Bruxelles, 05/05/2014 (Agence Europe) - Les prévisions économiques de printemps de la Commission européenne, publiées lundi 5 mai, tablent sur une croissance de 1,2% du PIB en 2014 et 1,7% en 2015 dans la zone euro et de 1,6% en 2014 et 2% en 2015 dans l'UE.
« Les efforts continus de réforme des États membres et de l'UE elle-même produisent leurs fruits »: la reprise se confirme, l'investissement rebondit et la situation en matière d'emploi a commencé à s'améliorer, s'est réjoui Siim Kallas, vice-président de la Commission européenne.
M. Kallas n'a pas souhaité, à ce stade, interpréter qualitativement les programmes nationaux de stabilité et de réformes que les États membres lui ont transmis en avril, ces prévisions de printemps ne tenant pas compte des dernières mesures annoncées. La Commission présentera, lundi 2 juin, ses recommandations spécifiques par pays, conformément au processus budgétaire du 'Semestre européen' et en vue du Conseil européen de juin. M. Kallas s'est borné à inviter les États membres à poursuivre leurs efforts structurels, seule façon, à ses yeux, de regagner en compétitivité et de restaurer la confiance des marchés financiers.
Le commissaire n'est pas préoccupé outre mesure par l'inflation, qui devrait rester à un niveau faible jusqu'en 2016 (0,8% en 2014 et 1,2% en 2015 dans l'eurozone et 1% en 2014 et 1,5% en 2015 dans l'UE). Selon lui, cette situation, observée ailleurs dans le monde, ne peut être un obstacle à l'application des réformes en Europe ni ne comporte un risque sérieux de déflation.
Une fois de plus, les prévisions économiques de printemps de la Commission témoignent des fortes disparités entre les États membres. En 2014, seules Chypre et la Croatie devraient être encore en récession avec une chute de leur PIB respectif de 4,8% et 0,6%. La croissance devrait être très faible en Finlande (0,2%) ou faible en Grèce et en Italie (0,6%) ainsi qu'en Slovénie (0,8%) pour qui la Commission prévoyait pourtant en novembre une récession (EUROPE 11026). Elle atteindra un rythme modéré en France (1%), en Espagne (1,1%), aux Pays-Bas et au Portugal (1,2%). Elle sera un peu plus ferme en Allemagne (1,8%), en République tchèque (2%), à Malte (2,3%) et forte au Luxembourg (2,6%), au Royaume-Uni (2,7%) et en Suède (2,8%). Le taux de croissance le plus élevé sera observé en Lettonie (3,8%).
Sur le plan budgétaire, les déficits publics continueront à se réduire, atteignant 2,5% à la fois dans l'eurozone et l'UE cette année. Les divergences nationales sont nombreuses dans ce domaine. La Pologne bénéficiera d'un fort excédent budgétaire (5,7% du PIB) et l'Allemagne devrait atteindre l'équilibre. Au sein de la zone euro, le déficit sera inférieur au seuil de 3% du PIB au Luxembourg (0,2%), en Estonie (0,5%), en Lettonie (1%), en Grèce (1,6%), en Finlande (2,3%), à Malte (2,5%), en Belgique et en Italie (2,6%), en Autriche et aux Pays-Bas (2,8%) et en Slovaquie (2,9%). Ce seuil sera dépassé en France (3,9%), au Portugal (4%), en Irlande (4,8%), en Espagne (5,6%) et à Chypre (5,8%)
Quant à l'endettement public, il devrait atteindre un pic en 2014 (96% du PIB dans l'eurozone et 89,5% dans l'UE) avant de décroître faiblement (95,4% du PIB dans l'eurozone et 89,2% dans l'UE). Là encore, les différences nationales sont fortes. La dette sera la plus élevée dans la zone euro en Grèce (177,2% du PIB), en Italie (135,2%), à Chypre (122,2%), en Irlande (121%) et en Belgique (101,7%) et la plus faible en Estonie (9,8%), au Luxembourg (23,4%), en Lettonie (39,5%), en Slovaquie (56,3%) et en Finlande (59,9%).
Réagissant aux prévisions pour la France, le ministre français des Finances, Michel Sapin, a justifié les divergences observées en matière de réduction du déficit public qui, selon la Commission, atteindra 3,9% en 2014 et 3,8% en 2015. « La Commission européenne a bien noté l'engagement du gouvernement à ramener le déficit à 3% du PIB l'an prochain, l'écart avec sa prévision s'expliquant par des facteurs bien identifiés: un déficit un peu plus élevé en 2014 et une croissance un peu plus faible en 2015, et, surtout, la prise en compte seulement partielle à ce stade des économies annoncées pour 2015 », a déclaré M. Sapin dans un communiqué. Il a réaffirmé la « détermination » du gouvernement français à mettre en oeuvre le Pacte de responsabilité et de solidarité et à réaliser les 50 milliards d'euros d'efforts d'économies nécessaires pour ramener le déficit à 3% du PIB en 2015 et la progression de la dépense publique en ligne avec celle de l'inflation.
