Bruxelles, 28/01/2014 (Agence Europe) - Le 30 janvier, des actions syndicales seront menées un peu partout en Europe pour protester contre la menace de libéralisation des services d'appui dans la gestion du trafic aérien (services de communication, navigation ou météo). La commission parlementaire chargée du transport doit se prononcer ce jour sur le paquet ciel unique européen 2 +, sur base du projet de rapport de Marian-Jean Marinescu (PPE, roumain). Pour EUROPE, François Ballestero, le secrétaire politique de la Fédération européenne des travailleurs du transport (ETF) à l'initiative de la mobilisation syndicale, évoque quelles sont les inquiétudes des responsables de la gestion du trafic aérien.
Agence Europe: L'appel à l'action syndicale de l'ETF est destiné aux eurodéputés. Comment devraient-ils intégrer un « pilier humain » dans le ciel unique européen?
François Ballestero: Il faudrait que le règlement prévoie un rôle beaucoup plus important et obligatoire pour les partenaires sociaux (CANSO, ATCEUC et ETF). Il doit y avoir un mécanisme de consultation réel avec une véritable méthode de dialogue social à tous les niveaux, y compris au niveau européen. Aussi, la Commission européenne propose que les compagnies aériennes soient impliquées dans les plans d'investissements stratégiques. Il faudrait que les partenaires sociaux le soient aussi. Enfin, lorsque des mesures sont prises, il faudrait préalablement en évaluer l'impact social. En aucun cas nous ne voulons des pertes d'emplois dans le secteur!
L'ETF dénonce la libéralisation des services d'appui dans la gestion du trafic aérien. L'approche du rapporteur vous semble-t-elle plus appropriée ?
La Commission veut mettre obligatoirement les services d'appui en concurrence. M. Marinescu a une formulation différente, mais il veut la même chose. Nous rejetons cette approche de libéralisation qui ne sert que les seuls intérêts des compagnies aériennes. Nous demandons aux parlementaires d'aller dans le sens d'une possibilité, mais pas d'une obligation. Si un prestataire de services de navigation aérienne (ANSP) opte pour des appels d'offre, il faudrait alors procéder à une évaluation d'impact social et sur la sécurité. Le contrôle aérien a une dimension de service public et nous ne voulons pas un contrôle aérien « low cost ». L'architecture libérale que veut créer la Commission ne vise pas l'efficacité et la sécurité, mais principalement la diminution des coûts.
Partagez-vous aussi les réserves des 28 à l'égard de la pertinence du ciel unique 2 + ? Que recommandez-vous?
Le problème c'est qu'on n'a pas encore fini de mettre en oeuvre le ciel unique 1 et 2 que déjà la Commission vient avec un troisième paquet. Elle déstabilise tout, dans tous les pays. Or, une modernisation du contrôle aérien et des investissements sont en cours depuis des années. Nous pouvons dire que le ciel unique est bel et bien en route ! Nous proposons, d'une part, que la construction des blocs fonctionnels d'espace aérien soit basée sur la coopération et que l'on donne une dimension sociale à ces neufs blocs. D'autre part, nous nous opposons à l'approche sur la performance qui ne vise qu'à diminuer les coûts et donc ceux du travail. Entre 2014 et 2019, la Commission prévoit une réduction des coûts des prestataires de services aériens de 13,43% ! Automatiquement, cela aura des répercussions sur l'emploi. Nous demandons, avec les employeurs (CANSO), que des objectifs réalistes soient adoptés par la Commission. (MD)