*** KAARLO TUORI, KLAUS TUORI: The Eurozone Crisis. A Constitutional Analysis. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Shaftesbury Road, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 315052 - Internet: http://www.cambridge.org ). Collection « Cambridge Studies in European Law and Policy ». 2014, 285 p., 19,99 £, 32,99 $. ISBN 978-1-107-64945-3.
Cet ouvrage est un « J'accuse » contemporain. Il est le fruit remarquable de la coopération entre un constitutionnaliste qui est aussi un théoricien du droit, Kaarlo Tuori, et un avocat doublé d'un économiste qui a notamment oeuvré au sein de la Banque centrale européenne lors de la gestation de la monnaie unique, Klaus Tuori. Dans ces pages pleinement écrites à quatre mains, ils emmènent le lecteur dans une quête des causes de l'actuelle crise que connaît la zone euro - et l'Union européenne tout entière - qui dépassent selon eux, et de fort loin, les seuls aspects bancaires, financiers et des dettes publiques. Ainsi que le résument judicieusement Jo Shaw et Laurence Gormley, les responsables de la collection qui sert d'écrin à ce joyau intellectuel, ils expliquent avec la méticulosité d'orfèvres académiques que « la crise de l'Eurozone plonge au coeur de l'ordre constitutionnel européen » et qu'elle contraint, par conséquent, à prendre également en considération les thèmes de la démocratie et de la transparence, ainsi que les questions relatives aux valeurs qui fondent nos sociétés en ce début de millénaire, y compris celles relatives à la sécurité au sens le plus large.
Tous deux actifs au sein de l'Université d'Helsinki, Kaarlo et Klaus Tuori développent en trois parties et huit chapitres une analyse qui marie approches constitutionnelle et économique. Ils s'appuient sur le « concept de constitution économique » d'origine ordolibérale, mais en veillant à n'en point faire le corset qu'il est devenu dans l'histoire allemande - et, désormais, européenne… Ils partent aussi du principe que l'Europe, contrairement à ses États membres, n'a pas hérité sa constitution d'une quelconque révolution, mais bien d'un « processus continu de constitutionnalisation ». Celui-ci est à la fois multidimensionnel (ils discernent un ensemble constitutionnel fait de constitutions économique, juridique, politique, sécuritaire et sociale) et multi-temporel, tant il est vrai que ces divers faits constitutionnels ne sont pas devenus réalités au même moment. Ainsi, les Traités de Rome - et, avant eux, le Traité de Paris qui a donné naissance à la première Communauté - a érigé l'économie en précédent constitutionnel, avant que la Cour de justice ne lui donne, par son action, son empreinte juridique, sa marque politique ayant été posée par le Traité de Maastricht et sa dimension sécuritaire par le Traité d'Amsterdam. Le point d'orgue a été, avec la crise de la zone euro, le retour triomphant de la constitution économique sur le devant de la scène. Le problème, selon les auteurs, c'est que si le premier niveau de constitution économique était de nature microéconomique, il n'en va plus de même avec ce qui résulte du Traité de Maastricht: avec la zone euro et les remèdes que sa situation de crise impose depuis cinq ans, c'est une constitution de nature macroéconomique qui s'impose.
Pour les Tuori, les objectifs et politiques économiques arrêtés et développés sous le couvert du Traité de Maastricht sont ainsi mis à l'épreuve et, à leurs yeux, point de doutes: plusieurs des assertions sur lesquels ils ont été fondés se trouvent aujourd'hui invalidées. Il en résulte, ce qui est beaucoup plus grave, qu'une « partie essentielle de la crise de la zone euro vue comme une crise constitutionnelle consiste dans ses répercussions pour la démocratie et les droits sociaux ». En effet, cette dernière mouture de constitution économique contraint le « constitutionnalisme social », à tel point qu'elle menace désormais les valeurs politiques et sociales non seulement au niveau de l'Union européenne, mais carrément aussi dans ses États membres, en particulier dans ceux qui se trouvent dans l'oeil du cyclone. Par conséquent, estiment les auteurs, les programmes d'austérité ont des conséquences sociales et sur le plan de la souveraineté des États qui en font un problème constitutionnel et démocratique majeur. Dans leur chapitre conclusif, Kaarlo et Klaus Tuori font état de leurs doutes quant à la suite à venir, tant la voie intergouvernementale privilégiée par les dirigeants européens pour sortir de la crise n'est pas de nature à changer les fondamentaux et les objectifs d'une politique économique à leurs yeux erronée.
Michel Theys
*** CHRISTOPHE LAMFALUSSY, IVO MAES, SABINE PETERS: Le sage de l'euro. Alexandre Lamfalussy. Editions Racine (Tour & Taxis, Entrepôt Royal, 86C av. du Port, B-1000 Bruxelles. Internet: http://www.racine.be ). 2013, 206 p.. ISBN 978-94-014-1719-8.
