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Bulletin Quotidien Europe N° 10912
Sommaire Publication complète Par article 33 / 33
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1014

*** TERESA PINHEIRO, BEATA CIESZYNSKA, JOSE EDUARDO FRANCO (sous la dir. de): Ideas of / for Europe. An Interdisciplinary Approach to European Identity. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2012, 724 p., 99,95 €. ISBN 978-3-631-61974-2.

S'ouvrant sur l'allocation prononcée par José Manuel Barroso lorsqu'il fut fait docteur honoris causa de l'Université de technologie de Chemnitz en mai 2009, cet ouvrage devrait devenir le livre de chevet de tous ceux qui, à Bruxelles et dans les autres capitales d'Europe, ont le sort de l'Union et de ses citoyens entre leurs mains. En un peu plus de sept cent pages et au fil d'une cinquantaine de contributions, il rend fidèlement compte de riches échanges et regards qui, ainsi que le résume fort justement le philosophe Viriato Soromenho-Marques dans son avant-propos, amènent à croire « en la force des idées, en la capacité européenne de lutter et de parvenir à dégager un consensus en ce qui concerne une vision d'un avenir puissant et pacifique, créatif et respectueux de l'environnement ». A travers des essais d'une très grande diversité disciplinaire, ce sont les différents fondements et aspects de l'éventuelle - et très réelle ! - identité européenne qui sont patiemment mis à nu et répertoriés, tous étant susceptibles de composer « l'identité à venir » que le président Barroso, dans la foulée du philosophe espagnol José Ortega y Gasset, discerne dans l'histoire en mouvement de ces dernières décennies. En ces temps de grands malaise et désarroi européens, il n'est certainement pas superflu de voir au-delà des contingences politiques, économiques et budgétaires du moment les valeurs qui, à travers le temps, ont contribué à ciseler les spécificités des peuples d'Europe.

Ainsi que l'expliquent les coordinateurs de l'ouvrage dans leur introduction, les auteurs ont travaillé sur les discours relatifs à l'identité européenne pour montrer combien ils ont été étroitement liés aux contextes politiques et historiques qui les ont vus se forger. Ils ont aussi tenu compte du fait que toutes les constructions identitaires se fondent sur la connaissance du passé et les utopies du futur, que l'identité européenne se décline selon des points de vue nationaux et supranationaux, ainsi que périphériques et centralistes, sans compter que sa forme découle à la fois de regards de l'intérieur et de l'extérieur. Les six parties du livre témoignent de cette nécessité d'avoir un regard kaléidoscopique. La première voit le discours sur l'Europe être incrusté dans différents contextes historiques, de l'antiquité grecque jusqu'au milieu du XXème siècle. Dans un deuxième temps, des auteurs s'intéressent à la manière dont les cultures nationales de pays périphériques - de la péninsule ibérique à la Russie en passant par la Grèce, le Sud-Tyrol, la Macédoine, la Pologne et la Turquie - ont composé avec le concept d'Europe. La troisième partie aborde la question de l'identité européenne d'un point de vue philosophique, les auteurs engageant un dialogue avec les plus grands penseurs de l'Europe, de Nietzsche à Habermas en passant par Moran, Lourenço, Savater, Steiner et bien d'autres encore. C'est ensuite à la recherche d'une éventuelle mémoire européenne que le lecteur est convié, en particulier à la lumière des traces laissées par l'Holocauste. Dans l'avant-dernière partie, d'autres auteurs s'intéressent à la manière dont l'Europe est « vue par les autres », par exemple comment elle l'a été par Henri Kissinger et comment elle l'est dans la littérature lusophone postcoloniale d'Afrique.

La sixième partie est celle qui entre en résonance avec les sujets de préoccupation du moment puisque, s'intéressant aux perspectives d'avenir qui s'ouvrent devant l'Union européenne, elle voit des auteurs réfléchir sur l'euroscepticisme, les relations avec la rive sud de la Méditerranée, la gouvernance de l'Union, la politique d'immigration à imaginer, la manière de rendre l'Europe plus inclusive, plus à même de relever les défis de la mondialisation et du changements climatique… Impossible de refléter la richesse contenue dans ces essais. Pour en donner un avant-goût, mentionnons seulement quelques éléments de la réflexion prospective délivrée par le sociologue et philosophe Zygmunt Bauman en guise d'épilogue à la quête de sens qui, de bout en bout, est le fil rouge de cet ouvrage. Il y invite à « rendre la planète hospitalière pour l'Europe », maintenant que celle-ci n'est plus le centre du monde et le découvre avec un grand inconfort, ce qui participe au malaise actuel de ses citoyens. Il l'invite, dès lors, à se démarquer au plus vite de la superpuissance américaine qui « échoue abominablement à mener la planète vers une coexistence pacifique et loin de la catastrophe imminente », ce en choisissant « la logique de la responsabilité et de l'aspiration mondiales » plutôt que celle, pourtant si tentante par les temps qui courent, du « retranchement local », sur une illusoire forteresse Europe. Et ce penseur né en Pologne qui vit aujourd'hui à Leeds de lancer cette mise en garde qui s'adresse à chaque citoyen européen: « Le choix auquel nous sommes confrontés est entre faire de nos villes des lieux de terreur où l'étranger est à craindre et dont il faut se méfier, et de maintenir l'héritage de la civilité mutuelle des citoyens et de la solidarité des étrangers, solidarité renforcée par les tests de plus en plus difficiles auxquels elle est soumise et qui survit - maintenant et dans l'avenir ». A lire, de toute urgence !

