Strasbourg, 29/04/2013 (Agence Europe) - Élu commissaire aux droits de l'homme en janvier 2012 par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, le Letton Niels Muiznieks a présenté le 23 avril dernier son premier rapport annuel. Force fut de constater à l'écouter que les craintes qu'il avait exprimées lors de sa prise de fonction il y a un an se sont vérifiées. Lors d'une interview accordée à EUROPE à l'époque, il s'était notamment déclaré préoccupé par une crise économique en laquelle il voyait « le principal péril pour les droits de l'homme en Europe » car elle allait « fragiliser la situation des personnes socialement les plus précaires ainsi que les Roms et les migrants » tout « en affaiblissant les institutions nationales des droits de l'homme tels que les médiateurs ». Fort désormais d'une expérience de terrain acquise au fil de visites dans onze des quarante-sept États membres du Conseil de l'Europe, Niels Muiznieks n'a rien à retirer à ces propos inquiétants.
« Aux problèmes persistants que représentent la discrimination, la violence raciste et antitsiganiste, le rejet des migrants, la vulnérabilité accrue des enfants, l'exclusion des personnes handicapées, les restrictions de la liberté d'expression et l'inefficacité des systèmes judiciaires nationaux » s'ajoutent, confirme-t-il, « les mesures d'austérité qui créent des tensions supplémentaires, mettent en relief l'interdépendance des différents droits de l'homme » et « menacent l'acquis d'après-guerre en matière de droits sociaux et économiques ». Droits sociaux et économiques auxquels il faut joindre les droits civils et politiques que sont « l'accès à la justice, les conditions de détention, les dispositions concernant les migrants et les minorités et les relations entre la justice et la population ». « Dans de nombreux pays, les principales institutions de protection des droits de l'homme, comme les Cours, les Ombudsman et les structures nationales des droits de l'homme, sont affaiblies par des réductions budgétaires excessives », poursuit Niels Muiznieks, Ces conclusions générales sont évidemment à nuancer, comme le permet un rapport circonstancié pays par pays. Si le texte note l'augmentation de la pauvreté des enfants au Portugal, par exemple, et met en garde contre un « taux déjà élevé d'abandons scolaires (…) dans un contexte de restrictions budgétaires dans l'éducation » tout en pointant le risque « de résurgence du travail des enfants, surtout dans l'économie informelle et dans l'agriculture » il se réjouit d'une meilleure prise en compte de la question des droits de l'homme en Autriche, notamment grâce au plan d'action national mis en place en faveur des personnes handicapées. Il demande toutefois à « ce que l'intérêt supérieur de l'enfant soit dûment pris en compte » dans le cadre de demandes d'asile dont il déplore la complexité dans ce pays. Autre faille pointée dans le rapport de Niels Muiznieks, la lenteur mise par certains États membres à mettre en application les arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme. « Plus de cinq ans après l'arrêt de la Grande Chambre », signale-t-il notamment en ce qui concerne la République tchèque, « de nombreux enfants roms continuent d'être soumis à un enseignement pour handicapés légers...». Le commissaire aux droits de l'homme ne cesse d'interpeller les États membres sur cette question des Roms déjà au centre de différentes actions et campagnes menées par le Conseil de l'Europe, son rapport en atteste. Il fait pression, émet des recommandations tout comme il le fait en ce qui concerne les risques inhérents aux mesures d'austérité induites par la crise ou bien à propos des autres sujets sur lesquels il se concentre. À savoir les droits de l'homme des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transsexuelles ou intersexuées ainsi que ceux liés à la liberté d'expression et des médias, particulièrement celle relative aux droits de l'homme dans le domaine d'Internet. (VL)