*** Politique. Revue de débats. ASBL Politique (9 rue du Faucon, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5386996 - Courriel: secretariat@politique.eu.org - Internet: http://politique.eu.org ). Mai/juin 2014, n° 85, 84 p., 9 €. Abonnement: 40 €.
A l'heure où cette Bibliothèque européenne tombera sous les yeux des lecteurs de l'Agence Europe, ceux-ci connaîtront le verdict des élections européennes. Ils sauront si le candidat du Parti socialiste européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz, est parvenu, ou non, à se rendre incontournable pour occuper le poste de prochain président de la Commission. Dans un cas comme dans l'autre, le président sortant du Parlement européen et tous ceux qui sont de sa famille politique, voire même de la gauche en général, seraient bien inspirés de feuilleter ce numéro d'une revue progressiste belge de qualité - qui, heureuse surprise, traite les questions touchant à l'Union comme « des sujets de politique intérieure plutôt que d'Affaires étrangères », ce qui n'est pas courant...
Ce détour par Politique leur est vivement conseillé - et le conseil vaut évidemment pour les fidèles de cette rubrique - parce que ce numéro comporte un très solide dossier sur différents aspects et institutions de l'Union, les regards qui y sont portés émanant, personne n'en sera surpris, par des intellectuels progressistes dont la grille de lecture, personne n'en sera davantage étonné, se révèle souvent sinon assassine, en tout cas sévèrement critique par la tournure prise par la construction européenne. C'est que si la revue voyait l'Europe, voici dix ans, comme une « espérance immobile », elle se voit contrainte et forcée de constater désormais que « l'espérance s'est muée - au mieux - en dépit et que l'immobilisme a laissé la place à la marche forcée de l'austérité et des plans d'ajustement ». Le sort qui a été réservé aux citoyens coupables d'être les ressortissants d'États par trop dispendieux se trouve ainsi stigmatisé en chœur par tous les contributeurs, l'économiste et syndicaliste grec Petros Linardos, membre du parti Syriza d'Alexis Tsipras, s'indignant notamment du fait que « le discours dominant a évacué la question du chômage, de la précarité, de la pauvreté, des services publics et de la perte de capacité productive » de la Grèce, là où celle-ci était en droit que sa dette soit, comme dans le cas de… l'Allemagne en 1953, « effacée et rééchelonnée ». Tandis qu'Inès Trépant dénonce aussi les dérives libre-échangistes de la politique commerciale européenne dont pâtissent durement les partenaires ACP de l'Union et la démocratie au sein de celle-ci, beaucoup d'inquiétudes s'expriment surtout, au fil des pages, sur la capacité qu'aurait un président de gauche de la Commission imposé par les électeurs d'ébranler le consensus politico-économique dominant qui s'incarne au sein du Conseil européen: « (…) imaginer que la tendance structurelle à l'augmentation des inégalités puisse être inversée par des élections est bien sûr une illusion », observe ainsi, sans aucune illusion, le journaliste Paul Goossens.
Ce constat désabusé est-il la conséquence des divisions et défaillances continuellement manifestées par la social-démocratie au niveau européen ? Tel est le point de vue que défend Gerassimos Moschonas dans une contribution qui voit ce professeur en analyse politique comparée au département de science politique et d'histoire à l'Université Panteion d'Athènes décrypter « la logique des occasions perdues » suite, entre autres, à l'incapacité des partis socialistes à s'émanciper du cadre national. Ces occasion perdues sont trois. D'abord, il y a eu dans le courant des années 90, quand douze des quinze États membres de l'époque disposaient de gouvernements de gauche, l'incapacité de ceux-ci « à mettre en œuvre des politiques plus explicitement de gauche », notamment en raison de « stratégies nationales peu convergentes ». Ensuite, il y a « l'Europe sociale qui est une importante défaite thématique et idéologique pour la gauche », coupable d'être restée muette car « la constellation des intérêts politiques et des conceptions au sein du PSE a rendu impossible la construction d'une coalition majoritaire à même de mettre en œuvre un véritable programme social commun ». Et le Pr. Moschonas d'enfoncer le clou: « La social-démocratie, intimement liée à la priorité des intérêts nationaux et aux attentes des opinions publiques nationales, éprouve une grande difficulté à formuler une alternative en matière de politique sociale européenne ». Les socialistes auraient donc œuvré, par leur comportement, à cette absence d'Europe sociale qu'ils dénoncent si volontiers… Enfin, il y a la crise de la dette qui, s'il a permis au Parti socialiste européen de montrer qu'il n'était « pas une coquille vide » en se dotant d'un appréciable corpus programmatique, ne lui a pas permis d'occuper le devant de la scène ni de « corriger le déficit d'imaginaire européen du socialisme ». Pourquoi ? Parce que, entre autres, les gouvernements à direction ou participation social-démocrate ont avalisé les politiques d'austérité. D'où cette conclusion du Pr. Moschonas: « au bond en avant de la capacité politique et économique de l'Europe a correspondu un bond en arrière de la capacité réformatrice des partis de gauche ». Le constat est-il désabusé ? Pas vraiment puisque, pour cet analyste, la solution à ce auto-bâillonnement des partis socialistes « s'appelle européanisation » - ce qui veut sans doute dire aussi émancipation du Parti socialiste européen par rapport aux partis nationaux… Sans doute Martin Schulz et ses amis en tireront-ils la conclusion qu'on n'est jamais aussi bien montré du doigt que par les siens. Ils se consoleront peut-être en lisant la contribution dans laquelle Edgar Szoc juge possible une « mutualisation partielle des allocations de chômage au sein de la zone euro » et en se souvenant d'Enrico Berlinguer qui, disparu voici trente ans, alliait… « austérité et morale ».