Michel Theys

*** PIERRE BRECHON, FREDERIC GONTHIER (sous la dir. de): Atlas des Européens. Valeurs communes et différences nationales. Armand Colin (21 rue du Montparnasse, F-75283 Paris. Fax: (33-1) 40464993 - Courriel: infos@armand-Colin.fr - Internet: http://www.armand-colin.com ). 2013, 128 p., 2013, 29,90 €. ISBN 978-2-200-28781-8.

Un livre de grande valeur, pourrait-on dire... Qu'est-ce qu'une valeur, non pas au sens boursier, mais dans l'appréciation que chacun porte sur soi-même et sur les autres, et plus généralement sur la société dans laquelle il vit ? Disons, pour faire bref, que c'est ce qui donne du prix - selon l'échelle de mesure de chacun - aux façons de penser et aux comportements dans une société donnée. Ces valeurs peuvent se mesurer, comme les opinions, attitudes et comportements, notamment par voie de sondages sur échantillons représentatifs de la population étudiée. Tâche difficile, certes, mais résultats utiles, voire indispensables, et nécessairement soumis à la discussion.

Depuis plus de trente ans, une « European Values Study » est faite tous les neuf ans, sous la direction d'un groupe international de chercheurs (sociologues et politologues), dans quatorze pays d'Europe en 1981, puis progressivement étendue à tout le continent (47 pays en 2008), avec en grande partie les mêmes questions, ce qui permet d'utiles comparaisons. Un livre en anglais, produit à partir de ces mêmes enquêtes mais conçu dans une perspective plus institutionnelle, a déjà été publié (Loek Halman, Inge Sieben, Marga van Zundert: Atlas of European Values. Trends and Traditions at the Turn of the Century, Leiden, Brill, 2011). C'est la première fois qu'un tel Atlas des Européens est publié en français, sous la direction de deux auteurs de l'Université de Grenoble, présentant treize contributions et de nombreuses illustrations cartographiques, sur sept grandes thématiques: les identités et appartenances, le bonheur individuel et le lien social, l'éthique individuelle et les normes sociales, la famille, le travail et l'économie, la religion, la politique.

Nous ne tenterons pas de résumer ici ce livre, nous limitant à signaler l'intéressante contribution de Cécile Belot, chargée de recherche à l'Université de Grenoble, sur « La confiance dans l'Union européenne». Le constat, non surprenant pour les lecteurs de l'Eurobaromètre, est que « les Européens ont une certaine confiance dans l'Union, mais cette confiance a baissé entre 1990 et 2008 dans de très nombreux pays ». En 2008, trois pays de l'Union affichaient de très nets taux de confiance: la Slovénie, la Lituanie et le Portugal ; les pays membres où la confiance était la moins forte sont le Royaume-Uni, l'Autriche et, devenue membre tout récemment, la Croatie. D'une façon générale, l'évolution des systèmes de valeurs en Europe, depuis trente ans, a accompagné, et parfois entraîné, des changements sociaux considérables. Parmi les principaux facteurs d'évolution, le Pr. Bréchon mentionne l'élévation du niveau d'instruction, le développement des loisirs, le développement des réseaux sociaux (Cf. le numéro spécial de la revue « Futuribles » sur « Les valeurs des Européens », juillet-août 2013, p. 134). .Beaucoup de recherches resteraient à faire, notamment sur l'évolution des valeurs selon les caractéristiques socio-démographiques et socio-économiques des personnes interrogées dans chaque pays d'Europe. Bon courage, chercheurs et institutions ! Mais les élections (européennes) permettent aussi de mesurer la confiance des citoyens...

(J-RR)

*** Diasporiques. Cultures en mouvement. Association Diasporiques et Ligue de l'enseignement (3 rue Récamier, F-75007 Paris. Courriel: postmaster@diasporiques.org - Internet: http://www.diasporiques.org ). 2013, n° 22, 104 p., 6,50 €. Abonnement: 25 € (France), 30 € (Union européenne et Suisse), 35 € (reste du monde).

