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Bulletin Quotidien Europe N° 10958
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ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) eurozone

Le plaidoyer de la 'troïka' laisse les députés complètement froids

Bruxelles, 06/11/2013 (Agence Europe) - La prestation des représentants de la Commission européenne, Servaas Deroose, et de la BCE, Klaus Masuch, venus défendre leurs actions au sein de la 'troïka' (où siège également le FMI) devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, mardi 5 novembre, semble avoir échoué à convaincre les députés européens.

Le Belge Philippe Lamberts (Verts/ALE) a qualifié la prestation de la Commission et de la BCE d'« extrêmement prévisible et en même temps extrêmement décevante », mercredi 6 novembre à EUROPE. « Ils n'ont donné aucune réponse précise aux questions fondamentales », a-t-il poursuivi. Il a estimé avoir eu affaire à des « sous-fifres », qui ont dit aux députés: 'nous ne sommes que des exécutants, vous ne vous adressez pas aux bonnes personnes'. M. Deroose et M. Masuch paraissaient en outre « dans le déni de la réalité » et n'ont, à aucun moment, expliqué « comment ils allaient tenir compte de leurs erreurs », a encore déploré M. Lamberts.

Ce qui ne devait être qu'une simple audition a tourné au procès de ceux qui agissent au sein d'une puissance obscure dans les pays qui sollicitent une assistance financière de l'eurozone, selon les mots utilisés il y a un an par le président du PE, Martin Schulz. À grand renfort de sarcasmes, les députés européens ont considéré d'un mauvais oeil non seulement la manière dont la crise a été gérée mais également le bilan que M. Deroose et M. Masuch leur en ont présenté. À leur écoute, le Belge Derk Jan Eppink (CRE) a eu l'impression d'avoir affaire aux « porte-parole d'Alice au pays des merveilles ».

Architecture des programmes. « Tous les pays sous assistance ont réalisé des progrès, ce qui a créé la base d'une croissance durable et de l'emploi », a estimé M. Masuch. Il a par ailleurs souligné que la 'troïka' apportait « des conseils techniques fondés sur son expérience et ses consultations avec l'Eurogroupe ». « Mais c'est l'Eurogroupe qui décide d'octroyer une aide et à quelles conditions », a-t-il souligné.

Lors de l'audition, M. Lamberts a déclaré que la 'troïka' n'était pas très douée pour les prévisions économiques. M. Eppink a, quant à lui, parlé de projections plus mauvaises que celles de la pire chaîne météo. Sharon Bowles, qui préside la commission du PE, a rappelé à l'ordre M. Deroose qui dépassait son temps de parole, lui disant que son timing, « c'est un peu comme (les) prévisions » de la 'troïka'. M. Deroose a assuré comprendre la préoccupation des députés au sujet des projections économiques, ajoutant que la Commission prenait cette question très au sérieux. « Nous faisons tout ce que nous pouvons pour qu'elles soient les meilleures possible. Mais nous ne sommes pas parfaits, des erreurs peuvent être commises », a-t-il justifié, ajoutant que les circonstances les avaient rendues difficiles à établir. M. Masuch a appelé les députés à juger les prévisions « à la lumière des informations que nous avions à l'époque, au printemps 2010 », époque où « nous n'avions pas conscience des problèmes administratifs et politiques des pays » en difficulté. Ces problèmes ont mené à des « délais très significatifs dans les réformes » et « miné la confiance » des autres États et des marchés.

Dans le cas de la Grèce, « nous dirions toujours que le programme conçu était approprié, compte tenu de ce que nous savions à l'époque », a pour sa part maintenu M. Deroose, même si avec le recul, certaines choses auraient pu être faites différemment. Il a cité notamment le fait qu'une emphase plus importante aurait pu être mise sur la compétitivité et qu'une recapitalisation plus directe des banques grecques aurait dû avoir lieu. Pour M. Masuch, il aurait fallu mettre davantage l'accent sur la réforme du marché des produits malgré la résistance très forte des groupes d'intérêts les plus aisés.

Légitimité démocratique. L'élan qui a poussé les députés européens à investiguer les travaux de la 'troïka' concerne principalement sa légitimité démocratique et son manque de contrôle. Othmar Karas (PPE, autrichien), qui co-rédigera un rapport d'initiative sur la question, a demandé aux représentants des deux institutions européennes quel était leur rôle au sein de la 'troïka' et vis-à-vis des États membres. M. Deroose a rappelé que le paquet législatif 'two-Pack' révisant le Pacte de stabilité et de croissance renforçait le contrôle du PE sur le trio institutionnel et qu'il existe donc « un fondement juridique » au contrôle démocratique de l'action de la 'troïka'.

Le matin même, en présentant les prévisions économiques d'automne, le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, avait d'ailleurs évoqué des « dialogues constants et réguliers » avec le PE dans le contexte des programmes d'ajustement économique négociés au nom de l'eurozone. La Commission est responsable devant le PE, a-t-il rappelé, et ce bien plus que la BCE et le FMI. M. Deroose a ajouté qu'il y avait différents types de responsabilités selon les institutions membres de la 'troïka'. M. Masuch a estimé que la BCE avait toute sa place au sein de la 'troïka'. Le FMI, grand absent du débat malgré les efforts déployés pour qu'elle y assiste, est quand même venu discuter au PE du plan d'aide chypriote en juin lors d'une session à huis clos.

M. Rehn s'était dit prêt à contribuer à un dialogue qu'il a espéré « constructif pour améliorer le fonctionnement de la 'troïka' et améliorer le système de responsabilité de la Commission afin d'assurer la pleine légitimité de nos actions et le respect de la démocratie en Europe ». Rappelons que la Commission, suite à la fuite en juin d'un rapport du FMI revenant sur les erreurs de gestion dans le premier plan d'aide grec, avait promis de compiler son propre document à ce sujet. Cinq mois ont passé et la rédaction de ce rapport est au point mort. Face à l'initiative du PE, il semble inutile aujourd'hui de dupliquer aujourd'hui ce travail, comme l'a reconnu une source de l'UE, interrogée par EUROPE à ce sujet. Parmi les questions restées sans réponse figure celle du Français Liêm Hoang-Ngoc (S&D), co-rapporteur sur ce dossier. Il a demandé quelle était la part des prêts ayant servi à relancer l'économie grecque et quelle était celle qui était revenue à la BCE sous forme de profits effectués sur les obligations qu'elle détenait. (EL)

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