Bruxelles, 14/10/2013 (Agence Europe) - Le Premier ministre italien, Enrico Letta, a exhorté, samedi 12 octobre, ses partenaires européens à mettre « immédiatement » en oeuvre le dispositif Eurosur de surveillance des frontières maritimes européennes (EUROPE 10940) et appelé le Conseil européen des 24 et 25 octobre à se saisir des récentes tragédies en mer. M. Letta s'exprimait à la radio française au lendemain d'un nouveau naufrage entre Malte et Lampedusa, qui a causé la mort d'une trentaine de migrants vendredi. Le 3 octobre, 350 personnes avaient déjà péri aux abords de Lampedusa, amenant dans la foulée l'Italie ainsi que la Commission à en appeler à la solidarité des États membres. « On ne peut pas continuer comme ça », a lancé M. Letta, ajoutant qu'avec les « instruments qu'on a mis sur la table jusqu'à maintenant, il n'y a pas la possibilité de trouver des solutions efficaces au drame qu'on est en train de vivre ».
Le système Eurosur, qui regroupera les informations en temps réel des différentes autorités maritimes, devra permettre de mieux détecter les navires en détresse et, par conséquent, de sauver des vies. Une bataille s'est pourtant jouée au Parlement ces dernières semaines pour élargir les compétences de l'UE en la matière et mettre notamment parmi ses objectifs les missions de sauvetage en mer. Mais, dans son rapport adopté jeudi, le PE n'a pas retenu cette option, qu'avançaient notamment les Verts/ALE. Le Conseil mène également des discussions sur le sujet dans le cadre de son règlement sur les opérations en mer menées par Frontex. Et lors de l'adoption formelle d'Eurosur par le Conseil, normalement en session Affaires étrangères le 22 octobre prochain, selon une source, la France, la Grèce, l'Espagne, Chypre, Malte mais aussi l'Italie plus curieusement devraient eux aussi rejeter toute communautarisation des opérations de sauvetage en mer. Au contraire, ces pays devraient rappeler que le secours en mer reste une compétence strictement nationale, menée dans le respect des conventions internationales.
Si elle ne souhaite visiblement pas perdre ses prérogatives en matière d'opérations de sauvetage, l'Italie n'en a pas moins appelé une nouvelle fois, lundi 14 octobre, au renforcement de l'agence Frontex (qui coordonne et assiste les opérations menées par les États membres), qu'elle voudrait d'ailleurs bien voir dirigée prochainement par un Italien, rapporte l'AFP. Le gouvernement italien devait aussi, lundi, mobiliser ses ministères de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères pour qu'ils déploient un dispositif militaire et humanitaire en Méditerranée. L'Italie a déjà déployé 15 navires, dont 12 vedettes des garde-côtes et de la police financière autour de l'île de Lampedusa.
Pour ce qui est d'Eurosur, il est déjà certain que 18 États membres commenceront à utiliser le système à partir de décembre et les autres suivront en décembre 2014. Réunis à Luxembourg le 8 octobre, les ministres de l'Intérieur ont également donné leur aval politique à une task force Commission/Italie et pays concernés par les flux migratoires ainsi que sur l'organisation d'une mission de sécurité et de sauvetage en Méditerranée, de Chypre à l'Espagne. Mais aucun contour précis n'a encore été arrêté, notamment quant à ses aspects financiers et à son calendrier. Cette discussion a lieu actuellement au niveau technique, assure la Commission, qui a encore appelé vendredi les États membres à accélérer les choses.
« Une combinaison d'instruments » sur le court, le moyen et le long-terme, c'est ce que l'Italie attend de ces discussions, explique une source. Pour Frontex, il ne s'agit pas à ce stade de demander « tel nombre de bateaux supplémentaires » mais plutôt d'aller vers une fusion des opérations menées ici et là en « une seule opération qui soit capable de couvrir tous les pays concernés ». Parallèlement à la discussion qui devra se tenir avec les pays voisins, notamment des pays comme la Libye d'où partent de nombreux migrants, une réflexion pourrait aussi être lancée à plus long terme sur le 'paquet Asile' et le fameux règlement dit de Dublin, qui détermine le pays responsable d'une demande d'asile. Pour Rome, s'il n'est évidemment pas envisageable de rouvrir le dossier, il n'existe toujours pas de « mécanisme de compensation efficace ». Le problème étant « la concentration des migrants sur un tout petit territoire », il faudra plancher dans l'avenir sur « les moyens de mieux les répartir entre les pays », cela alors que la route de Sicile est l'une des principales voies d'entrée des migrants dans l'UE, en particulier pour les réfugiés syriens. La discussion des dirigeants à la fin du mois devra donner de premiers éléments de réponse à ces différentes pistes, espère l'Italie.
Mais pour la Commission européenne, au-delà du renforcement des moyens de Frontex et de l'amélioration du travail de prévention de l'immigration clandestine avec les pays tiers, il faudra aussi en passer par « de l'immigration légale », en pourvoyant par exemple des visas humanitaires ou en permettant aux personnes menacées de déposer directement des demandes de protection dans les consulats des États membres. Il faudrait aussi, dans l'idéal, s'investir davantage dans la réinstallation de réfugiés, notamment les réfugiés syriens confinés au Liban, en Jordanie, en Irak ou en Turquie. Autant de moyens, estime la Commission, d'éviter que ces mêmes personnes ne périssent en mer en tentant de venir chercher la protection internationale. (SP)