La Slovénie est sortie de la récession fin 2013, même si sur l'année entière l'économie du pays s'est contractée (chute du PIB de 1,1%). La reprise doit se confirmer en 2014 (+0,8%) et en 2015 (+1,4%), portée par l'investissement public, lui-même soutenu par les fonds structurels de l'UE. Le déficit public slovène s'est considérablement creusé entre 2012 (-4%) et 2013 (-14,7%), en grande partie en raison de l'intervention de l'État dans le sauvetage des banques (évalué à 10,3% du PIB).
Interrogé sur la démission, annoncée le jour même, du Premier ministre, Alenka Bratusek, M. Kallas a estimé que l'instabilité politique présentait un risque pour la mise en oeuvre des politiques économiques. Cette année, le déficit devrait retomber à 3,2% du PIB puis à 2,4% en 2015. La dette continuera, quant à elle, à grimper jusqu'en 2015, où elle s'établira à 81,3% du PIB.
Depuis fin 2013, l'Irlande et l'Espagne ont mis un terme à leur plan de sauvetage triennal sans demander d'aide financière préventive des Européens. Le Portugal fera de même à la mi-mai (voir autre nouvelle).
Sur la Grèce, la question qui occupe désormais les esprits est la suivante: que faire pour réduire le fardeau de la dette, qui atteindra 177,2% du PIB cette année ? La Commission s'en tient au scénario qui voit l'endettement hellène s'inscrire sur la pente descendante en 2015. Selon ses prévisions, elle retombera à 172,4% du PIB l'année prochaine.
Les États de la zone euro se sont engagés à réduire à nouveau le fardeau de l'endettement grec si le pays parvenait à dégager un excédent budgétaire primaire, ce qui est désormais chose faite. Une situation qu'Olli Rehn, le commissaire chargé de l'euro, actuellement en campagne électorale, avait qualifiée d'« importante réalisation », dans une interview accordée à EUROPE la semaine dernière à Vienne (voir autre nouvelle).
« Je ne pense pas qu'il y ait une grande marge de manoeuvre », a néanmoins précisé M. Kallas, au sujet de la réduction de la dette grecque, qui devait figurer à l'ordre du jour de l'Eurogroupe, lundi soir.
Plusieurs options sont sur la table: - réduire les taux de cofinancement liés aux fonds structurels (5% dans le cas de la Grèce) ; - réduire les taux d'intérêts des prêts bilatéraux octroyés dans le 1er plan d'aide ; - jouer sur la longueur des maturités, en les allongeant à 50 ans, au lieu de 30 ans actuellement. Sur le plan budgétaire, la Commission s'attend à ce que la Grèce continue sur sa bonne lancée, avec un déficit public de 1,6% du PIB en 2014 et de 1% en 2015. Le chômage s'est établi à 27,3% de la population active et devrait commencer à décliner cette année, à 26%.
La Commission ne dispose pas de données plus récentes sur Chypre que celles de février. La récession économique sera de 4,8% du PIB en 2014 et la reprise modeste en 2015 (0,9%), le chômage grimpant à 19% cette année. La Commission souligne une nouvelle fois les performances budgétaires meilleures en 2013 que prévu, mais prévoit que le déficit public se creusera cette année (de 5,4% à 5,8% du PIB). En 2015, la meilleure situation économique et sur le marché de l'emploi devrait accroître les revenus de l'État, alors que ses dépenses resteront globalement identiques, du fait de la population vieillissante. Néanmoins, le déficit public atteindra 6,1% du PIB en 2015, la dette continuant d'augmenter (126,4% du PIB).
Les fortes tensions en Ukraine auront-elles un impact sur l'économie européenne ? La situation tendue à la frontière orientale de l'UE est un des risques externes les plus importants, a concédé M. Kallas, pour qui les pays ayant tissé de forts liens économiques avec la Russie, tels que les pays baltes, la Finlande et Chypre, pourraient souffrir de tensions prolongées et de la faible croissance en Russie (1% en 2014). Outre les fuites importantes de capitaux de Russie, de nouvelles sanctions à l'encontre de Moscou pèseront davantage sur l'activité économique, prévient notamment la Commission. (MB avec EL)