Bruxelles, 09/07/2014 (Agence Europe) - Le groupe de la GUE/NGL (Groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique) au Parlement ne soutiendra pas la candidature de Jean-Claude Juncker, président désigné de la Commission européenne. Venue présenter ses priorités devant ce groupe, mercredi 9 juillet à Bruxelles, cette figure emblématique de l'Eurogroupe n'a pas convaincu, compte tenu notamment de son bilan à la présidence de cette instance de 2005 à 2013.
« Allergique aux déficits et à la dette publics», comme il a tenu à le rappeler, Jean-Claude Juncker a eu beau annoncer vouloir démocratiser la troïka européenne, défendre l'introduction d'un salaire minimum dans tous les pays de l'UE, défendre le droit du travail, ce « cordon sanitaire qui doit encadrer le marché du travail », et accorder davantage d'attention à « la combinaison dangereuse entre dumping fiscal et dumping social », les 52 membres du groupe ont fait preuve de défiance au cours d'un échange de vues présidé par l'Allemande Gabi Zimmer. 2h30 de questions/réponses à fleurets mouchetés ont montré que, pour les députés, Jean-Claude Juncker est l'incarnation même de l'Europe capitaliste ultralibérale, sauveuse des banques et fossoyeur de l'emploi et du bien-être des peuples en Espagne, en Grèce, au Portugal - des critiques véhémentes que le candidat désigné à la présidence de la Commission a jugé excessives. « Avec des approches 'bateaux', on ne s'en sortira pas. La situation de ces pays n'a pas été façonnée par l'Europe», a-t-il rétorqué.
Selon Mme Zimmer: « Les priorités de M. Juncker ne correspondent pas à notre vision pour l'avenir de l'UE. Alors qu'il semblait critiquer certaines des politiques rigides poursuivies par les dirigeants de l'UE - comme la nature antidémocratique de la troïka au cours des dernières années -, il ne s'est pas montré disposé à y renoncer . Ce n'est tout simplement pas suffisant, alors que mettre un terme à l'austérité et à son impact dévastateur sur des millions de citoyens est clairement le défi clé d'aujourd'hui». Les réponses apportées par M. Juncker concernant la négociation de l'accord de libre échange avec les États-Unis ont également été jugées décevantes.
Dans son intervention liminaire, M. Juncker avait défendu son bilan en déclarant: « j'ai tout fait, comme président de l'Eurogroupe, pour éviter l'exclusion de la Grèce (...). Nous n'avions pas d'instruments idéaux. Dans l'urgence nous avons réparé l'avion en vol ». Et d'ajouter: « je n'étais pas pour l'implication du FMI dans le mécanisme de sauvetage mais on m'a expliqué que le FMI avait l'expertise. J'ai toujours critiqué le fait que le FMI applique le même traitement pour tous. La troïka est une instance insuffisamment démocratique. Je veux qu'on lui ajoute une dose de légitimité démocratique. Le problème, c'est que l'investissement public et privé a connu une réduction regrettable. J'examine avec la BEI les possibilités pour donner du tonus à la volonté européenne de relancer l'investissement. Je veux d'autres progrès en matière d'harmonisation fiscale », a-t-il assuré. Il veut en outre « donner une lisibilité, une grille de lecture économique au Pacte de stabilité et de croissance », sans l'amender, comme l'a décidé le Conseil européen.
Invité à préciser par quoi la 'troïka' pourrait être remplacée, M. Juncker a dit ne pas savoir exactement, évoquant simplement « un instrument démocratique plus vertueux ».
TTIP. Interrogé sur la manière dont le peuple serait consulté - via le Parlement européen ? via les Parlements nationaux ? - Jean-Claude Juncker n'a pas répondu. Il s'est contenté d'affirmer que, dans la négociation de l'accord de libre-échange transatlantique, l'UE ne devrait « pas transiger sur les règles d'hygiène, le droit du travail et la protection des données ».
Migration. À ceux qui lui demandaient comment concilier des contrôles renforcés aux frontières et une politique d'asile plus humaine, M. Juncker a dit qu'il souhaitait « européaniser le droit d'asile, renforcer les contrôles aux frontières, organiser la solidarité entre le nord et le sud de l'Europe pour l'asile ». Il a aussi jugé scandaleux que « la plupart des États membres revoient à la baisse leur niveau d'aide publique au développement ». (AN)