Bruxelles, 27/06/2014 (Agence Europe) - Les politiques favorables à la croissance économique doivent faire jeu égal avec celles garantissant la stabilité budgétaire, a estimé le Conseil européen, vendredi 27 juin, fermant la porte à toute révision du Pacte de stabilité et de croissance.
« Nous respectons le Pacte de stabilité et de croissance. Toutes nos économies doivent continuer les réformes structurelles. Très clairement, notre force commune dépend du succès de chacun d'entre nous. C'est pourquoi l'Union doit avancer franchement pour favoriser la croissance, accroître les investissements, créer davantage et de meilleurs emplois et encourager les réformes propices à la compétitivité. Cela requiert aussi d'utiliser au mieux la flexibilité qui est inscrite dans l'actuel Pacte de stabilité », déclarent les Vingt-huit dans leur agenda stratégique de l'Union.
À la pointe dans ce combat, le Premier ministre italien, Matteo Renzi, a qualifié le langage employé de véritable « tournant pour l'Europe ». En substance, « si un pays accomplit des réformes structurelles avec sérieux, il a droit à bénéficier de la flexibilité » inscrite dans le Pacte de stabilité, a-t-il ajouté, persuadé que se focaliser uniquement sur l'assainissement budgétaire constitue aussi une violation des règles budgétaires européennes. Pour le socialiste italien, le jeu se déroulera désormais sur le plan intérieur dans le cadre d'un processus réformiste de '1000 jours' qui s'ouvre à partir de septembre 2014. Son homologue français a abondé dans le même sens. « Tout doit être fait pour qu'il y ait respect des engagements mais aussi des marges de manoeuvre du Pacte de stabilité qui peuvent être utilisées », a estimé François Hollande, pour qui il faut conforter la croissance à travers l'accomplissement d'« efforts structurels » pour la compétitivité.
La Commission maître du jeu. L'utilisation de la marge de flexibilité du Pacte sera sujette à l'interprétation de la Commission. « La Commission européenne est maître du jeu », a indiqué la Chancelière allemande, Angela Merkel, pas opposée au principe de souplesse des règles pourvu que celles-ci demeurent d'application. Dans le cas de l'Italie dont le déficit est inférieur à 3% du PIB, la Commission pourrait dire que certains cofinancements nationaux pour la réalisation de projets ne seront pas pris en compte dans le calcul des engagements budgétaires fixés au niveau européen, a-t-elle ajouté. Pour le Belge Elio Di Rupo, l'application de la marge de flexibilité du Pacte découlera d'« une discussion entre l'État membre et la Commission ».
« Aucun des chefs de gouvernement n'a proposé de changer les règles », a constaté le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. D'après lui, la discussion des Vingt-huit a porté sur « la façon dont nous pouvons utiliser au mieux les règles actuelles, de telle façon que nous puissions poursuivre la consolidation budgétaire et, dans le même temps, agir au mieux pour stimuler l'investissement et la croissance ». Dans la même veine, le Luxembourgeois Xavier Bettel a estimé que la chose la plus importante était justement que les règles budgétaires n'allaient pas changer. Nouveau venu au Conseil européen, le libéral finlandais Alexander Stubb a refusé, quant à lui, toute flexibilité additionnelle du Pacte de stabilité et de croissance. Il a mis en garde contre l'« illusion » selon laquelle les décideurs politiques seraient capables à eux seuls de produire de la croissance. Nous avons besoin de trois choses, a-t-il estimé: faire les réformes à la maison, libéraliser le marché intérieur et promouvoir le libre-échange. (MB avec AN/EH/MD/EL/IL/CG)