Strasbourg, 28/01/2014 (Agence Europe) - La libérale Anne Brasseur a été élue 27ème présidente de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. C'est la première Luxembourgeoise à occuper ce poste auquel une seule autre femme avait accédé depuis 1949, la démocrate chrétienne allemande Leni Fischer, de 1996 à 1999.
Anne Brasseur succède ainsi au conservateur français Jean-Claude Mignon, membre du groupe du Parti Populaire européen, qui avait été élu en janvier 2012 pour ce mandat d'un an renouvelable une fois. La passation de pouvoir entre ces deux personnalités n'aurait dû être qu'une formalité inscrite dans la ligne de l'accord « de rotation » reconduit en 2008 par les différents groupes politiques de l'assemblée. Pour mémoire, se sont ainsi succédé au perchoir le socialiste espagnol Lluis Maria Puig de 2008 à 2010, le démocrate turc Mevlüt Çavusoglu jusqu'en 2012 et Jean-Claude Mignon dont le mandat vient de s'achever.
La candidature d'Anne Brasseur, présidente de l'Alliance des libéraux et des démocrates pour l'Europe (ADLE), s'inscrivait dans la logique de cet accord et l'ancienne ministre luxembourgeoise - de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle et des Sports - qui siège à Strasbourg depuis 1993 (avec une interruption entre 1999 et 2004) était seule en lice depuis octobre. Le coup de théâtre est survenu quelques jours avant le vote, le 24 janvier dernier, avec la candidature de dernière minute du britannique Robert Walter, président du Groupe Démocrate Européen (GDE), groupe qui n'a pas signé l'accord de 2008 et dont il s'est par ailleurs émancipé pour cette démarche. C'est donc un challenger estampillé indépendant qu'a affronté Anne Brasseur avant de remporter la mise dès le premier tour en recueillant la majorité absolue de 165 voix (contre 125 pour Bob Walter).
Interrogée par la presse luxembourgeoise quelques jours avant le vote, la désormais présidente de l'APCE analysait les tenants et les aboutissants de cette candidature surprise en soulignant que son adversaire avait le soutien des Russes ainsi que celui des Turcs du parti d'Erdogan, l'AKP. Deux pays sous procédure de suivi et dont les représentants à l'APCE espéraient peut-être moins de rigueur sur le volet « droits de l'homme » de cette surveillance, suggère-t-elle en substance... Quoi qu'il en soit, c'est désormais Anne Brasseur qui présidera aux travaux de l'APCE jusqu'en janvier 2016 et elle a rappelé la singularité de cette assemblée dès son premier discours: « Tous les États membres du Conseil de l'Europe y sont représentés sur un pied d'égalité, et sans aucune distinction d'après leur taille, leur situation géographique, la date d'adhésion ou encore leur appartenance à l'Union européenne », a-t-elle rappelé. « Alors que notre Organisation doit faire face à des défis énormes - la montée des extrémismes et du terrorisme, la traite des êtres humains, la violence contre les femmes et les enfants ou encore les dangers liés aux nouvelles technologies, pour n'en citer que quelques-uns, notre rôle consiste à donner une impulsion politique à l'action du Conseil de l'Europe en faisant un usage efficace des outils qui sont à notre disposition. Mettons en valeur ce qui nous unit et non ce qui nous sépare ». Le Conseil de l'Europe cherche un nouveau souffle depuis l'adhésion des pays d'Europe centrale et orientale à l'Union européenne en 2004 dont il avait préalablement accompagné la marche vers la démocratie et l'état de droit. On lui reproche depuis une atonie, une présence très formelle et pour tout dire peu crédible sur la scène internationale. Lui donner une impulsion politique est un vrai défi qui ne peut passer que par une incarnation plus visible des valeurs fondamentales que sont les droits de l'homme pour le continent européen. (VL)