Bruxelles, 06/06/2013 (Agence Europe) - Les députés de la commission des affaires étrangères du Parlement européen ont fait part, jeudi 6 juin lors d'un débat, de leurs préoccupations quant aux manifestations en Turquie mais aussi plus généralement sur les droits de l'Homme dans le pays. La plupart des députés ont souligné que ces événements ne doivent pas faire reculer le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE, au contraire.
Les députés ont dénoncé, une nouvelle fois, les violences policières contre les manifestants, l'attitude du Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, ou encore le silence des médias turcs sur les événements. « Il y a un éloignement de la Turquie vis-à-vis de la démocratie et de l'UE », a alerté Eleni Theocharous (PPE, Chypre).
Comme l'a précisé le président turc, Abdullah Gül, « la démocratie n'est pas seulement dans les urnes. Les mouvements d'opposition doivent pouvoir s'exprimer », a expliqué Elmar Brok (PPE, Allemagne). Le rapporteur au Parlement européen sur la Turquie, Mme Ria Oomen Ruitjen (PPE, Pays-Bas), a espéré que les « événements récents soient un tournant ». Elle a souligné que « la majorité doit prendre ses responsabilités, prendre en compte la position de la minorité ». « Le mot compromis ne semble pas être connu en politique turque, un changement d'attitude du gouvernement turc et du Premier ministre est indispensable. Une démocratie vibrante, pluraliste et inclusive a besoin d'une opposition constructive, là aussi il y a un défi à relever », a-t-elle ajouté.
Andrew Duff (ADLE, Royaume-Uni) a qualifié les événements de « réveil démocratique », précisant que « la classe politique ne reflète pas les aspirations de la société civile ». Pour Maria Eleni Koppa (S&D, Grèce), « M. Erdogan a clairement montré un irrespect pour la liberté d'expression. Il doit présenter des excuses personnelles pour les violences. Un exercice d'humilité montrera son vrai pouvoir ».
La plupart des députés ont souligné que ces événements ne doivent pas faire reculer le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE, au contraire. « Certains disent qu'il faut stopper l'adhésion avec la Turquie mais c'est le moment (…) de faire les réformes », a expliqué Marietje Schaake (ADLE, Pays-Bas). Richard Howitt (S&D, Royaume-Uni) a renchéri: l'adhésion est « la meilleure façon de mettre fin aux violences dans le pays une fois pour toute ». Regrettant que les chapitres 23 et 24, bloqués par la République de Chypre, ne soient pas encore ouverts, María Muniz de Urquiza (S&D, Espagne) a appelé l'UE à « entrer dans les chapitres qui posent problème ». Charles Tannock a demandé à l'UE de rester critique face au gouvernement qui se comporte de manière non démocratique, précisant que cela doit se refléter dans le rapport annuel de progrès et le processus d'adhésion.
Les députés ont dénoncé le temps de réaction de Catherine Ashton, regrettant que son communiqué, par ailleurs jugé « faible », ne soit arrivé que deux jours après le début des problèmes de violence (EUROPE n° 10858). Mme Ashton pourra s'en expliquer lors d'un débat sur la Turquie en plénière le 12 juin. Le représentant du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), Giles Portman, qui n'a pas souhaité répondre aux commentaires des députés, avait souligné que le SEAE suit de près la situation et que la déclaration de Mme Ashton sur les événements est « toujours valable ». Il a précisé que le SEAE « observera de près ce que dira le gouvernement et M. Erdogan à son retour » en Turquie, prévu le 6 juin. Le SEAE va recevoir ce 7 juin une délégation de Turquie qui remettra une pétition, a-t-il annoncé, précisant que le Service a des contacts avec la Commission, sa délégation à Ankara et d'autres délégations. Le commissaire à l'Élargissement Stefan Füle, était ces 6 et 7 juin en Turquie où il rencontre des membres du gouvernement et des représentants de la société civile et des manifestants. Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté devant le PE le 6 juin pour manifester leur soutien au peuple turc. (CG)