Bruxelles, 16/09/2014 (Agence Europe) - Il était attendu au tournant par les députés européens. Le chrétien-démocrate espagnol Miguel Arias Canete, 64 ans, commissaire désigné à l'Action pour le climat et à l'Énergie dans la future Commission 'Juncker' leur a peut-être coupé l'herbe sous le pied en annonçant, mardi 16 septembre, avoir fait le nécessaire pour couper court à tout soupçon de conflit d'intérêts le concernant.
Que le commissaire désigné pour ce double portefeuille détienne des actions dans deux compagnies pétrolières en avait choqué plus d'un, et les eurodéputés n'avaient pas fait mystère de leur intention de scruter de très près sa déclaration d'intérêts et d'être très vigilants lors de son « examen de passage » devant le Parlement (EUROPE 11152). Il a annoncé, mardi, avoir donné des instructions pour vendre toutes les parts qu'il détient dans des compagnies énergétiques.
« Au vu de rapports récents concernant le fait que je détiens des actions à titre personnel, j'ai donné instruction de revendre mes parts dans le secteur énergétique dès que j'ai été nommé commissaire désigné, afin d'éviter qu'il puisse y avoir la moindre once de soupçon de conflit d'intérêts potentiel », a-t-il déclaré. Selon son porte-parole, cela vaut en particulier pour les parts détenues dans Petrolifera Ducar et Petrologis Canarias, et l'opération de vente devrait être bouclée le 18 septembre, avant l'audition de M. Canete prévue mercredi 1er octobre, par les députés des commissions parlementaires Industrie/Énergie (ITRE) et Environnement (ENVI). Il appartiendra aux députés d'en juger.
Ce Madrilène, membre du parti populaire, a derrière lui une longue carrière politique débutée en 1982 comme député régional et fut ministre de l'Agriculture et de l'Environnement de son pays. En pleines négociations d'un accord climatique mondial et par temps de crise énergétique mettant en lumière l'urgente nécessité de créer une Union de l'énergie, il obtient un gros portefeuille. L'Espagne, qui s'était battue pour obtenir un poste de poids au sein de la Commission 'Juncker', a obtenu gain de cause: les responsabilités qui échoient à son représentant ne font pas trop pâle figure comparées au portefeuille de la Concurrence actuellement détenu par Joaquín Almunia.
Si le climat et l'énergie sont fusionnés dans un même portefeuille, pour faire bonne mesure avec le cadre d'action intégré pour les politiques du Climat et de l'Énergie à l'horizon 2030, les activités de M. Canete seront toutefois 'guidées' par le vice-président à l'Union de l'énergie et le vice-président pour l'emploi, la croissance, l'investissement et la compétitivité. Et pour toute initiative requérant une décision de la Commission, le commissaire devra préalablement recevoir le feu vert du vice-président pour l'Union de l'énergie, au grand dam des députés - Verts notamment - qui redoutent de voir la politique climatique tronquée et inféodée aux seules considérations du marché de l'énergie. Il aura certainement beaucoup à faire pour rassurer les inquiets et les sceptiques quant à sa capacité à résister aux lobbys de l'industrie.
S'il était confirmé, M Canete aurait pour missions de: - préparer et négocier le paquet législatif qui découlera de l'accord sur le cadre d'action horizon 2030 sur lequel un accord est escompté au Conseil européen des 23 et 24 octobre ; - poursuivre le développement de la politique de l'UE en matière d'énergies renouvelables pour que l'UE soit leader mondial, et le développement de la politique d'économies d'énergie ; - soutenir le vice-président pour l'Union de l'énergie afin de garantir que l'UE joue un rôle de chef de file dans la politique climatique internationale qui débutera par la conférence climatique de Paris (COP 21, décembre 2015) où doit être conclu un nouveau régime de lutte contre le changement climatique, juridiquement contraignant, avec tous les pays à bord. C'est ce que lui demande Jean-Claude Juncker.
Macho ? Conservateur, Miguel Arias Canete s'était tristement illustré par des propos machistes, le 16 mai dernier, lors de la campagne pour les élections européennes. « Le débat entre un homme et une femme est très compliqué. Si l'on abuse de sa supériorité intellectuelle, on a l'air d'un machiste en train de coincer une femme sans défense », avait-il soufflé. Certains se réjouiront que le portefeuille de l'égalité des genres ne lui ait pas été attribué (il échoit au commissaire désigné à la Justice et aux Consommateurs). Il n'en reste pas moins que des questions risquent de lui être posées lors de son audition notamment pour qu'il précise sa position à l'égard des valeurs fondamentales et la Charte des droits fondamentaux de l'UE. (AN)