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Bulletin Quotidien Europe N° 10861
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES / (ae) grÈce

La Commission ne partage pas la lecture du FMI

Bruxelles, 06/06/2013 (Agence Europe) - La Commission européenne a tenté tant bien que mal, jeudi 6 juin, de défendre la manière dont la crise grecque a été gérée, face à la publication d'un rapport compilé par une équipe du Fonds monétaire international qui pointe des échecs pendant le programme grec.

Réservant une analyse plus exhaustive jusqu'à la publication d'un « rapport complet » qui visera à « évaluer notre travail avec nos partenaires » de la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI), selon Simon O'connor, porte-parole du commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, la Commission a tout de même émis de sérieuses réserves sur deux points levés par le FMI.

La première concerne la restructuration de la dette, que le FMI aurait voulu voir intervenir plus tôt. Un point sur lequel la Commission « est en désaccord fondamental » avec son partenaire de la 'troïka'.

Dans son rapport, l'institution de Washington précise qu'il paraissait fort probable d'entrée de jeu que la dette grecque ne pourrait pas être ramenée sur une trajectoire viable à moyen terme. Faisant une exception à sa règle n°2, le FMI a tout de même décidé de prendre part au programme.

« Une façon de rendre les perspectives de la dette plus durables aurait été de tenter de la restructurer depuis le début », en 2010, peut-on lire dans le rapport du FMI. L'institution ajoute qu'il a fallu à la zone euro « un laps de temps considérable » pour changer son fusil d'épaule et consentir à remettre cette option sur la table.

« Sur ce point, le rapport ignore la nature interconnectée des États membres de la zone euro », a expliqué M. O'connor, soulignant au passage le risque élevé de contagion « si cela avait été fait à ce stade ». Cela aurait également miné le programme, selon lui.

Ensuite, la Commission ne partage pas le point de vue soulevé par le FMI sur le fait que l'identification de mesures structurelles favorisant la croissance n'a pas été assez loin. « Nous avons toujours poussé pour des réformes structurelles ambitieuses en Grèce dès le début du programme », a poursuivi M. O'Connor. Et d'ajouter qu'« il faut lire tout le rapport », soulignant que celui-ci établissait également que les institutions européennes « ont un avantage comparatif » dans le champ de certaines réformes structurelles, quelques pages plus loin. En tant que gardien des Traités, l'exécutif européen a fait en sorte de présenter des propositions en ligne avec les règles européennes, « mais a utilisé toute la flexibilité possible », a encore expliqué M. O'Connor.

D'une manière plus générale, la Commission a également insisté sur le fait que le rapport ne représentait pas la position officielle du FMI et qu'il fallait regarder l'histoire en gardant certains éléments en tête. « La troïka n'existait pas il y a trois ans », elle « s'est construite de rien » et a été contrainte d'avancer dans un certain tâtonnement face à des questions « complexes et difficiles », sous des contraintes d'ordre financier et politique, le tout en ayant « des approches et des traditions différentes », a rappelé M. O'Connor. Selon lui, « avec le recul et l'expérience, dans un monde parfait, on pourrait juger de ce qui aurait pu être fait, mais les circonstances étaient ce qu'elles étaient, nous étions dans une situation d'urgence ». Et de souligner également que les spéculations qui allaient bon train autour d'une sortie de la zone euro, ainsi que le déraillement de la mise en œuvre du programme pendant plusieurs mois avaient eu un impact négatif significatif. M. O'Connor a en outre noté que le FMI identifiait « des succès dans le programme », notamment la consolidation budgétaire, le fait que la contagion a été confinée et que la Grèce n'a pas perdu sa place dans la zone euro.

Il y a quelques mois, le FMI avait déjà reconnu avoir sous-estimé l'impact récessif de l'austérité et réitère ici que les prévisions macroéconomiques étaient trop optimistes. L'institution précise toutefois dans son rapport que, dans le cas de la Grèce, il est « difficile de soutenir » qu'il aurait fallu tenter un ajustement plus lent, soulignant que cela aurait requis 110 milliards d'euros de financement additionnel et que, bien qu'énorme, il était « le minimum requis pour ramener la dette grecque à 120% du PIB en 2020 ».

Le président de la BCE, Mario Draghi, a pour sa part estimé qu'il fallait regarder vers l'avant et prendre note des « progrès extraordinaires », affirmant que « souvent, ces 'mea culpa' sont une erreur de projection historique » où l'on juge « les choses qui se sont passées hier avec les yeux d'aujourd'hui ». Il s'est toutefois félicité que son institution ait échappé aux critiques.

De son côté, le ministre grec des Finances, Yannis Stournaras, a estimé lors d'un entretien avec le quotidien grec Ta Nea qu'il était positif d'apprendre de ses erreurs. En mai, il avait expliqué à EUROPE qu'il pensait que « les mesures budgétaires qui nous ont été imposées ont été plutôt excessives par rapport aux objectifs fixés ». Il avait également regretté de ne pas être « parvenu à convaincre (la 'troïka') de prendre en compte une réponse plus appropriée des politiques sur la croissance et le chômage » (EUROPE n° 10847). Sharon Bowles, présidente de la commission des affaires économiques et monétaires au PE (ADLE/Royaume-Uni) a pour sa part espéré que les leçons seraient tirées des erreurs produites, ce dont, selon elle, la gestion de la crise chypriote ne témoigne pas. Elle a appelé à une refonte de la 'troïka' tant sur son fonctionnement que sur sa responsabilité démocratique. (EL avec MB)

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