral trouverait ainsi une réponse positive et constructive (EUROPE 11153). Aux lecteurs d'évaluer cette élucubration. La France doit décider avant fin octobre si elle livre le premier Mistral à son propriétaire.
Situation étrange. L'affaire des Mistral n'est qu'un exemple de l'étrange situation dans laquelle les relations euro-russes sont fondées sur la surenchère permanente de mesures punitives réciproques, qui se superposent de jour en jour avec des répercussions croissantes, nuisibles pour les deux parties, sans apporter aucun avantage. Quelques exemples ? Lorsque Moscou interdit sur son territoire le passage des avions de ligne européens allant au Japon, les compagnies européennes sont effectivement pénalisées, mais M. Poutine renonce aux droits de passage. Si la Russie suspend l'achat de fruits, légumes et autres produits alimentaires européens traditionnels dont elle a besoin, elle ouvre ses frontières aux produits analogues de Turquie, Argentine, Chili, Egypte, etc. Il ne sera pas facile pour l'Europe de reconquérir sa place.
Je n'ai cité que des exemples faciles à décrire, mais les mesures restrictives réciproques vont bien au-delà, couvrant des domaines industriels et scientifiques très vastes. Sans parler de l'aspect « ´énergies », où les liens sont colossaux. La coopération Europe/Russie n'a pas de limite et est irremplaçable.
Pour l'UE, décisions difficiles. Dans ce conteste compliqué, les décisions de Bruxelles sont très malaisées car, on l'a constaté encore récemment, les situations et les intérêts des États membres ne sont pas uniformes, loin de là. La définition de positions communes demande des compromis.
S'y ajoute l'aspect purement militaire. L'équilibre entre les positions et les demandes de l'OTAN d'une part, dont notre bihebdomadaire Europe Diplomatie & Défense fait amplement état, et les efforts de plusieurs États membres pour équilibrer leurs budgets nationaux de l'autre, ne paraissent pas aisément conciliables. De ce point de vue aussi, l'apaisement des relations entre Russie et UE représente un élément prioritaire de la stabilité recherchée.
(FR)