Dialogue relancé. La négociation entre le Conseil, le Parlement européen et la Commission sur le cadre financier 2014/2020 reprend formellement ce lundi. Est-il nécessaire de rappeler qu'il s'agit du dossier le plus important et spectaculaire de cette phase complexe de la vie de l'Europe ? La dotation budgétaire dont l'UE disposera pour les sept prochaines années, et sa répartition entre les différentes politiques et actions communes, correspond en pratique à définir ce que fera et ce que sera l'Union européenne. Une Europe chancelante et radicalement divisée ne pourrait pas relancer la discussion définitive à ce sujet.
L'ouverture de la négociation formelle implique que des compromis sont intervenus sur les conditions préalables posées par le Parlement européen. En fait, quelques aspects doivent encore être mis au point (voir notre bulletin n° 10842), mais ceux-ci ne bloqueront pas ce tournant.
L'Allemagne se félicite d'attirer les jeunes. Rien n'est acquis mais tout bouge, première partie. La ministre allemande du Travail, Ursula von der Leyen, a exprimé sa satisfaction pour la « nouvelle qualité » des travailleurs immigrés originaires d'autres États membres, qui aident son pays à faire face à la pénurie de main-d'œuvre. L'avantage est double: pour l'Allemagne, qui fait face à l'insuffisance de main-d'œuvre et au vieillissement de la population, et pour les autres États membres où les jeunes ne trouvent pas d'emploi. Les arrivants proviennent surtout d'Italie, Espagne, Portugal et Grèce: leur nombre augmente d'année en année et leur formation, avec titres d'études, est très souvent plus que satisfaisante. « Ceci aidera notre pays à être plus jeune, plus créateur et plus international », a déclaré Mme von der Leyen, en qualifiant de coup de chance ce qui arrive. Ce qui signifie: les immigrés extracommunautaires (que l'Allemagne continue de toute manière à accueillir) dans la plupart des cas n'ont pas les mêmes acquis.
Ambitions du nouveau gouvernement italien. Rien n'est acquis mais tout bouge, deuxième partie. La tentative d'une fraction de la gauche française de couper les ponts avec l'Allemagne de Mme Merkel a été radicalement assouplie (voir cette rubrique dans notre édition n° 10839).
En même temps, l'autre État membre de taille presqu'analogue, l'Italie, s'efforce de récupérer ou de sauvegarder son rôle européen. Un ministre des Affaires européennes figure dans le nouveau gouvernement: Enzo Moavero Milanesi, ancien haut fonctionnaire de la Commission européenne et juge au Tribunal de l'UE. Il a exprimé sa vision et ses intentions dans le Corriere della Sera du 9 mai: l'Italie accepte la discipline budgétaire non pas sous la contrainte, mais par conviction. Discipline qui doit toutefois être accompagnée par la relance économique. Et il a indiqué ce que l'Italie attend. Le Sommet européen du 22 mai doit s'exprimer sur la diminution du coût de l'énergie et sur la lutte contre la fraude fiscale. Le Sommet de juin discutera de l'intégration de la zone euro et l'Italie se battra pour: - des progrès décisifs de l'union bancaire, avec un système unique de surveillance ; - des « contrats » engageant les États à effectuer des réformes bien définies ; - la flexibilité permettant des investissements productifs dans les États membres dont le déficit budgétaire est inférieur à 3% du produit national brut. Il faut que les opinions publiques voient de leurs yeux que ces États membres peuvent agir en faveur de la croissance et de la création d'emplois.
M. Moavero Milanesi a souligné la nécessité de renforcer en même temps les institutions démocratiques européennes, afin de dépasser l'idée d'une Europe gérée par la technocratie.
L'Italie, on le sait, entend sortir très rapidement, dès la fin de ce mois de mai si possible, de la procédure de déficit excessif (qui avait été engagée par la Commission à la fin 2009) et à cette fin Rome présentera à Bruxelles, dans les prochains jours, son programme de stabilité révisé.
La France pourrait récupérer… La Commission européenne (voir bulletin n° 10839) a demandé à l'État français de récupérer des aides contestées: 1,2 milliard d'euros versés à Électricité de France ; les presque 8 milliards garantis au groupe automobile PSA ; les 220 millions d'aides, et d'autres montants à préciser, versés à la compagnie maritime SNCM (liaisons avec la Corse). Exemples modestes mais significatifs du fait que le respect des règles communautaires soulagerait le déficit budgétaire de la France et que des largeurs indues figurent parmi les causes des déficits ruineux qui entravent le respect du Pacte de stabilité, selon lequel le déficit global d'un pays ne doit pas dépasser les 3% du PNB et sa dette ne doit pas excéder les 60%. Les délais sont assouplis, mais le principe subsiste.
Recul ? Malgré tout, l'Europe recule au niveau mondial. Pourquoi ? Cette rubrique y revient demain.
(FR)