Tunis, 18/09/2013 (Agence Europe) - Le Premier ministre tunisien a remercié l'UE pour son appui à la mise en place de programmes en faveur de l'emploi dans son pays en réponse au « message clair de la révolution » qui comporte surtout une demande d'emplois.
Cette revendication exprimée avec force pose à la Tunisie un défi de grande ampleur. Mais, a-t-il dit, «les efforts requis dépassent les capacités des États » soumis aux bouleversements politiques en cours dans toute la région méditerranéenne, en premier la Tunisie dans laquelle une forte contestation civile avait lieu le jour même où Ali Larayedh inaugurait « la conférence euro-méditerranéenne sur l'emploi et la territorialité » organisée par l'UpM (Union pour la Méditerranée). L'ensemble des partis démocratiques exige la démission du Premier ministre et la nomination d'un gouvernement de « salut national ». Il lui est reproché de n'avoir pas su faire face à la menace terroriste en développement dans le pays et surtout à ses frontières et, aussi, de n'avoir pas su répondre à l'attente sociale. Il est fortement critiqué pour n'avoir pas été en mesure de répondre à une demande d'emploi des jeunes, surtout les diplômés, difficile à satisfaire, ainsi que pour le désenclavement des régions délaissées par les anciens régimes.
La conférence lui a permis d'adresser un message aux demandeurs d'emploi: « L'individu doit être incité à créer son propre emploi, en lui facilitant l'accès aux crédits », en lui évitant les tracasseries administratives. Il faut aussi accélérer les réformes, notamment par la révision du code d'investissements, offrir la garantie d'une saine gouvernance et mettre en avant les secteurs porteurs. L'UE a son rôle à jouer en ce domaine, a-t-il dit, souhaitant la définition d'une stratégie euro-méditerranéenne de l'emploi.
L'envoyé spécial européen pour la région, Bernardino León, a, en réponse, rappelé les programmes d'appui mis en place depuis Bruxelles. L'UE entend être le « partenaire le plus solide mais aussi le plus exigeant des transitions démocratiques » en cours. L'appui économique de l'Europe a aussi, selon M. León, une dimension politique. « Pour parler d'emploi, nous devons parler politique », explique-t-il pour signifier que l'UE attend du gouvernement tunisien qu'il mette de l'ordre dans sa maison. L'investissement ne se dérobera pas, a-t-il affirmé, si un tel effort aboutissait. M. León a rappelé que l'UE a doublé son aide à la Tunisie depuis 2011, atteignant depuis 400 millions d'euros d'appuis directs, dont 80 millions en faveur des « zones défavorisées » en plus des actions pour impulser l'emploi des jeunes, la formation et l'agriculture.
Le ministre marocain a souligné un autre aspect à prendre en compte et qui résulte de « la contamination de l'économie réelle par l'économie financière spéculative » depuis 2008. Il en découle, a-t-il dit, une « responsabilité collective ». Le ministre jordanien, Ibrahim Seif, co-président de l'UpM, a lui aussi souligné l'ampleur des efforts à mener dans son pays comme dans toute la région, rappelant par ailleurs le défi supplémentaire que constitue pour son pays l'accueil sur son sol et son marché du travail des milliers de réfugiés syriens. Le ministre palestinien, Ahmad Majdalani, a décrit pour sa part la difficulté de veiller à la santé de l'emploi dans un territoire soumis à l'occupation et aux entraves et tracasseries persistantes. Le secrétaire général de l'UMA (Union du Maghreb arabe) a, lors de son intervention à la session inaugurale, fait part des projets de coopération en cours de définition avec l'UE dans le cadre de la stratégie euro-maghrébine décidée par la Commission européenne.
En clôture de cette session, le secrétaire général de l'UpM, Fathallah Sijilmassi, a décrit les efforts déployés par sa structure pour mobiliser des fonds pour le financement des projets retenus par les pays membres. « Le malheur pour la région est que notre principal partenaire vit une crise économique », désignant les restrictions décidées à Bruxelles.
Le reste de la journée devait se conclure par un débat sur les « stratégies d'employabilité », « l'intermédiation », c'est-à-dire comment veiller à l'adéquation entre la demande et l'offre d'emplois, et l'adaptation des formations afin qu'elles répondent le mieux aux attentes. (FB)