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Bulletin Quotidien Europe N° 11085
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Considérations essentielles pendant que les Européens votent

Présidence compliquée. La désignation du nouveau président de la Commission européenne, aspect le plus spectaculaire du vote en cours pour le renouvellement du Parlement européen, est, à première vue, une opération élémentaire: le président sera la personnalité soutenue par le groupe politique qui se confirmera majoritaire, c'est-à-dire le PPE ou le groupe socialiste. Élémentaire à première vue seulement. En fait, la situation est très complexe:

a) la désignation formelle revient au Conseil européen (qui réunit les chefs d'État ou de gouvernement de tous les États membres). Son président, Herman Van Rompuy, a souligné que le Parlement ne peut pas désigner lui-même le nouveau président de la Commission, car le Traité dit: le Conseil européen, statuant à la majorité qualifiée, propose au PE un candidat à la fonction de président de la Commission. Or, M. Van Rompuy n'est pas pressé ; il a indiqué qu'il entendait rencontrer le président du Parlement et les chefs des groupes politiques dans le courant du mois de juin , dans le but de chercher ensemble une formule équilibrée qui réduise le risque d'un clash entre les Institutions ;

b) le Parlement n'est pas du tout d'accord. Il estime que le Conseil européen n'a en ce domaine que le pouvoir formel d'indiquer le nom de la personnalité qui aura été désignée par le groupe parlementaire qui résultera en tête après les élections. Les noms des gagnants possibles sont d'ailleurs connus: Jean-Claude Juncker et Martin Schulz. Ce dernier a déclaré: si les chefs de gouvernement osent désigner un autre nom, celui-ci n'obtiendra jamais une majorité au sein du nouveau Parlement ; et lors d'un débat réunissant les cinq candidats, il a affirmé: « Le futur président de la Commission européenne se trouve parmi nous.»

Une simple question de susceptibilité formelle ? Pas du tout: certains chefs de gouvernement, M. Cameron en tête, entendent fermement garder le dernier mot sur la présidence de la Commission future. Ils entendent au moins la négocier.

Mais le fait est que le consensus du PE est obligatoire.

Un sondage bizarre. Complication apparente: jeudi 15 mai, à l'issue de la rencontre-débat qui réunissait les cinq candidats (Jean-Claude Juncker, Martin Schulz, Guy Verhofstadt, Ska Keller et Alexis Tsipras), un sondage parmi les utilisateurs de Twitter aurait indiqué que le concurrent le plus convaincant avait été Alexis Tsipras (50% des voix), loin devant Martin Schulz (5%) et Jean-Claude Juncker (3%) ! (EUROPE 11081). Il est évident que la plupart de ceux qui avaient assisté au débat n'avaient pas participé à ce sondage étrange.

Un troisième nom ? Question supplémentaire: le nouveau président de la Commission européenne pourrait-il en définitive ne pas être le candidat du groupe parlementaire qui aura recueilli le plus grand nombre de suffrages ? Oui, selon l'opinion que Guy Verhofstadt a exprimée dans l'interview à notre bulletin (EUROPE 11083). Il est vrai que le groupe parlementaire qui le soutient progresse, mais il ne pourra pas dépasser la troisième place. Or, M. Verhofstadt a affirmé qu'il cherchera de rassembler un maximum de députés et qu'il fait la course pour la présidence de la Commission, pas pour un autre poste. Comment fera-t-il ? En obtenant le soutien d'autres groupes parlementaires ? Ou par des compromis à discuter le moment venu ? Ce qui est certain, c'est que l'Europe a besoin de lui, qu'il est indispensable: son programme innovant le prouve.

Pour démolir l'UE de l'intérieur. Les eurosceptiques et les déçus de l'UE ne votent pas: c'est l'opinion des observateurs. Mais Marine Le Pen, l'adversaire probablement le plus radical de l'unité européenne, a choisi, elle, la voie opposée à l'abstention: démolir l'UE de l'intérieur, c'est-à-dire participer à la campagne électorale avec le dynamisme maximal, afin d'obtenir le plus d'élus, en France et dans les États membres où elle a trouvé des alliés. L'objectif est de constituer au sein du PE un groupe parlementaire puissant en mesure, non seulement de bloquer les progrès de l'intégration européenne, mais aussi et surtout de démolir ce qui existe. Dans le magazine américain Time (numéro qui sort le 26 mai), elle a expliqué que l'objectif est de bloquer l'intégration européenne, qu'elle considère comme un échec et une structure totalitaire. Elle estime que l'UE n'est pas réformable et doit disparaître, remplacée par un groupe d'États-Nations libres et souverains.

Il est évident que si le projet Le Pen s'affirme, la France et les autres États membres qui poursuivraient un projet analogue seraient libres de quitter l'UE et d'obtenir le régime de pays associé, comme il en existe d'autres. Mais je ne crois pas que ce soit le souhait du peuple français.

Je suis convaincu que l'Europe unie surmontera les difficultés actuelles.

(FR)

 

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