Bruxelles, 14/03/2014 (Agence Europe) - L'ancien Premier ministre italien, Massimo D'Alema, qui préside aujourd'hui la Fondation européenne d'études progressistes (FEPS), nourrit l'ambition de changer l'Europe et estime que la Méditerranée doit être la priorité de la politique étrangère de l'UE.
Présentant à la presse, mardi 11 mars à Bruxelles, son pamphlet 'It's not just about euro', qui résume les discussions au cours des dernières années au sein notamment de la fondation qu'il préside, M. D'Alema a déclaré: « Nous partageons le mécontentement à propos de l'Europe qui se propage parmi l'opinion publique européenne. Notre réponse n'est pas d'abandonner l'euro ou le projet d'intégration européenne, mais nous voulons une Europe plus démocratique et nous voulons changer les politiques ». Il préconise une stratégie alternative à l'austérité, basée sur les investissements, une utilisation flexible du Pacte de stabilité et de croissance et une stratégie commune sur la dette souveraine.
À ce titre, M. D'Alema défend une mutualisation partielle de la dette des pays de la zone euro, mais « pas pour demander aux pays contributeurs nets au budget de l'UE, comme l'Allemagne, de payer la dette ». Cette mutualisation de la dette devrait permettre, selon lui, de réduire les taux d'intérêt et de libérer des ressources pour la croissance, l'emploi, la recherche et l'éducation. Il préconise des institutions européennes plus proches des citoyens, avec un président de la Commission européenne désigné par les citoyens, et pas par les gouvernements. Le président de la Commission doit pouvoir être en mesure d'équilibrer le pouvoir des gouvernements nationaux, selon M. D'Alema.
La Méditerranée en tête des priorités. L'UE doit être « unie » pour jouer un rôle important dans le monde, sinon sa destinée sera d'être progressivement marginalisée, selon l'ancien Premier ministre italien. Sans cette unité et sans consistance dans la position de l'UE, « dans quelques années, aucun pays d'Europe ne pourra s'asseoir autour de la table du G7 », prédit-il. « Nous devons désormais tourner notre politique étrangère vers la Méditerranée. C'est la nouvelle frontière pour la politique européenne de voisinage et la politique étrangère de l'UE », souligne M. D'Alema. Cela doit être la mission de l'UE, surtout que les États-Unis tentent de se retirer de la Méditerranée.
En répondant à des questions de la presse, M. D'Alema a évoqué les thèmes suivants:
Élections européennes. « Nous sommes confiants dans le fait que les socialistes pourront devenir le groupe le plus important dans le nouveau Parlement européen. Malheureusement, les mouvements populistes et anti-européens risquent de gagner des places au sein du PE », a-t-il dit.
Crise ukrainienne. La position de l'UE jusqu'alors a été prudente, selon lui. « Je peux le comprendre. La situation est complexe. Elle ne se résume pas à un conflit entre le peuple et la dictature ». Il a rappelé notamment qu'à l'origine (il y a deux siècles), la côte nord de la mer Noire était une partie de l'empire turc. À la fin du 18ème siècle, le territoire a été conquis par Catherine II la Grande et rebaptisé Nouvelle Russie. « On ne peut pas accepter l'occupation militaire des Russes. Mais la solution n'est pas pour l'UE de se montrer arrogante. Il n'y a aucune alternative au dialogue. Il faut maintenir l'unité de l'Ukraine, tout en respectant les droits des Russes en Crimée et les intérêts de la Russie », a-t-il considéré. Et de mettre en garde: « Il ne faut pas céder au nationalisme en Ukraine ». Selon lui, l'Europe travaille dans cette direction. Il ajoute que la crise est aussi le résultat des erreurs commises par le président ukrainien déchu, Viktor Ianoukovitch, et par son gouvernement. « Il ont longuement résisté aux pressions de l'opinion publique internationale, notamment au sujet de la libération de Ioulia Timochenko », a-t-il noté. Une situation qui a créé des problèmes dans les négociations avec l'Europe et provoqué la révolte populaire.
De plus, l'UE a un problème de stratégie avec la Russie. « Une Europe unie dans les négociations avec la Russie sur l'énergie serait plus forte vis-à-vis de Poutine, qui profite de la division des pays européens », a dit M. D'Alema. Il faudrait aussi que l'UE diversifie les sources d'approvisionnement. Et d'estimer que la mise en réseau du gaz en Europe permettrait déjà de réduire de 20% les importations de gaz. (LC)