Seuls les initiés connaissent son nom. Pourtant, ce jeune immigré hongrois arrivé en Belgique en 1949 avec une valise et quelques dollars en poche est, ainsi que l'écrit Jacques de Larosière dans sa préface, « une des personnalités les plus marquantes de la finance internationale d'aujourd'hui » et un homme, économiste de formation, qui a exercé « une influence majeure sur la destinée monétaire de l'Europe ». Cet ancien patron de la Banque des règlements internationaux est l'un des techniciens à ranger parmi les géniteurs de la monnaie unique puisqu'il a participé aux travaux du Comité Delors sur l'Union monétaire avant de devenir, en qualité de premier président de l'Institut monétaire européen, l'accoucheur de l'actuelle Banque centrale européenne - dont il aurait pu prétendre à devenir le premier gouverneur s'il l'avait voulu, l'âge notamment lui ayant fait préférer la retraite. Certains l'en sortiront toutefois encore, notamment pour qu'il devienne, en 2000, président du Comité des sages chargé de la régulation des marchés financiers européens. Il va de soi qu'au bout d'un tel parcours, l'homme a des choses à dire. Il les a dites lors de dix-huit entretiens étalés entre 2010 et 2012 qu'il a accordés à son fils Christophe, journaliste, ainsi qu'à une historienne et à un conseiller de la Banque nationale de Belgique. Ce livre raconte l'homme et son parcours, son action et ses prises de position, controversées parfois mais prémonitoires très souvent lorsqu'il s'agissait, par exemple, de la stabilité financière ou des imperfections du système monétaire international. Il dit la vérité d'un expert devenu grand commis de l'Europe qui a participé en première ligne au chantier de l'euro, attribuant la paternité de cette oeuvre aussi improbable que majestueuse aux dirigeants politiques, Jacques Delors et Helmut Kohl en tout premier lieu. Il en dénonce aussi les faiblesses congénitales, les expliquant sans les excuser, lui qui dénonce notamment avec virulence « l'erreur magistrale » qu'a été l'acceptation de la Grèce dans le futur club de la zone euro et, plus encore, la faute commise par l'Allemagne et la France qui, en sortant des clous du Pacte de stabilité et de croissance, ont donné le coup d'envoi de la débandade... Alexandre Lamfalussy dit aussi l'erreur qui a été commise par les rédacteurs du Traité de Maastricht en ne retenant que le critère budgétaire. Pourtant, affirme-t-il, la mise en place de l'euro « a réussi infiniment mieux » qu'il ne l'avait lui-même prévu. Ce qui est une manière de dire que tout est toujours possible, le meilleur comme le pire…
(MT)
*** THIERRY GROSBOIS: L'euro, un rêve qui s'effondre ? Éditions BoD - Books on Demand (12/14 rond-point des Champs Élysées, F-75008 Paris. Tél.: (49-40) 534335-11 - fax: 534335-84 - Courriel: info@bod.de - Internet: http://www.bod.fr ). 2013, 190 p., 17,20 €. ISBN 978-2-3220-2601-2.
De manière accessible au plus grand nombre, Thierry Grosbois analyse, dans ces pages, les raisons historiques, politiques, économiques et sociales qui sont à la base des difficultés majeures rencontrées au sein de la zone euro - et, par extension, au sein de l'Union européenne tout entière. L'auteur fait d'abord oeuvre d'historien en rappelant les principaux événements qui ont conduit à la création de la monnaie unique, une de ces trouvailles judicieuses étant de remonter aux tentatives précédentes, depuis les actes économiques et monétaires posés par l'empire romain jusqu'à l'Union économique belgo-luxembourgeoise en passant par le Zollverein et l'Union monétaire latine. Il passe ensuite en revue les différents maux qui affectent l'euro, depuis l'absence de politiques budgétaires et fiscales convergentes jusqu'à « l'échec de l'Europe sociale », sans parler de « la faiblesse du pluralisme démocratique dans la prise de décision en matière de gouvernance économique et monétaire ». Il envisage enfin différentes options de sortie de crise, des positives - l'émission d'obligations, la création d'un Fonds monétaire européen, une « gouvernance économique supranationale et pluraliste »… - comme des négatives: « La sortie de l'union monétaire est-elle une solution ? » Le fil rouge de son exposé est que le temps des petits pas est révolu.
(PBo)
*** NIKOS CHRISTODOULAKIS: Euro ou drachme ? Les dilemmes, les illusions et les intérêts. Editions Gutenberg (37 rue Didotou, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3642003 - fax: 3642030 - Courriel: info@dardanosnet.gr). 2014, 208 p., 9 €. ISBN 978-960-01-1626-7.
En surfant sur les inquiétudes et les problèmes que nourrit la profonde récession qui affecte la Grèce, un méli-mélo de forces politiques que l'intégration européenne n'a jamais enthousiasmées oeuvre afin d'en revenir à l'ancienne monnaie nationale, la drachme. Professeur à l'Université d'Athènes et ancien ministre de l'Économie, Nikos Christodoulakis entend combattre ce point de vue électoraliste et fallacieux. A ses yeux, l'euro reste incontestablement l'option la plus avantageuse pour la Grèce, tant il est vrai qu'en revenir à une monnaie instable et profondément sous-évaluée pénaliserait au plus haut point ceux censés être sauvés. La sortie de la crise actuelle nécessitera plutôt, observe-t-il, une autre combinaison de politiques en Grèce et au sein de la zone euro, mais en revenir à la drachme se révélerait douloureux et carrément suicidaire.
