Bruxelles, 06/06/2013 (Agence Europe) - L'UE et l'Algérie signeront, dès qu'une date sera acquise pour le déplacement à Alger du commissaire en charge de l'énergie, Günther Oettinger, un protocole d'accord sur l'énergie afin d'établir une relation « stratégique » basée sur un échange mutuellement bénéfique: garantie des approvisionnements en contrepartie de prix rémunérateurs, stables et durables. Selon des sources concordantes, de part et d'autre, le document est prêt, déjà accepté dans son entièreté par l'Algérie et par l'UE et auquel le Conseil « Énergie » de Luxembourg du 7 juin, sauf « accident » jugé improbable, devrait donner le feu vert final. Le point figure à l'ordre du jour du Conseil. Un bref tour de table devrait aboutir à en sceller la substance.
Recherchée depuis des années, la demande de s'engager par un tel accord, portant plus sur les principes et orientations de cette coopération « stratégique », a été formalisée en 2007, après plusieurs phases de piétinement. Elle avait été lancée à l'époque où l'UE se préoccupait fortement de ses achats en énergie et se liait à ses principaux fournisseurs, Russie, Golfe, Algérie et autres producteurs. Un réseau de gazoducs au Nord, au Sud et à l'Est devait assurer la permanence des approvisionnements en favorisant la diversité des achats. Le contexte a changé, économiquement et financièrement et dans l'énergie (gaz de schiste, tendance à « l'effritement des contrats gaziers à long terme » tel que perçu à Alger, sécurité, etc.) demeure brouillé. C'est « un contexte particulier, marqué par des bouleversements profonds de la carte énergétique mondiale », affirme l'universitaire Dr. Abderrahmane Mebtoul, analyste et chroniqueur réputé cité dans les médias du pays. En outre, les Algériens s'étaient déjà, à plusieurs reprises, montrés soucieux des lacunes d'une politique européenne de l'énergie encore peu « commune ». Des réticences algériennes ont aussi retardé la mise au point de ce protocole d'accord, plus liées aux réserves générales dans le pays à s'ancrer à l'Europe que directement en rapport avec son contenu. La question du double prix du gaz pratiqué par Alger a suscité de nombreuses discussions générales. En outre, le nouveau mémorandum aboutira à poser la question de « la déconnexion des prix du gaz et du pétrole qui n'est plus en vigueur depuis au moins trois années » et, se demande l'expert, dans une analyse livrée au journal LeMatin.dz, « qu'adviendra-t-il des prix du gaz algérien aussitôt les contrats à moyen et long terme arrivés à expiration, l'Europe faisant pression pour une baisse des prix ? ». L'Italie a, on le sait, demandé à renégocier à la baisse les contrats de livraison pluriannuels conclus avec la société nationale des hydrocarbures, Sonatrach, plus l'annonce (ou le report ?) du projet de gazoduc GALSI devant passer par la Sardaigne (capacité: 8 milliards de mètres cubes de gaz pour un investissement entre 2,5 et 3 milliards de dollars initialement).
Le risque serait de son point de vue une perte de parts de marché face à une concurrence internationale plus aiguë alors que l'Algérie dépend pour 98% de ses exportations de la vente des seuls hydrocarbures. D'où le besoin pour ce pays de se lier à l'Europe, son principal client et principal fournisseur général, par un « contrat de confiance », offrant la sécurité de l'approvisionnement dans le sens sud-nord, et, dans le sens inverse, la permanence d'un prix stable, rémunérateur et assurant une prévisibilité essentielle pour attirer des investisseurs dans l'énergie et permettre d'exploiter pleinement des réserves en gaz conventionnel qui sont, selon Sonatrach, de 2000 milliards de mètres cubes, soit 1,3% des réserves mondiales. Une réforme des lois sur les hydrocarbures est promise pour attirer ces investisseurs.
Le protocole d'accord soumis à l'approbation du Conseil, vendredi, doit sceller cette volonté « d'agir en commun » non seulement dans le secteur gazier mais aussi dans les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique, de se baser sur des échanges structurés d'informations, d'analyses sur les perspectives de marché notamment par la participation d'institutions et organismes sectoriels algériens à des programmes communs européens dans la recherche et l'innovation, la sûreté dans le nucléaire civil. Un groupe d'experts sera constitué au sein des institutions communes existantes (Conseil et Comité d'association). Par ce document commun, juridiquement non contraignant, l'Algérie compte démontrer qu'elle saura être un « partenaire stratégique et fiable » de l'Europe. (FB)