Bruxelles, 03/05/2013 (Agence Europe) - Le commissaire chargé de l'euro, Olli Rehn, a décrit, une nouvelle fois, une situation socio-économique morose en Europe pour 2013, vendredi 3 mai en présentant les prévisions de printemps de la Commission européenne. Malgré une lueur d'espoir attendue pour le 2ème semestre, le cas de la France soulève des interrogations au point de proposer au pays deux ans supplémentaires pour ramener son déficit en dessous de 3% du PIB. La Commission présentera, mercredi 29 mai, ses recommandations par pays sur la base des programmes nationaux de stabilité et de réforme.
L'économie européenne devrait se stabiliser au 1er semestre 2013, la croissance redevenir positive au 2ème semestre et gagner en consistance en 2014 par le biais de la demande extérieure, a indiqué M. Rehn. Reste que la récession prévaudra cette année, avec une chute du PIB de 0,4% dans la zone euro et de 0,1% dans l'UE. La situation diffère selon les pays: la croissance dépassera 3% dans les pays baltes, sera soutenue en Roumanie (1,6%) et en Suède (1,5%), faible en Allemagne (0,4%) et en Finlande (0,3%), nulle en Belgique. La récession touchera la France (-0,1%), la République tchèque (-0,4%), les Pays-Bas (-0,8%), l'Italie (-1,3%), l'Espagne (-1,5%), la Slovénie (-2%). Même chose pour les pays sous programme sauf l'Irlande (cf infra).
En 2013, la correction des déficits se poursuivra mais à un rythme moindre. Selon M. Rehn, elle atteindra, en termes relatifs, 0,75% contre 1,5% en 2012 dans l'Eurozone. Une manière de souligner que le Pacte de stabilité révisé permet de desserrer l'étau sur les Dix-sept quand la situation l'exige. Le déficit public moyen devrait quand même être ramené de 3,7% à 2,9% du PIB dans l'Eurozone et de 4% à 3,4% dans l'UE. Les déficits les plus élevés seront observés en Irlande (7,5%), au Royaume-Uni (6,8%), en Espagne (6,5%), en Slovénie (5,3%), en France (3,9%), aux Pays-Bas (3,6%), en Slovaquie (3%) et en Italie (2,9%). L'Allemagne et le Luxembourg (0,2%), l'Estonie (0,3%) seront les plus performants dans ce domaine.
L'endettement continuera de croître, passant de 92,7% à 95,5% du PIB dans la zone euro, et de 86,9% à 89,8% dans l'UE. Hors pays sous programme, le ratio de dette le plus élevé sera observé en Italie (131,4%). Seuls l'Allemagne (de 81,9% à 81,1%), le Danemark (de 45,8% à 45%), la Bulgarie (de 18,5% à 17,9%) et la Lituanie (de 40,7% à 40,1%) seront en mesure de réduire leur endettement.
Quant au chômage, il continuera de croître pour atteindre 12,2% et 11,1% de la population active respectivement dans l'Eurozone et l'UE. M. Rehn a évoqué la situation « insupportable » que traversent l'Espagne et la Grèce dont 27% des actifs seront sans emploi.
Le cas français inquiète. Le commissaire a qualifié d'« extrêmement optimistes » les chiffres avancés par la France, alors que le ministre français de l'Économie, Pierre Moscovici, a jugé, dans un communiqué, que les écarts entre les chiffres de la Commission et du gouvernement français n'étaient « pas significatifs ». Pour que le déficit soit inférieur à 3% en 2014, « un effort plus important et anticipé de consolidation budgétaire est nécessaire », a estimé M. Rehn. Il a même envisagé d'octroyer à Paris une année supplémentaire (jusqu'en 2015) pour réduire son déficit à condition que le gouvernement français maintienne la trajectoire de consolidation budgétaire en termes structurels et prenne en parallèle des mesures énergiques pour affronter « la détérioration de la compétitivité » qui touche le pays. Il a préconisé des réformes visant « le marché du travail et les retraites » et à libéraliser davantage l'économie. Satisfait que la France n'ait pas à prendre des mesures budgétaires additionnelles pour 2013, M. Moscovici rappelle que la France prévoit, pour 2014, de réduire les dépenses et les niches fiscales et plus de recettes liées à la lutte contre la fraude fiscale.