Michel Theys
*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Mars 2014, n° 163, 40 p.. Abonnement annuel: 30 €.
Il est beaucoup question, dans cette édition d'une publication fédéraliste toujours pugnace, de la crise ukrainienne et de « l'inanité », dixit Jean-Pierre Gouzy, de la Politique étrangère et de sécurité commune que conduit « l'ineffable Lady Ashton » avec le seul souci « de faire respecter la règle souveraine de l'unanimité », Lucio Levi n'étant guère moins sévère dans son appel à « empêcher le démembrement » de ce pays frontalier de l'Union. Mais il est aussi question du scrutin européen et de la possible résistible ascension des extrémistes et autres nationalistes. Comment s'en étonner, demande Bernard Guetta à la lumière de l'affirmation du Front national en France, alors que « tout pousse à la nostalgie des frontières nationales » dans cette Europe dont les politiques économiques sont « politiquement mortifères » puisqu'elles sont synonymes, pour les citoyens, de « recul du niveau de vie et de la protection sociale », mais aussi de la démocratie qui semble confisquée par une « technocratie irresponsable ». Parmi les autres contributions, relevons aussi celle qui voit Sergio Pistone commenter le débat qui a récemment opposé, en Allemagne, le sociologue Wolfgang Streek, partisan d'une restauration des souverainetés nationales, et le philosophe Jürgen Habermas. L'historien italien défend le point de vue de ce dernier, tout en lui reprochant de ne pas aller jusqu'au bout de la logique fédérale.
(MT)
*** LOÏC ROBERT (sous la dir. de): L'environnement et la Convention européenne des droits de l'homme. Éditions Bruylant (Groupe De Boeck, 39 rue des Minimes, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-10) 482511 - fax: 482693 - Courriel: commande@deboeckservices.com - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Cahiers de droit international ». 2013, 244 p., 71 €. ISBN 978-2-8027-4136-7.
Ce livre présente les actes d'un colloque organisé par l'Association pour la promotion interuniversitaire des droits de l'Homme et centré sur l'activité de la Cour européenne des droits de l'Homme. Ce fut, ainsi que l'écrit le Pr. Stephane Doumbé-Billé, responsable de la collection « Cahiers de droit international », dans sa présentation de l'ouvrage, une occasion riche de traiter d'une thématique de l'environnement passée au centre des discussions en Europe. « Il faut, pour s'en convaincre, retourner en quelque sorte aux sources de cette protection internationale et se souvenir que c'est d'abord au plan régional européen que cette dynamique fut lancée », rappelle-t-il aussi. Sur plus de 240 pages, les nombreux contributeurs détaillent chacun des aspects liés à l'environnement et au droit spécifique qui lui est appliqué ou qui est invoqué à son sujet. « L'environnement, nouveau droit, nouvelle protection », est-il affirmé en titre d'une première partie consacrée au « droit à la vie et à l'environnement » et au « respect de la vie privée » liée à l'action sur ce terrain. Y sont également passées en revue les questions liées au droit de propriété, à l'espace public et à l'information. Après cette étude des différentes interactions entre le droit et l'environnement, les auteurs se concentrent ensuite sur la méthode pour en traiter et pour proposer ensuite une « appréhension de l'environnement par le système de la Convention et par le recours aux instances juridiques spécialisées », en l'occurrence la Cour européenne des droits de l'homme. Une deuxième partie propose des « regards croisés » évoquant la pratique observée en la matière aussi bien en Amérique qu'en Afrique ou dans le système onusien. En guise de conclusions sur un droit à l'environnement qui « se heurte de plus en plus souvent aux impératifs du développement économique », les espoirs sont concentrés sur la Cour et sur le fait que celle-ci ne ferme pas la porte à la mise à jour de sa jurisprudence sur le droit à un environnement sain, ce qui est encourageant.
