Bruxelles, 07/06/2013 (Agence Europe) - La 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) a semblé s'être réveillée du plan de sauvetage grec avec une gueule de bois notoire cette semaine, alors que chacune des institutions membres se renvoie la balle pour les erreurs commises durant ces trois dernières années. Après la mise à mort de la Commission par le FMI mercredi et la riposte plutôt diplomatique de l'exécutif européen jeudi, le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, a réagi vendredi en haussant d'un ton. « Je ne pense pas qu'il soit juste ou correct de la part du FMI d'essayer de se blanchir et de rejeter la faute sur les Européens », a-t-il déclaré lors d'une conférence économique qui se tenait à Helsinki.
Le FMI avait pointé une série de bavures commises dans la gestion de la crise grecque, en ne se montrant pas toujours tendre avec sa partenaire de la 'troïka'. Le FMI a souligné le manque de compétences des Européens et les désaccords internes à la zone euro, qui ont entre autres repoussé la restructuration de la dette grecque, que l'institution de Washington aurait voulu voir intervenir plus tôt. « Je ne me rappelle pas de Dominique Strauss-Kahn appelant à une restructuration de la dette grecque, mais je me souviens bien de Christine Lagarde s'y opposant », a encore déclaré M. Rehn. M. Strauss-Kahn était à l'époque le directeur général du FMI, aujourd'hui remplacé par Mme Lagarde, alors que celle-ci était ministre française de l'Économie.
Un ancien économiste du FMI, Simon Johnson, a quant à lui écrit dans Bloomberg que ce sont les gouvernements français et allemand qui « devraient être tenus responsables de la sévérité de la dépression en Grèce et du degré excessif de la contrainte imposée aux personnes vulnérables » pendant ces trois dernières années. Fermant la marche, l'ancien président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a estimé, selon l'agence MNI, que les prévisions économiques grecques de la Commission n'avaient « pas de lien avec la réalité », et n'étaient pas basées sur « des considérations scientifiques », ajoutant toutefois qu'il ne souhaitait blâmer personne.
En pleines négociations avec les représentants de la 'troïka' en ce moment même, le gouvernement grec a quant à lui préféré ne pas jeter de l'huile sur le feu, le Premier ministre grec se limitant à préciser qu'il avait « corrigé les erreurs du FMI » depuis son arrivée au pouvoir, en juin 2012.
Dette grecque, le FMI préconise une approche frontale. L'examen de l'évolution du programme grec publié jeudi par le FMI révèle un trou de 4 milliards d'euros de financement qui devrait apparaître après la mi-2014. Les objectifs budgétaires devraient être atteints en 2013, mais l'institution de Washington « ne voit pas de preuve à ce stade » qu'une marge sera dégagée d'une surperformance budgétaire qui permettrait de desserrer la bride de l'austérité. Sur ce point, la Commission est en ligne avec sa partenaire (EUROPE n° 10860). Le FMI cite notamment des « progrès très décevants » dans la réforme de l'administration fiscale et le processus toujours « trop lent » des privatisations. Pour le moment la demande domestique n'est toujours pas épaulée par les banques, qui ont profité de leur remise à flot pour se libérer de leurs dettes envers la BCE, alors que le crédit à l'économie a continué à se contracter. La soutenabilité de la dette continue également d'inquiéter l'institution de Washington, qui estime que la croissance ne reviendra pas comme envisagé si les investisseurs ne sont pas convaincus par « une politique crédible » pour faire face à la dette. La trajectoire restera élevée dans la prochaine décennie même selon la trajectoire du programme. Si la confiance des investisseurs devait se retrouver minée malgré la mise en œuvre fidèle du programme et le cadre de l'allègement de la dette en place, « une approche plus frontale devrait être envisagée ». Berlin et Helsinki ont annoncé la couleur cette semaine: c'est non. La Finlande avait par ailleurs négocié des garanties pour les prêts octroyés. (EL)