Bruxelles, 22/05/2014 (Agence Europe) - À deux jours de l'issue finale des élections européennes, EUROPE fait le point sur les positions des différents partis européens et se concentre aujourd'hui sur les enjeux économiques. Tous ont la relance de l'emploi et la croissance dans leur ligne de mire, mais leurs prescriptions diffèrent. Dans sa prochaine édition, EUROPE exposera leurs positions sur l'immigration, les affaires étrangères (élargissement et voisinage), l'énergie ou encore le droit des femmes.
Parti populaire européen (PPE). Le PPE, qui dispose aujourd'hui de 273 sièges mais qui devrait en perdre plusieurs dizaines selon les sondages les plus récents, veut mettre l'accent sur les réformes pour créer la croissance, le potentiel de l'UE pour devenir un leader global étant « vaste ». Investissements ciblés et durables sont la clé. À l'inverse des socialistes, les chrétiens-démocrates ne veulent pas fonder une nouvelle croissance sur de nouvelles dettes ni sur la redistribution, dit le parti dans son manifeste. Ils entendent créer les conditions qui favoriseront l'essor des PME, les entreprises familiales, les 'start-up' et les entrepreneurs. Ils veulent stimuler le financement de la R&D, l'investissement privé et faciliter l'accès au crédit. Selon eux, investir dans l'éducation, la recherche et la technologie constitue la clé pour une Europe compétitive, innovante et 'numérique'.
Le PPE entend réformer les marchés financiers pour que les banques suivent les mêmes règles, dit le manifeste du parti dont le chef de file est l'ex-Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker.
Les priorités du candidat Juncker sur l'Union économique et monétaire (UEM) sont plus précises: rééquilibrer la relation entre le monde politique et la BCE dans la gestion quotidienne de la zone euro. D'après lui, la BCE ne veut, ni ne peut, gouverner la zone euro. La zone euro devrait plutôt être gérée par la Commission et par l'Eurogroupe avec à sa tête un président à temps plein. La responsabilité de l'Eurogroupe comprend aussi les questions liées au taux de change de la monnaie unique, au cas où le cours de l'euro devait augmenter davantage et devenir un problème pour la reprise économique. Pour le PPE, il convient aussi de rééquilibrer la façon dont le soutien à la stabilité conditionnelle aux pays de la zone euro en difficulté financière est accordée: à l'avenir, tout support et programme de réforme sera non seulement examiné à travers une évaluation de la viabilité financière mais en même temps à travers une évaluation de l'impact social. Ainsi, les effets sociaux des réformes structurelles doivent être discutés en public, estiment les chrétiens-démocrates. Qui déplorent qu'une proposition de la Commission de 1998 relative à une représentation commune de la zone euro au FMI n'ait jamais été suivie des faits.
Parti socialiste européen. Pour les socialistes dont le groupe au Parlement européen sortant comptait 196 députés, la relance de l'économie passe par l'innovation, la recherche, la formation et la mise en oeuvre d'une politique de ré-industrialisation « à la pointe, afin que les avancées extraordinaires réalisées dans les laboratoires et les universités puissent déboucher sur la création d'emplois pour les travailleurs européens ». Cela consiste à laisser davantage de marge de manoeuvre pour les investissements via les budgets nationaux, qui contribuent à l'essor de l'économie plutôt qu'à son affaiblissement, explique le manifeste du PSE adopté le 1er mars à Rome. Sur l'UEM, les socialistes considèrent qu'une mutualisation des responsabilités et des droits s'impose au sein de la zone euro. « Nous réduirons les déficits de manière durable et juste, et nous aurons recours à de nouveaux instruments pour gérer la dette publique en Europe », soulignent-ils.
Le format 'troïka' (Commission, BCE, Fmi) appliqué aux pays sous programme devra être revu: il faudra mettre en place un autre modèle dans le cadre des traités de l'UE, qui soit démocratique, socialement responsable et crédible, dit le PSE. La lutte contre la fraude, l'évasion et la concurrence fiscales sont des grands objectifs. Notamment, les socialistes entendent réduire l'évasion fiscale de moitié d'ici à 2020.
En matière de création d'emplois, leur stratégie repose essentiellement sur la pleine mise en oeuvre de la garantie européenne pour les jeunes. Pour être efficace, il faudra augmenter le budget de cette initiative et l'étendre à tous les citoyens de moins de 30 ans. Une politique industrielle européenne ambitieuse, soutenir l'économie sociale et les petites et moyennes entreprises s'avèrent également nécessaires.
Le PSE est déterminé à remettre la finance au service de l'économie réelle. L'Allemand Martin Schulz, leader de la famille socialiste dans la course à la présidence de la Commission européenne, veut un impôt standard minimum pour les entreprises afin de lutter contre le dumping fiscal. Il veut aussi une définition rigoureuse de l'évasion fiscale et une liste complète des paradis fiscaux dans le monde.
ADLE. Le parti des libéraux et démocrates européens (ALDE), qui disposait de 83 sièges dans le PE sortant, plaide pour une nouvelle intégration économique passant par une nouvelle étape dans la réalisation du marché intérieur dans des secteurs clefs comme l'énergie, les banques, les capitaux, les transports, les télécommunications, la santé. Cette intégration accrue créera forcément des emplois, les entreprises anticipant cette nouvelle dynamique, estime son chef de file aux élections européennes, le Belge Guy Verhofstadt.
La relance de l'économie et la création d'emplois seront aussi dopées par le traité de libre-échange avec les États-Unis en cours de négociation et qui pourrait rapporter plus de 100 milliards d'euros par an mais aussi par d'autres accords de ce type que l'ADLE souhaite nouer avec d'autres régions du monde.
