Bruxelles, 28/01/2014 (Agence Europe) - Le président russe, Vladimir Poutine, a reproché à demi-mot, mardi 28 janvier à Bruxelles, l'ingérence européenne dans la crise ukrainienne. Ceci alors que le commissaire européen à l'Élargissement, Stefan Füle, était à Kiev les 27 et 28 janvier et que la Haute représentante de l'UE Catherine Ashton, s'y est rendue mardi à l'issue du sommet UE/Russie (voir autre nouvelle).
« Concernant les conseils et recommandations, c'est le peuple ukrainien qui doit choisir, la Russie ne va pas prendre la parole et ne va pas dire à l'Ukraine ce qu'elle doit faire. Je ne suis pas sûr que l'Ukraine ait besoin d'intermédiaire », a déclaré M. Poutine après le sommet UE/Russie. Il a cité une expression russe selon laquelle « plus il y a d'intermédiaires, plus il y a de problèmes ». Il a aussi souligné qu'« en appelant (le président Viktor) Ianoukovitch à agir dans le cadre civilisé, on doit aussi penser à l'opposition ». Pour M. Poutine, l'Ukraine est un dossier important, mais ce dernier n'a pas modifié l'agenda du sommet UE/Russie.
« Nous n'avons pas parlé dans les détails de toutes les dernières évolutions en Ukraine », a dit le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Il a expliqué que l'objectif du déplacement des personnalités européennes en Ukraine est « d'éviter l'escalade de la violence et le retour à la stabilité politique ». Interrogé sur des élections anticipées demandées par l'opposition, alors que le Premier ministre a démissionné le 28 janvier, il a précisé que sur « les élections anticipées, parlementaires, présidentielles, c'est aux institutions démocratiques ukrainiennes de prendre ces décisions, des décisions que nous respecterons. Nous ne voulons pas intervenir dans leurs affaires, mais la fin de la violence et la stabilité sont nécessaires ».
« Il est dans l'intérêt de l'UE, comme de la Russie, de contribuer à la stabilité de l'Ukraine », a souligné le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
Ashton avance son voyage
Mme Ashton a décidé d'avancer son voyage à Kiev, initialement prévu les 30 et 31 janvier, en se rendant dans le pays dès l'issue du sommet avec la Russie, dans la soirée de mardi 28 janvier, et y restera le 29 janvier. Le commissaire à l'Élargissement, Stefan Füle, a été en Ukraine les 27 et 28 janvier. « Nous sommes dans un processus continu. Mes entretiens avec les partenaires ukrainiens sont en cours. Il est crucial que la séance extraordinaire (du 28 janvier) de la Verkhovna Rada commence à ouvrir la voie à un processus politique inclusif qui aboutisse à un moyen de sortir de la crise. À cet égard, les aspirations de la population doivent être au coeur de tous les efforts », a expliqué M. Füle à Kiev entre deux rencontres.
« La seule solution à la crise est politique. L'urgence est d'avoir un véritable dialogue pour construire un nouveau consensus sur la voie à suivre », a souligné la Haute représentante, le 27 janvier dans la soirée, se disant « profondément préoccupée » par la situation. « La violence doit cesser et les deux parties doivent réduire les tensions », a-t-elle souligné. Elle a aussi exhorté les leaders de l'opposition « à se dissocier de ceux qui ont recours à la violence ». À Kiev, elle doit rencontrer le président Viktor Ianoukovitch et les leaders de l'opposition. « Le plan dans l'immédiat est de stabiliser la situation », a souligné la porte-parole de la Commission.
Démission du Premier ministre
En Ukraine, la situation a évolué le 28 janvier. Le parlement, réuni en session extraordinaire, a aboli (361 voix pour et deux contre) les lois concernant les manifestations adoptées le 16 janvier. Dans la matinée, le Premier ministre, Mykola Azarov, a présenté sa démission « pour créer les conditions supplémentaires d'un compromis politique et d'un règlement pacifique du conflit ». « Aujourd'hui, le plus important est de préserver l'unité et l'intégrité de l'Ukraine. C'est bien plus important que toute ambition personnelle », a-t-il ajouté. « Ce n'est pas la victoire, mais un pas vers la victoire », a réagi l'opposant Vitali Klitschko. La démission a été acceptée par le président. La porte-parole de la Commission avait souligné plus tôt dans la journée que l'UE espérait des mesures pour contribuer à apaiser la situation dans le pays, « y compris en révoquant les lois adoptées le 16 janvier qui ont restreint les libertés fondamentales et en adoptant une loi d'amnistie par exemple ». Le président de la Commission a qualifié de « bonne note » cette abrogation. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a salué l'abrogation des lois, considérant que « cette décision positive, de même que l'annonce par le Premier ministre de sa démission, doivent rouvrir la voie du dialogue ». « Tout doit être fait pour avancer vers un règlement politique et pacifique de la crise qui secoue le pays », a-t-il conclu. (CG)