Bruxelles, 20/06/2014 (Agence Europe) - À la lumière de la crise ukrainienne et du différend gazier qui oppose la Russie et l'Ukraine, le Conseil européen a réaffirmé, vendredi 27 juin, sa détermination à réduire la dépendance de l'UE à l'égard de l'énergie des pays tiers, en particulier, sans la nommer, la Russie.
Alors que les négociations trilatérales Russie/Ukraine/UE sur le règlement de la dette gazière ukrainienne et sur le nouveau prix du gaz russe à l'Ukraine patinent, laissant planer la menace d'une rupture des fournitures de gaz russe destiné à l'UE et transitant par l'Ukraine l'hiver 2014/2015, le Conseil européen a soutenu la mise en oeuvre immédiate de mesures pour renforcer la sécurité énergétique à court terme. Il s'agit de renforcer les mécanismes de solidarité et d'urgence existants, incluant le stockage de gaz, les infrastructures d'urgence et l'inversion des flux, en priorité dans les États membres les plus vulnérables, soulignent les conclusions du Conseil européen. Les Vingt-huit ont aussi convenu de se tourner vers d'autres partenaires tiers pour réduire le risque de perturbation pour la livraison de gaz naturel à court terme.
Autre avertissement lancé à la Russie: si l'UE peut difficilement se passer du gaz russe, la Russie doit, de son côté, respecter les règles de concurrence en Europe. Ainsi, le Conseil européen a insisté sur l'obligation de conformité aux règles européennes des projets d'infrastructures énergétiques dans l'UE pilotés par des pays tiers. « Les investissements dans les infrastructures énergétiques pertinentes, incluant ceux impliquant des pays tiers, doivent être poursuivis dans le plein respect de toutes les règles du marché intérieur de l'UE et de la concurrence, et doivent être pleinement appliquées », insistent les conclusions.
Un message clairement destiné à la Russie et à son projet de gazoduc South Stream, piloté par Gazprom avec à ses côtés les compagnies énergétiques italienne ENI et française EDF, et qui doit relier la Russie à la Bulgarie sous la mer Noire, en contournant l'Ukraine, pour desservir le marché européen via deux branches: l'une, au sud, vers l'Italie en passant par la Grèce, l'autre, au nord, vers l'Autriche, la Croatie et la Slovénie, en passant par la Serbie et la Hongrie. La Commission, qui doute de la conformité du projet South Stream à la législation de l'UE, bloque les travaux de construction du gazoduc dans les pays membres de l'UE prenant part au projet, le temps d'examiner cette compatibilité. L'exécutif européen a déjà ouvert, début juin, une procédure d'infraction à l'encontre de la Bulgarie, visant sa procédure d'octroi de marchés publics dans le cadre des travaux de construction du tronçon bulgare de South Stream.
Dans ce contexte, le Conseil européen a aussi exigé le respect, par les pays membres de la Communauté de l'énergie (Albanie, Bosnie-Herzégovine, ARYM, Monténégro, Serbie, Kosovo, Moldavie et Ukraine) de l'acquis communautaire et des obligations découlant de la législation sur le marché intérieur de l'énergie. Il s'agit d'un message implicite à un pays voisin et candidat à l'adhésion à l'UE, la Serbie, qui prend aussi part au projet South Stream et rechigne à en suspendre les travaux de construction sur son territoire.
Sur la base de la stratégie pour la sécurité énergétique préparée à sa demande et mise sur la table par la Commission le 28 mai dernier (EUROPE 11090), et en vue de sa réunion d'octobre, le Conseil européen a chargé les ministres de l'Énergie de poursuivre l'analyse des mesures nécessaires pour améliorer la sécurité énergétique de l'UE à moyen et à long termes. À cet égard, le Conseil européen a souligné l'importance de l'efficacité énergétique, du développement de la production autochtone et de l'intégration du marché intérieur de l'énergie, sur la base d'une approche régionale, d'une transparence accrue sur les marchés du gaz, et de la construction des infrastructures et des interconnexions manquantes. Les délais politiques pour l'achèvement du marché intérieur de l'énergie et pour la fin de l'isolement énergétique des pays éloignés du réseau européen restent inchangés: 2014 pour le premier, 2015 pour le second.
Le Conseil européen a confirmé aussi qu'il prendra, en octobre au plus tard, une décision finale sur le nouveau cadre pour les politiques énergétique et climatique à l'horizon 2030, incluant d'autres mesures visant à renforcer la sécurité énergétique de l'Europe et des objectifs d'interconnexion à l'horizon 2030.
« Une chose est claire, c'est que les récents événements en Europe de l'Est ont montré une fois encore que nous devons vraiment 'européaniser' la politique énergétique et sa dimension extérieure », a commenté, José Manuel Barroso. Se félicitant du « large consensus » entre les États membres sur sa stratégie pour la sécurité énergétique, le président de la Commission a dit attendre leur « accord formel » en octobre.
« L'UE doit renforcer son secteur de l'énergie et ses fournitures d'énergie. En travaillant ensemble nous sommes plus forts face aux fournisseurs tels que la Russie », a commenté, pour sa part, le premier ministre néerlandais, Mark Rutte. Le choix de l'approvisionnement énergétique « est un choix souverain qui appartient à chacun des pays », a déclaré de son côté François Hollande, interrogé sur le dilemme South Stream. « Mais il est important que nous ayons une coordination », a insisté le président français. (EH, avec AN/MD)