Pour les PME, moteurs d'emplois et de croissance, il faudra faciliter l'accès au crédit et faciliter les règles pour l'investissement, soutenir les entreprises innovantes, les 'start-up' et les jeunes entrepreneurs. La fiscalité devra être adaptée à ce type de jeune compagnie innovante. Même chose pour le budget de l'UE appelé à s'adapter à ces priorités et qui devra être réformé pour se concentrer sur les meilleurs moyens de créer des emplois (innovation, recherche et développement, éducation…).
L'ADLE milite pour le rétablissement de finances publiques saines et, comme le PPE, ne souhaite pas accorder de délais supplémentaires aux pays devant parvenir à un objectif de 3% du PIB de déficit public. « Nous voulons une Union dans laquelle les critères du Pacte de stabilité sont respectés à la fois par l'Union et ses États membres », considère le parti ADLE. Indispensable, la discipline budgétaire devra être renforcée.
Autres priorités: la concrétisation rapide de l'union bancaire dans l'eurozone, l'application d'un mécanisme commun pour se défendre des banques insolvables afin d'éviter les coûts pour le contribuable et de meilleurs mécanismes de contrôle.
La zone euro et le reste de l'UE devront être traitées de la même manière, les pays hors zone euro ne devant pas être discriminés et devant être pleinement impliqués dans les décisions de nature économique. Attachée à la concurrence fiscale, l'ADLE estime qu'il faut faire plus pour lutter contre l'évasion fiscale.
Les Verts/ALE. Les verts européens (57 sièges dans le PE sortant) évoquent « l'urgence d'une convergence fiscale » et plaident pour des taux minimums d'imposition en matière de fiscalité des entreprises et du patrimoine. Ils plaident pour que les recettes de la taxe sur les transactions financières (TTF) soient affectées au budget européen. Une mesure symbolique, à leurs yeux, puisqu'il s'agirait du premier impôt européen. Ils estiment également que le moment est venu de sonner le glas du secret bancaire.
Le parti écologiste préconise par ailleurs une gestion commune de « la dette dont nous avons hérité » via la création d'un fonds d'amortissement (dispositif allégé de mutualisation) et, à terme, l'émission d'euro-obligations. Les règles de discipline budgétaire qui doivent encadrer cette initiative doivent être réalistes et clairement définies. Les verts plaident également pour l'augmentation du budget de l'UE, « en l'alimentant principalement par des ressources propres ». Ils préconisent également la création d'instruments de solidarité destinés à financer la sortie de crise. Concernant les dépenses publiques, leurs critiques visent spécifiquement celles qui constituent « à la fois un gaspillage et une atteinte à l'environnement », comme les subventions aux carburants fossiles et aux programmes nucléaires. Et les verts de se prononcer en faveur de la séparation des activités bancaires et d'un système commun de garantie des dépôts.
Gauche européenne. La gauche européenne (35 sièges dans le PE sortant) a fait de l'austérité son cheval de bataille. Mais elle n'entend pas mettre fin uniquement aux programmes d'austérité. Prenant en grippe la discipline budgétaire en général, le parti PGE réclame l'abolition pure et simple du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance du 'Six-Pack' ainsi que de « toutes mesures similaires », qui composent l'arsenal de surveillance budgétaire dont a été dotée la Commission européenne.
La campagne du parti est menée par l'emblématique Alexis Tsipras, lui-même issu d'un pays - la Grèce - à genoux après plusieurs années de purge budgétaire. Le point de départ de cette campagne est l'opposition au fardeau de la dette en partant du constat suivant: les programmes d'austérité « mènent à plus de chômage et à une récession plus profonde et, en conséquence, à une dette publique plus élevée ». La gauche européenne réclame ni plus ni moins une conférence sur la dette, un effacement d'une partie de cette dette, le gel de son remboursement ainsi que l'introduction d'une 'clause de croissance' pour ce qui en reste.
Le parti émet plusieurs idées sur l'évolution du rôle de la BCE. L'institut monétaire de Francfort devrait devenir un véritable « prêteur de dernier recours ». La gauche européenne s'en prend directement au principe de conditionnalité de l'aide qui a fondé l'assistance mutuelle entre pays de la zone euro et a été introduit pour éviter le potentiel aléa moral que cette assistance pourrait engendrer. Non seulement la BCE devrait prêter à des taux faibles, voire nuls, mais l'octroi de ces prêts devrait intervenir sans condition politique ou économique. Le PGE estime que cette politique monétaire aurait pour bénéfice de mettre « immédiatement » un terme à la spéculation contre les dettes publiques. Et, en cas de recapitalisation bancaire nécessaire, celles-ci devraient être placées sous contrôle démocratique.
La gauche prône une vraie séparation entre les banques de détail et les banques d'investissement.
La BCE devrait en outre utiliser son pouvoir de création monétaire pour financer des projets capables de créer de l'emploi. Elle ne serait pas la seule à endosser ce rôle puisqu'à côté du Mécanisme européen de stabilité (MES), fonds permanent de secours de l'eurozone, devrait être mise en place une banque publique européenne de développement basée sur la solidarité et l'insertion sociale. Celle-ci distribuerait des financements sur base de critères sociaux et environnementaux. Son financement serait assuré par la BCE, une partie du budget de l'UE et les recettes issues de la taxe sur les transactions financières (TTF). Pour lutter contre le dumping fiscal, le PGE se prononce en faveur de l'harmonisation de la fiscalité des entreprises. (SP/EL)