Bruxelles, 22/04/2014 (Agence Europe) - Alors que les tensions se poursuivent en Ukraine, l'Union européenne a appelé, mardi 22 avril, à une mise en oeuvre rapide de l'accord de Genève censé permettre une désescalade dans le pays.
Le porte-parole de Catherine Ashton, la Haute représentante de l'UE, a rappelé, le 22 avril, que l'UE appelait toutes les parties à « respecter les termes et conditions » de l'accord de Genève du 17 avril, précisant que « tout ce qui est inscrit dans cet accord doit être appliqué. Il est important que toutes les parties soient de bonne foi », a ajouté Michael Mann, le porte-parole de Mme Ashton. Il a aussi condamné tous les actes de violence et appelé à la retenue.
M. Mann a souligné que l'échéance de l'UE pour la mise en oeuvre de l'accord était la même que celle du secrétaire d'État américain, John Kerry. Ce dernier a parlé lundi 21 avril d'une échéance à « quelques jours ». À l'issue de la réunion à Genève, M. Kerry a souligné avoir « clairement dit » à son homologue russe, Serguei Lavrov, que « si nous ne sommes pas en mesure de voir des progrès sur les efforts immédiats pour être en mesure de mettre en oeuvre les principes de cet accord ce week-end (le week-end de Pâques, ndlr), alors nous n'aurons pas d'autres choix que d'imposer des coûts supplémentaires à la Russie ». Le vice-président américain, Joe Biden, a appelé mardi la Russie à retirer ses troupes à la frontière de l'Ukraine et à cesser son soutien au séparatisme pro-russe dans l'est du pays. « Il est temps de cesser de parler et de commencer à agir. (...) Nous devons voir des mesures prises sans délai, le temps est compté », a-t-il dit lors d'une visite à Kiev.
« La semaine vient de débuter, nous allons voir ce qui se passe sur le terrain », a expliqué le porte-parole de la Haute représentante de l'UE. « Nous avons vu des signes initiaux d'application, et cela est bien », a-t-il ajouté, en évoquant l'amnistie des personnes qui ont déposé les armes.
M. Mann a précisé que la prise de sanctions supplémentaires, dont l'extension de la liste des personnes sanctionnées, se fera « en fonction de ce qui se passe en Ukraine ». « Tout dépend, dans une large mesure, de ce qui se passe sur le terrain », a-t-il répété. Le 14 avril dernier, les ministres des Affaires étrangères de l'UE avaient décidé d'allonger la liste des 33 personnes actuellement visées par des sanctions ciblées et écarté dans l'immédiat la prise de sanctions économiques contre la Russie. Le service diplomatique de l'UE travaille sur cette nouvelle liste de personnalités visées par une interdiction de visa et un gel d'avoirs. De son côté, la Commission européenne a transmis la semaine dernière aux États membres une évaluation de l'impact qu'auraient sur chacun d'eux des sanctions économiques contre Moscou.
Mardi 22 avril, le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a souligné que « la Russie et ses unités terroristes présentes en Ukraine refusent ostensiblement de mettre en oeuvre l'accord de Genève » et que les pro-russes, en prenant d'assaut le bâtiment de police et en capturant le chef de la police à Kramatorsk au lieu de désarmer et d'évacuer les bâtiments occupés, « mettent une croix » sur cet accord. Le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, a, lui, appelé Moscou à retirer ses troupes de l'est de l'Ukraine et de Crimée.
Lundi 21 avril, le ministre suédois Carl Bildt a expliqué que « personne n'avait vu jusqu'à présent des forces pro-russes dans l'Est de l'Ukraine quitter des bâtiments et déposer les armes». « Et pas de signe de Moscou les exhortant (à le faire) non plus », a-t-il ajouté.
Lors d'une conversation téléphonique avec le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, M. Lavrov a souligné « la nécessité de la mise en oeuvre stricte par les autorités actuelles à Kiev de dispositions de la déclaration de Genève, y compris la cessation des actions violentes et le lancement d'un dialogue national étendu dans le cadre du processus de réforme constitutionnelle ».
Une fusillade a fait quatre morts - trois militants pro-russes et un attaquant - le 20 avril dans un village de l'Est de l'Ukraine, totalement contrôlé par les pro-russes. Les pro-russes ont aussi étendu leur contrôle sur de nouveaux bâtiments publics.
Déclaration de Genève. Comme indiqué dans EUROPE (11063), jeudi 17 avril, UE, États-Unis, Ukraine et Russie ont adopté à Genève une déclaration contenant des étapes initiales concrètes pour désamorcer les tensions et rétablir la sécurité pour tous les citoyens. Selon ce texte, toutes les parties doivent s'abstenir de toute violence, intimidation ou provocation. Les pays condamnent toutes les expressions d'extrémisme, de racisme et d'intolérance religieuse, y compris l'antisémitisme. « Tous les groupes armés illégaux doivent être désarmés, tous les bâtiments occupés illégalement doivent être restitués à leurs propriétaires légitimes, toutes les rues, places et autres lieux publics occupés illégalement dans les villes ukrainiennes doivent être évacués », selon le texte de la déclaration. Il prévoit aussi une amnistie accordée aux manifestants et à ceux qui ont quitté les bâtiments et autres lieux publics et déposé les armes, à l'exception des personnes reconnues coupables de crimes capitaux. Les États-Unis, l'Union européenne et la Russie s'engagent à soutenir la mission spéciale de surveillance de l'OSCE, y compris en fournissant des observateurs. Le processus constitutionnel annoncé sera « inclusif, transparent et responsable », selon la déclaration de Genève. Ce processus constitutionnel comprendra l'établissement immédiat d'un large dialogue national, ouvert à toutes les régions de l'Ukraine et groupes politiques, et permettra la prise en compte des commentaires du public et des amendements proposés. Les parties soulignent l'importance de la « stabilité économique et financière en Ukraine » et se disent prêtes à discuter d'un appui supplémentaire, lorsque les étapes ci-dessus seront mises en oeuvre. (CG, avec LC)