Bruxelles, 07/11/2013 (Agence Europe) - L'économie de la zone euro sera marquée par une période prolongée de faible inflation mais le risque de déflation ne se matérialisera pas, estime la BCE. Elle a néanmoins décidé, jeudi 7 novembre, d'abaisser à 0,25% (nouveau plus bas) le taux d'intérêt des opérations principales de refinancement et à 0,75% le taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal, celui de la facilité de dépôt demeurant inchangé (0%). Pris par surprise, les marchés ont réagi avec enthousiasme à cette annonce.
Depuis notre dernière analyse, nous avons constaté des changements significatifs en termes d'ampleur et de durée, a indiqué le président de la BCE, Mario Draghi. Malgré le retour de la croissance dans un territoire positif, le chômage demeure très élevé et l'ajustement des secteurs privé et public se poursuit avec un impact négatif sur l'économie de l'eurozone. En outre, la mission de la BCE étant de maintenir l'inflation à un niveau en dessous mais proche de 2%, le ralentissement de la hausse des prix a été « plus marqué que prévu », a reconnu M. Draghi. Selon Eurostat, l'inflation dans la zone euro a diminué de 1,1% en septembre à 0,7% en octobre, faisant craindre la matérialisation d'un risque de déflation à la japonaise.
Par déflation, on entend une baisse des prix auto-entretenue sur un large spectre de catégories de biens et dans un nombre important de pays. « De manière générale, nous ne voyons pas de déflation mais une période longue et prolongée de faible inflation » à part dans « un pays » (la Grèce, NDLR), a estimé M. Draghi, promettant pour décembre des indications plus précises sur ce que signifie 'période prolongée'.
La discussion sur la baisse des taux s'est focalisée sur le calendrier plutôt que sur l'opportunité même d'une baisse des taux. « Une majorité significative » de banquiers centraux a estimé que des « preuves suffisantes » étaient réunies pour agir tandis que, pour d'autres, les données qui seront disponibles en décembre pourraient faire évoluer l'analyse de la BCE, a indiqué M. Draghi. L'efficacité des politiques monétaires est « considérablement » réduite en cas de faible inflation, a-t-il ajouté afin de justifier les décisions prises.
La BCE a, par ailleurs, décidé de poursuivre sa politique accommodante en matière de fourniture de liquidités aux banques. Les opérations de refinancement, qu'elles soient conventionnelles ou exceptionnelles, seront prolongées jusqu'à juillet 2015. Selon l'ancien gouverneur de la Banca d'Italia, la possibilité de lancer une nouvelle opération 'LTRO' d'injection de liquidités à bon marché n'a pas été discutée de façon détaillée.
AQR. Sur l'analyse des actifs bancaires que la BCE va effectuer avant d'assurer son rôle de superviseur européen à partir de novembre 2014, M. Draghi a estimé que l'objectif premier de l'exercice consistait à faire, de manière crédible, la lumière sur le secteur bancaire européen. « C'est ce que le marché souhaite pour pouvoir placer son argent dans cette industrie », a-t-il souligné. Il a évoqué des travaux en cours avec la Commission européenne sur la meilleure façon d'appliquer le renflouement interne ('bail-in') introduit dans les règles révisées sur les aides d'État aux banques à qui du capital manquerait tout en restant solvables.
Le président de la BCE a, par ailleurs, salué le succès du programme d'ajustement irlandais (EUROPE 10957). Il a refusé d'« interférer » dans la décision souveraine du gouvernement irlandais de faire appel, ou non, à une aide européenne sous forme de ligne de crédit préventive afin d'assurer un retour sans heurt de l'Irlande sur les marchés financiers. À Dublin où la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) a conclu sa dernière mission de suivi, le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan, a indiqué que toute décision sur cette question serait prise avant la fin du programme, mi-décembre, a rapporté l'Irish Times.
Jeudi, la BCE a arrêté sa 'short list' des candidats à la présidence du future comité unique de supervision bancaire qui sera créé au sein de la BCE. Cette liste sera transmise au PE ce vendredi. (MB)