(AKa)
*** YORGO CHATZIMARKAKIS: Le facteur Grèce: les valeurs grecques pour une nouvelle Europe. Éditions Patakis (38 Panagi Tsaldari, GR-10437 Athènes. Tél.: (30-210) 3650000 - fax: 3650069 - Courriel: bookstore@patakis.gr). 2013, 221 p.. ISBN 978-960-16-5264-1.
Eurodéputé allemand d'origine grecque, Yorgo Chatzimarkakis - qui a créé un nouveau parti pour pouvoir être candidat lors du prochain scrutin européen - s'emploie à montrer, dans cet ouvrage, que les Grecs ne sont pas les seuls coupables de la crise européenne, de nouvelles politiques économique et sociale étant requises bien au-delà de ce seul pays pour surmonter les conséquences de la crise. Sans complaisance, il explique concrètement les erreurs qui ont été commises par le passé en Grèce mais invite ses lecteurs à ne pas faire de ce pays un commode bouc émissaire, voire une victime expiatoire, mais bien, tout au contraire, à la voir comme une source d'inspiration et de régénération. A ses yeux, l'Europe a besoin d'un nouveau modèle social. Or, fait-il valoir, l'esprit grec a toujours été le levain culturel en Europe, raison pour laquelle la Grèce peut jouer un rôle prépondérant dans la renaissance de l'intégration européenne. Un livre qui va à contre-courant !
(AKa)
*** KOSTAS MELAS: Petites leçons pour l'économie grecque. Les particularités - Le chemin vers le mémorandum - L'injure et la vengeance. Éditions Patakis (voir coordonnées supra). 2013, 232 p., 11 €. ISBN 978-960-16-4632-9
Dans ce livre, un docteur en développement urbain et régional, spécialiste du système monétaire international, décrypte l'économie grecque à la lumière de ses diverses évolutions politiques, sociales et culturelles. Au terme de deux cents années d'histoire, il la dépeint dépourvue d'aspirations éthiques et incapable d'avoir pu traiter les maladies particulières qui l'ont frappée au fil du temps. Un premier chapitre est consacré aux spécificités de la formation sociale grecque. Ensuite, l'auteur explique les processus sociaux, politiques et économiques qui ont conduit à la faillite du pays. Le troisième et dernier chapitre contient enfin des réflexions sur le "Mémorandum économique". Au fil des pages, Kostas Melas s'emploie notamment à montrer que la Grèce n'a pas participé à l'évolution sociale qui a suivi le féodalisme, à la révolution scientifique, aux Lumières, à la révolution industrielle et, in fine, à l'émergence de l'État libéral bourgeois. L'étude met en évidence le rôle de l'État dans l'effort d'industrialisation et la persistance historique des déficits extérieurs, les prêts, les transferts financiers de la diaspora et la réussite des secteurs du transport maritime et, plus récemment, du tourisme en étant les sources permanentes faute d'une production industrielle en mesure d'assurer l'équilibre des échanges. Concernant le Mémorandum, l'auteur en dénonce la mauvaise conception, ainsi que la mise en oeuvre du programme d'ajustement budgétaire et la lutte contre la dette publique, même s'il considère que tous les acteurs, y compris la Grèce, ont un rôle à jouer dans l'Union européenne.
(AKa)
*** YANNIS PAPADOYANNIS: La fin sans gloire. Le parcours douteux, l'écroulement et la renaissance des banques grecques. Éditions Papadopoulos (9 Kapodistriou Str., GR-14452 Metamorfosi Attiki. Tél.: (30-210) 2846074 - fax: 2817127 - Courriel: info@picturebooks.gr - Internet: http://www.ekdoseispapadopoulos.gr ). 2013, 224 p., 11,99 €. ISBN 978-960-484-376-3.
À la fin de 2007, les banques grecques étaient à leur apogée. Des bénéfices obscènes se comptant en milliards, les acquisitions dans les Balkans et la flambée du prix des actions des banques de la Bourse d'Athènes étaient la règle de ces jours insouciants. Les banques étaient la définition du succès. On le sait toutefois, ce parcours spectaculaire s'est avéré éphémère. Depuis le pic de 2007, bien de l'eau est passée sous les ponts. Au cours de la période 2011 -2012, les pertes des banques en Grèce ont tout simplement… effacées d'un seul coup tous les bénéfices engrangés au cours de la « décennie d'or » 2001-2010, mais ont également « dévoré » tous leurs fonds. Du coup, un nouveau terme est entré dans la vie grecque, à savoir la recapitalisation. Dans ce livre, Yannis Papadoyannis, analyste économique au quotidien « Kathimerini », décrit le chemin parcouru par le système bancaire grec et explique les raisons qui l'ont conduit, avec ses actionnaires, du paradis à l'enfer. L'auteur décrypte aussi en quoi le système bancaire est responsable pour l'émergence et la prédominance d'un modèle économique qui a produit fort peu et consommé avec gourmandise ! Un modèle qui était voué à conduire à une impasse…
(AKa)