Bruxelles, 22/04/2014 (Agence Europe) - D'éventuelles sanctions économiques entre l'UE et la Russie, dans le cadre de la crise ukrainienne, ne comportent pas de risques pour les livraisons de gaz russe à l'Europe, a estimé le commissaire Oettinger, lundi 21 avril. Le président russe, Vladimir Poutine, a donné un mois à Kiev pour régler son différend gazier avec Moscou, avant de passer au prépaiement des livraisons.
Le commissaire européen à l'Énergie, Gunther Oettinger, s'est dit confiant, dans un entretien au journal allemand Welt am Sonntag du 21 avril, que d'éventuelles sanctions économiques de l'UE contre la Russie ou inversement, en raison du bras de fer actuel autour de l'Ukraine, n'affecteront pas les livraisons de gaz russe destinées au marché européen. « Mon sentiment, fondé sur mes nombreuses discussions avec la société russe Gazprom, est que notre partenaire va remplir ses obligations contractuelles et souhaite fournir du gaz [aux pays de l'UE]. Nous sommes convenus que, en cas de sanctions économiques, du fait de l'Europe ou de la Russie, le secteur gazier ne devrait pas être touché en priorité », explique M. Oettinger. « Je suis opposé à ce qu'on réduise ou à ce qu'on coupe nos liens gaziers dans les prochaines années avec la Russie », qui fournit près de 25% du gaz consommé dans l'UE, ajoute-t-il, soulignant toutefois le besoin pour l'UE de « poursuivre [sa] stratégie de diversification ». L'Algérie, la Norvège, mais aussi l'Azerbaïdjan, qui doit alimenter l'Europe en gaz de la mer Caspienne à travers le Corridor gazier Sud (l'UE recevra 10 milliards de mètres cubes de gaz au-delà de 2019, soit quelque 20% de ses besoins), pourraient jouer un rôle encore plus important dans le marché européen du gaz à l'avenir, insiste M. Oettinger. Le commissaire souligne aussi l'importance de la production autochtone, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas (30% du gaz consommé dans l'UE) ou encore des possibilités d'importation de gaz naturel liquéfié du Qatar ou du Nigéria.
M. Oettinger rappelle aussi la nécessité que l'Europe aide l'Ukraine, qui a accumulé 2,2 milliards de dollars en factures impayées de gaz russe et refuse l'augmentation de 80% du tarif décidée début avril par Moscou, à trouver les moyens de payer sa dette à la Russie, pour éviter une guerre du gaz comme en 2009. « Il est important de surmonter une possible crise gazière et d'assurer la sécurité énergétique pour l'hiver. Si nous n'aidons pas l'Ukraine à payer 2 milliards de dollars, la Russie ne lui livrera pas de gaz », insiste-t-il.
Alors que le jour même, le président de la Commission, José Manuel Barroso, avait indiqué que l'UE acceptait de mener des discussions avec Moscou sur la sécurité des approvisionnements en gaz de l'UE et de l'Ukraine, le président russe, Vladimir Poutine, a accentué un peu plus la pression sur l'Europe et l'Ukraine, le 17 avril, donnant un mois à Kiev pour régler son différend avec Moscou, au risque de passer d'ici là à un système de prépaiement des livraisons. Une menace qu'il avait déjà prodiguée dans une lettre adressée le 10 avril à dix-huit États membres de l'UE. (EH)