(FBc)
*** FRIEDERIKE MARIE LEHMANN: Offshore Carbon Dioxide Capture and Storage. An international Environmental Law Perspective. Peter Lang (1 Moosstrasse, P. O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « PL Academic Research ». 2013, 341 p.. ISBN 978-3-631-64268-9.
L'Union européenne est le plus grand promoteur du développement et du déploiement de la technologie de captage et de stockage offshore du dioxyde de carbone (CCS), elle qui pense que cette technologie pourrait être utilisée afin de limiter globalement le réchauffement climatique à moins de 2°C au dessus du niveau pré-industriel. A l'heure actuelle, le CCS offshore implique toutefois toujours de nombreux risques environnementaux et son efficacité en termes d'atténuation du changement climatique reste disputée. Malgré tout, la technologie a de fortes chances d'être bientôt déployée commercialement au sein de l'Union. Dans ce contexte, l'auteur de cet ouvrage - qui est une version révisée de la thèse doctorale que Friederike Marie Lehmann, a présentée auprès de la Faculté de droit de l'Université Georg-August à Göttingen en 2011 - tente de clarifier les questions de droit liées aux projets européens de CCS offshore à la lumière du droit régional et international de la protection maritime et climatique , ainsi que de la législation européenne applicable. En aval de cette recherche, l'auteur souligne que la technologie reste conforme à certains accords régionaux et internationaux en matière de droit de l'environnement, ainsi qu'au droit européen. Elle est également susceptible de s'intégrer au sein du régime de protection climatique. Toutefois, au vu de l'insécurité scientifique existante, l'auteur conclut que l'autorisation et l'encouragement des projets de CCS offshore pourraient poser problème vis-à-vis du droit international de l'environnement.
(SD)
*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Mars-avril 2014, n° 399, 144 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-412-3.
Les possibilités qu'offre l'exploitation du gaz de schiste ont déjà bouleversé le paysage énergétique mondial et pourraient avoir des conséquences économiques et géopolitiques majeures à moyen et long termes. Alors que les États-Unis exploitent cette ressource bon marché depuis une dizaine d'années, les inquiétudes environnementales lui font barrage en Europe. La Commission a toutefois récemment reconsidéré la possibilité d'exploiter le gaz de schiste au sein de l'Union européenne. Dans sa recommandation du 22 janvier dernier, elle posait comme condition sine qua non le respect de « principes communs, notamment sanitaires et environnementaux ». Dans ce numéro de la revue prospective bien connue, Pierre Papon, professeur émérite à l'École de physique et chimie de Paris et président d'honneur de l'Observatoire des sciences et techniques, analyse l'expérience des États-Unis en matière d'exploitation de gaz de schiste afin de tirer des conclusions appropriées pour le paysage européen. L'auteur s'appuie en particulier sur la littérature la plus récente sur le sujet. Dans un premier temps, il rappelle la nature et les conditions d'exploitation de ce gaz non conventionnel. Dans un deuxième temps, cet expert explique que la production de ce gaz offre des projections optimistes aux États-Unis car il apporte un avantage économique à échelle tant nationale que mondiale, par le biais d'un gain de compétitivité induit au sein de diverses industries. Il expose ensuite les préoccupations environnementales ainsi que les alternatives techniques envisageables. Partant de cette analyse, il présente finalement les enjeux et les perspectives que l'exploitation du gaz de schiste offre en Europe et en France. Il termine en concluant que « les perspectives d'exploitation restent encore très floues et elles ne sont pas dépourvues de risques », mais qu'il convient aussi de se souvenir que « la prospective des techniques, dans ce domaine comme dans d'autres, n'a probablement pas dit son dernier mot et doit exercer sa vigilance ». D'autres thèmes abordés dans ce numéro concernent « l'essor de la robotique » et « les initiatives locales innovantes ».
(SD)
*** FRANCOIS BERTRAND, LAURENCE ROCHER (sous la dir.de): Les territoires face aux changements climatiques. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32-) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Ecopolis », n° 18. 2013, 269 p., 39,60 €. ISBN 978-2-87574-093-9.
De facture académique, cet ouvrage s'intéresse à la prise en charge territoriale des causes et des effets des changements climatiques. Les contributions portent sur les processus d'institutionnalisation de politiques climatiques locales en France, les auteurs développant des réflexions théoriques sur la notion d'adaptation et mobilisant plusieurs exemples qui donnent à voir sous différents angles des territoires et des sociétés locales en prise avec l'enjeu du climat.
(PBo)