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Bulletin Quotidien Europe N° 11039
ACTION EXTÉRIEURE / (ae) dÉfense

L'UE perd sa crédibilité en retardant son opération militaire en RCA

Bruxelles, 14/03/2014 (Agence Europe) - « Perdre sa crédibilité », c'est l'exploit qu'est sur le point de réaliser l'UE avec les retards accumulés pour lancer son opération militaire en République centrafricaine (EUFOR RCA), qui vise à sécuriser l'aéroport de Bangui et deux districts environnants. Ce constat émane de la Haute représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Catherine Ashton, dans une lettre envoyée aux États membres, mardi 11 mars. L'appel à la mobilisation pour défendre l'honneur de l'UE n'a pas suscité la réaction espérée chez ses destinataires, puisque le Conseil Affaires étrangères de lundi 17 mars n'aura pas d'autre choix que de reporter la décision de lancer l'opération: une décision qui aurait permis un envoi quasi immédiat des premiers soldats européens sur place.

L'UE s'est engagée à lancer cette opération le 10 février. Depuis la fin du mois de février, EUFOR RCA dispose d'un plan d'opération et de règles d'engagement robustes. Le 10 mars, l'UE a validé avec le gouvernement de transition centrafricain l'accord sur le statut des forces (SOFA), ce qui donne déjà un cadre juridique à l'opération dans le pays hôte, ainsi que les immunités habituelles pour les soldats. Sur le papier, tout semble donc prêt pour lancer l'opération. Mais c'est sans compter l'incapacité matérielle, inattendue à cette étape, des États membres à assurer le déploiement de leurs propres soldats.

L'effectif total, qui devrait se situer dans la fourchette de 800 à 1000 soldats, n'est pas encore au complet, notamment à cause d'un revirement inattendu de la Pologne et de la Roumanie quant à leur participation, mais c'est encore loin d'être le souci premier du commandant de l'opération, le général français Philippe Pontiès. En effet, le déploiement initial de l'opération est prévu pour se faire avec un nombre de soldats bien moins élevé. Il ne peut cependant se faire sans plusieurs catégories d'équipements et certaines capacités logistiques, dont surtout les avions de transport. C'est précisément cela qui manque cruellement aujourd'hui.

La lettre de Mme Ashton est parvenue aux mains des ministres européens de la Défense et des Affaires étrangères, deux jours avant la quatrième conférence de génération de forces, dont le but a été de réunir les dernières contributions des États membres et des États tiers. Celle-ci aurait ainsi dû permettre de « surmonter les difficultés actuelles et de combler les lacunes qui subsistent afin de préserver l'image et la crédibilité de l'UE » et de finalement lancer la mission le 17 mars, a indiqué Mme Ashton dans sa lettre. Le résultat de cette conférence n'a cependant pas été à la hauteur de ses espoirs, en ne permettant pas de combler toutes les lacunes. Personne aujourd'hui ne souhaite spéculer sur une nouvelle date pour le lancement.

Un tel retard est-il finalement étonnant ? Non, selon un haut responsable de l'UE. De nombreuses missions lancées précédemment ont connu le même sort, a-t-il rappelé, vendredi 14 mars. L'opération sera lancée d'ici peu, a-t-il assuré. Mais c'est une piètre consolation pour les Centrafricains, à l'heure où « le risque d'atrocité à grande échelle persiste », où la population musulmane est contrainte à l'exode et où « les enfants et les femmes continuent en particulier de souffrir » d'une « situation toujours aussi tendue », selon l'état des lieux fait par Mme Ashton.

Dans une lettre conjointe, datée du vendredi 14 mars, les ministres français Laurent Fabius (Affaires étrangères) et Jean-Yves Le Drian (Défense) se sont aussi alarmés qu'« en dépit des contributions annoncées par quelques États européens, force est de constater que le compte n'y est pas ». Ainsi, « si un effort supplémentaire n'est pas réalisé très rapidement, il ne sera pas possible de lancer, comme prévu, cette opération indispensable la semaine prochaine », ont-ils indiqué. (JK)

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