Pourquoi proposer deux ans supplémentaires à l'Espagne et à la France et pas à d'autres pays tels que la Slovénie ou les Pays-Bas ? Rappelant l'approche « différenciée » poursuivie par la Commission, M. Rehn a estimé que, pour Ljubljana et Amsterdam, il était « préférable » de s'en tenir aux objectifs fixés voire de bénéficier d'une seule année supplémentaire pour ramener leur déficit sous les 3% du PIB.
Sur l'Italie, M. Rehn a estimé « possible » que le pays, comme la Hongrie, soit en mesure de sortir de la procédure pour déficit excessif à condition de maintenir l'effort de consolidation budgétaire. La Commission portera un jugement définitif après que lui auront été transmises les mesures destinées à compenser le manque à gagner fiscal lié à la limitation, voire l'annulation, de la taxe sur la résidence principale (EUROPE n° 10838).
À noter que la Commission propose de mettre fin à la procédure pour déficit excessif ouverte à l'encontre de la Lettonie, de la Lituanie et de la Roumanie.
Pays sous programme. Portée par de meilleures performances que prévu en 2012, l'Irlande est sur le bon chemin. Après avoir revu à la hausse les chiffres de 2012 (hausse du PIB de 0,9% contre 0,7%), la Commission table sur une accélération de la croissance: 1,1% en 2013 et 2,2% en 2014. Les performances budgétaires devraient continuer à être en ligne avec les attentes, le déficit légèrement réduit à 7,5%. Plombée notamment par ce déficit toujours important, la dette publique devrait se hisser à 123,3% du PIB cette année, avant de retomber à 119,5% l'année prochaine. Le léger recul du chômage (14,7% en 2012, 14,2% en 2013 et 13,7% en 2014) reflète quant à lui davantage une réduction de la force du travail que la création d'emplois.
Au Portugal, l'activité économique devrait se redresser graduellement vers la fin de l'année et afficher une hausse en 2014 (0,6%), après s'être contractée en 2012 (-2,3%). La consolidation budgétaire se poursuivra même si le déficit s'élèvera toujours à 4% du PIB en 2014. La dette devrait légèrement augmenter en 2014, après avoir reculé en 2013 (123,6% du PIB en 2012, 123% en 2013 et 124,3% en 2014).
Selon la Commission, 2013 devrait constituer l'ultime année de récession en Grèce. Ce retour à la croissance devrait s'appuyer sur un retour de la confiance et des liquidités dans le secteur bancaire. Cette confiance est portée par la réalisation des objectifs budgétaires, avec un ajustement de 6,2% entre 2012 et 2013. Le déficit s'inscrirait désormais à 3,8% du PIB en 2013 et retomberait même à 2,6% en 2014 à politique inchangée. En 2014, le taux de chômage devrait commencer à diminuer, passant de 27% en 2013 à 26%. Quant à la dette publique, elle devrait continuer de croître en 2013, à 175,2% par rapport au PIB national. Toutefois, la Commission met en garde contre tout « dérapage de la mise en œuvre des politiques ».
Chypre s'apprête à traverser une période difficile. Plombée par la restructuration du secteur bancaire et l'incertitude économique, l'île pourrait être un des seuls pays de l'UE encore en récession jusqu'en 2014 (chute du PIB de 8,7% en 2013 et de 3,9% en 2014 à politique inchangée). Resté stable entre 2011 et 2012 (6,3%), le déficit devrait s'élever à 6,5% du PIB en 2013. La récession pèsera sur l'emploi, le taux de chômage grimpant de 11,9% en 2012 à 15,5% en 2013. Quant au ratio dette/PIB, il devrait atteindre « des niveaux sans précédent », passant de 85,8% du PIB en 2013 à 109,5% en 2014.
Pays hors zone euro. La Pologne, après un ralentissement de la croissance en 2012 et 2013, devrait afficher un PIB plus robuste en 2014 (2,2%). Le déficit public devrait rester stable entre 2012 et 2013, à 3,9%, tandis que la dette publique devrait demeurer en deçà du seuil de 60% du PIB jusqu'en 2014.
La croissance britannique « est restée faible, il est prévu qu'elle progresse graduellement cette année et l'année prochaine », a déclaré M. Rehn (0,6% en 2013 et 1,7% en 2014). Le niveau d'endettement devrait quant à lui augmenter ces deux prochaines années, passant de 90% en 2012 à 95,5% en 2013. Selon le commissaire, il ne peut en aucun cas y avoir de « relâchement budgétaire » outre-Manche. Le déficit britannique devrait légèrement augmenter en 2013 à 6,8%, après 6,3% en 2012. (MB et EL)