Ce numéro d'une revue qui s'est donné pour mission d'établir des ponts par-dessus les frontières géographiques et culturelles s'intéresse notamment à la diversité linguistique, Abdou Diouf, Secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie, soulignant que défendre celle-ci est pleinement compatible avec le respect du plurilinguisme. L'ancien président sénégalais y invite aussi à ne pas vouer la construction européenne à « la langue du pays le moins acquis à cette construction, le Royaume-Uni », tant il est vrai que « l'Union européenne ne saurait être qu'un grand marché ». Un combat au service de la pluralité linguistique qui est loin d'être gagné car, observent les participants à un débat sur le sujet, le multilinguisme qui est censé perdurer au sein de l'Union n'est jamais que « celui des langues officielles, (…) des langues d'État », les langues régionales ou minoritaires restant, elles, très largement discriminées. D'autre part, l'historien Gilles Manceron dit son inquiétude des diverses formes de souverainisme qui, à droite comme à gauche, risquent d'empoisonner les prochaines élections européennes, leur opposant des aspirations à l'universalisme. Enfin, relevons encore la contribution qui voit Charles Conte réfléchir, à la lumière de trente livres, aux conditions politiques et sociales de ce que pourrait être une Europe laïque.

(MT)

*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe et des Européens, 242 rue Duguesclin, F-69003 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). Juin 2013, n° 160, 40 p.. Abonnement annuel: 30 €.

Un accueil glacial est réservé, dans ce numéro d'une revue fédéraliste de combat, aux propositions émises par le président Hollande, le 16 mai dernier, afin de doter la zone euro d'un gouvernement économique, l'Elysée ayant confirmé ainsi, selon le Pr. Fayette, sa prédilection pour « la méthode intergouvernementale au détriment de la méthode communautaire ». Pour cet auteur, mieux vaut écouter le président du Conseil italien Enrico Letta qui, lui, ne bannit pas « le mot fédéral ». Dans le même sens, Barbara Spinelli juge que le discours de Hollande est potentiellement dangereux en ce que « réduire la politique à un gouvernement économique est un escamotage grâce auquel le pouvoir est transmis à des oligarchies de techniciens qui répondent uniquement aux marchés en dépolitisant la démocratie ». Du coup, il revient à l'Allemagne, juge la journaliste italienne, « de dire si le fédéralisme qu'elle professe est un objectif réel, ou si elle en fait étalage pour accélérer son contraire, à savoir l'évaporation de la souveraineté politique, sa soumission à des marchés incontrôlables, l'affaiblissement de chaque Etat européen, sauf le sien ». Pour le fédéraliste italien Roberto Palea, c'est aux antipodes de l'Union politique européenne que le président Giorgio Napolitano appelle de ses vœux, lui qui invite le Parlement européen et les parlements nationaux à partager au plus vite « l'exercice du pouvoir constituant de l'Union ». Pour remédier au spleen démocratique qui s'abat sur l'Europe et fait dangereusement le lit des eurosceptiques, souverainistes et autres extrémistes, l'éditorialiste et plusieurs auteurs reviennent aussi sur le potentiel des Initiatives citoyennes européennes, d'autres contributions portant, entre autres, sur la crise de la zone euro, la question des déséquilibres territoriaux et le sort réservé aux langues régionales.

(MT)

*** JÜRGEN SCHWARZE (sous la dir. de): EU-Kommentar. Nomos Verlag (3-5 Waldseestrasse, D-76530 Baden-Baden. Tél.: (49-7221) 2104-0 - fax: 2104-27 - Courriel: nomos@nomos.de - Internet: http://www.nomos.de ). 2012, 3019 p.. ISBN 978-3-8329-6329-3.

À travers cet ouvrage substantiel et complet, les auteurs commentent les traités européens tels qu'amendés par celui de Lisbonne. Différents spécialistes effectuent une analyse juridique détaillée de l'ensemble des dispositions et articles de ce dernier et formulent des commentaires extrêmement pointus. Les auteurs procèdent de la même manière pour la charte des droits fondamentaux de l'Union.

(SH)

*** MICHAEL E. GARDINER: Weak Messianism. Essays in Everyday Utopianism. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ).Collection "Ralahine Utopian Studies", n° 11. 2013, 274 p., 53,10 €. ISBN 978-3-0343-0716-1.

A première vue, les concepts d'utopie et de vie quotidienne ne font pas bon ménage. Pourtant, ainsi que l'indique le sous-titre de ce livre, c'est à justifier leur mariage que Michael Gardiner s'emploie dans cet ouvrage, recueil d'essais écrits au cours des vingt dernières années. Professeur de sociologie à l'Université de l'Ontario occidental, il y repense - et s'emploie à réhabiliter - la nature et les perspectives de l'utopie dans un contexte où celle-ci est, au mieux, largement considérée comme étrangement anachronique et, au pire, comme un résidu désagréable des horreurs totalitaires du passé. D'où le titre de son ouvrage qu'il emprunte à Walter Benjamin par opposition au « messianisme fort » qui, après avoir provoqué les catastrophes du XXème siècle, alimente aujourd'hui tous les fondamentalismes. En se référant notamment à des penseurs - Bakhtin, Merleau-Ponty, de Certeau, Debord, Henri Lefebvre… - qui ne sont pas fatalement des défenseurs de l'utopie, l'auteur défend le point de vue qu'il est d'autres formes d'utopie qui se manifestent dans la vie de tous les jours et qui préparent le monde de demain.

(PBo)

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