Interpréter le terme flexible. Les divergences sur certains aspects de la relance économique européenne ne constituent pas la cause d'une rupture entre les forces politiques et, donc, entre les États membres. Les discussions sur l'application du Pacte de stabilité et de croissance confirment simplement que les positions du centre-droit (PPE) et celles des socialistes ne coïncident pas totalement, même lorsque les objectifs sont, en principe, largement analogues. D'un côté on affirme: sans croissance économique, l'Europe n'a pas d'avenir ; de l'autre, on répond: ce sont les dettes qui détruisent l'avenir. Et ce débat pèse sur l'avenir de l'UE.
La formule de M. Van Rompuy - utilisons la flexibilité du Pacte de stabilité et de croissance sans le réformer - est simple mais insuffisante ; le problème réside justement dans l'interprétation du terme flexibilité. Il faut concrètement combiner les deux positions ; mais il faut d'abord y croire.
Clarification nécessaire. L'exigence prioritaire est de séparer, dans l'interprétation et dans l'application du Pacte de stabilité et de croissance, le volet des critères à respecter et celui des délais. Les critères sont, en principe, intouchables ; les délais peuvent, en revanche, admettre une certaine souplesse. D'ailleurs, le calendrier a déjà démontré sa flexibilité: l'Espagne avait obtenu un délai de trois ans supplémentaires pour se mettre en ordre et plusieurs autres États membres ont bénéficié de marges de flexibilité pour atteindre les objectifs fixés. Certes, les pays concernés doivent être crédibles, prouver que le délai supplémentaire est utilisé pour rétablir la croissance ; ce principe du délai, si justifié, est donc acquis. Le Pacte de stabilité comporte d'ailleurs des éléments allant dans ce sens.
Dette alourdie ou investissement ? Il faut revenir à l'essentiel. Les deux grandes règles que le Pacte impose aux États membres sont claires: 3% de déficit budgétaire maximal ; 60% de dette publique par rapport au produit national brut. Les dérogations et les arrangements ne modifient pas ces chiffres.
Actuellement, on le sait, le débat est essentiellement concentré, d'une part, sur les prises de position du premier ministre italien, Matteo Renzi, dans ses fonctions de président en exercice du Conseil de l'UE, et, de l'autre, sur celles de plusieurs chefs de gouvernement.
En marge de sa rencontre de la semaine dernière à Rome avec la Commission européenne, M. Renzi a réaffirme avec vigueur, devant la presse, que son gouvernement ne recherche pas des dérogations au Pacte de stabilité, mais la faculté d'utiliser les possibilités de flexibilité, déjà existantes. Ses collaborateurs ont indiqué un exemple concret: le coût des réformes qui, sans avoir un effet immédiat, favoriseront la croissance, doit être considéré comme un investissement, et ne pas être assimilé aux dettes. C'est évidemment un principe difficile à appliquer, car il faut éviter excès et abus et il faut fournir des preuves…
M. Renzi a ensuite synthétisé sa pensée: il n'y a pas de croissance sans stabilité, mais il ne peut pas y avoir de stabilité sans croissance. Ensuite, pendant le week-end, on a assisté à plusieurs efforts pour dédramatiser, du moins au niveau politique, les divergences, en affirmant qu'elles avaient été exagérées.
Un « front méditerranéen » est exclu. Le premier ministre italien a entre-temps rejeté avec vigueur l'existence d'une sorte de regroupement des pays méditerranéens de l'UE, qui s'uniraient pour faire valoir des positions uniformes. Rien de tel n'existe, ni existera, a déclaré M. Renzi.
Le monde de la finance peut s'exprimer, mais… Les banques ont, c'est évident, la faculté de s'exprimer, mais Matteo Renzi, dans son langage parfois brusque, a souligné que « les réformes en Europe sont décidées par les chefs de gouvernement, pas par les banquiers ».
Les parlementaires eurosceptiques se présentent. Le rôle du Parlement européen est de plus en plus essentiel. La nouveauté réside dans la présence sensiblement renforcée des parlementaires eurosceptiques et il est, à mon avis, positif qu'elle puisse s'exprimer dans l'institution qui représente les peuples ; c'est ça la démocratie. Les députés eurosceptiques ont déjà eu l'occasion, la semaine dernière, de se faire remarquer: au moment où, dans l'hémicycle, on entendait l'Hymne à la joie et à la liberté de Beethoven (neuvième symphonie), ils se sont levés et ont tourné le dos ! Libre à eux de ne pas aimer Beethoven, mais montrer ses fesses pour exprimer l'opposition à l'unité européenne est une attitude politique qui soulève quelques perplexités.
Cette rubrique reviendra sur d'autres aspects de la situation actuelle, en particulier sur les éléments budgétaires et financiers et sur leur signification pour l'avenir de l'Europe unie. (FR)