Bruxelles, 13/09/2013 (Agence Europe) - À huit mois des élections européennes, le président de la Commission européenne, José Manuel Durão Barroso, a invité les forces proeuropéennes à gagner la bataille des mots en défendant, avec lucidité, le projet d'intégration du continent, sans succomber à la tentation d'imiter les mouvements eurosceptiques pour séduire un électorat en colère.
« Les citoyens sont déçus parce qu'ils pensent que leur élite n'a pas été capable de résoudre leurs problèmes », a déclaré M. Barroso, jeudi 12 septembre, à quelques médias européens dans un exercice de suivi du discours sur l'état de l'Union prononcé la veille au Parlement européen (EUROPE 10919). Et d'ajouter: « Quand ils voient qu'après ce qu'il s'est passé dans le secteur financier, il y a une résistance pour plafonner les bonus des banquiers et que, dans le même temps, il y a une résistance envers la taxe sur les transactions financières (…), je comprends qu'ils soient en colère ». Il a dénoncé la tendance à rejeter sur l'Europe la responsabilité des difficultés alors que « ce sont les capitales nationales qui mettent des obstacles », reprenant l'antienne des leaders qui « nationalisent les succès et européanisent les échecs ».
Le projet de taxe sur les transactions financières (TTF) à onze pays a essuyé un coup dur avec le récent avis du service juridique du Conseil de l'UE selon lequel la TTF enfreindrait le traité (EUROPE 10918).
Sortir de la zone de confort. Selon le président de la Commission, il est « naturel que les forces extrêmes montent » lors du renouvellement du Parlement européen. En cause, la crise qui est « un moment idéal pour les populistes pour manipuler les gens avec des discours simplistes » et le fait que les élections européennes sont généralement utilisées pour exprimer « un vote de protestation » contre les gouvernements en place. Néanmoins, « les forces proeuropéennes resteront largement majoritaires », a-t-il estimé.
Mais, si la crainte existentielle vis-à-vis de l'euro a disparu, l'heure n'est pas à l'autosatisfaction. M. Barroso a appelé les forces proeuropéennes à « sortir de la zone de confort » pour « gagner le débat sur l'Europe ». Il s'est dit réconforté par les déclarations, après son discours, des principaux chefs de groupes politiques au PE qui ont promis de « défendre les valeurs de l'Europe ».
Une telle attitude permettrait de combattre les idées reçues en Europe. Il a estimé que les Européens avaient plus ce sentiment d'« interdépendance » de leur destinée qui s'exprime parfois à mauvais escient à travers la faute qu'ils se rejettent les uns sur les autres. « Certains au Nord pensent que ceux au Sud ne font pas assez d'efforts, d'autres au Sud pensent que ceux du Nord sont, par définition, un peu égoïstes », a constaté M. Barroso. D'où l'importance pour les forces proeuropéennes de ne pas ignorer cette situation mais de s'impliquer dans le débat et d'expliquer tout le chemin parcouru pour combattre la crise.
L'ancien Premier ministre portugais a conseillé aux partis politiques européens de suivre sa recommandation de nommer leur chef de file pour les élections européennes qui deviendrait, en cas de victoire et dans le respect des prérogatives du PE et du Conseil européen, président(e) de la Commission en novembre 2014. « Ce n'est pas ça qui va faire des élections un véritable événement européen. Mais cela pourrait contribuer à donner aux élections une nature plus européenne », a indiqué M. Barroso, évoquant l'idée d'un débat européen entre tous les candidats. Jusqu'à présent, aucun parti n'a officiellement nommé son candidat. Les écologistes ont désigné deux personnalités: l'Allemande Rebecca Harms et le Français José Bové. Le Finlandais, Olli Rehn, s'est dit intéressé à mener la famille libérale.
Dix ans, ça suffit. Sur la possibilité d'être lui-même candidat, M. Barroso a estimé qu'il était trop tôt pour se prononcer, tout en faisant comprendre qu'il avait fait le tour de la fonction: « Ce que je peux vous dire, c'est que deux mandats, dix ans, c'est déjà pas mal en termes de responsabilités ».
Le leader politique a, par ailleurs, tenté de minimiser l'impact de ses propos sur l'attitude vis-à-vis de l'UE des conservateurs britanniques, au pouvoir au Royaume-Uni, qui tendrait à imiter celle des partis europhobes comme le UKIP. « Ce n'était pas prémédité. Je l'ai dit à bien d'autres occasions, lors de débats en France, en Allemagne, en Grèce. Si (ces partis) baissent les bras et essaient de suivre la pression exercée par les europhobes et les forces antieuropéennes, alors les gens pourront préférer l'original à la copie ».
Ces déclarations n'ont pas été du goût du Premier ministre britannique, David Cameron, qui a conseillé à M. Barroso de respecter le point de vue de son parti au lieu de donner des leçons.
Renégocier le traité ? Pour le président de la Commission, les États membres souhaitent que le Royaume-Uni reste dans l'UE pourvu que Londres y consente également. Se posera néanmoins la question d'une renégociation du traité en vue de redéfinir les compétences de l'UE qui constituera « l'un des enjeux principaux de la prochaine législature ». S'il s'agit d'aboutir à « une sorte d'Europe à la carte » ou de créer « un système de renationalisation des compétences », « il n'y aura pas de soutien pour cela ». En revanche, s'il s'agit d'une initiative « raisonnable » visant à traiter des inquiétudes spécifiques du Royaume-Uni et d'autres États membres, alors « oui, pourquoi pas ». (MB)